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Le temps des Réformes (6) Les « Evangéliques » dans les Eglises de la Réforme

Publié le Jeudi 10 août 2017

Le temps des Réformes (6) Les « Evangéliques » dans les Eglises de la Réforme

 

Les « Evangéliques » dans les Eglises de la Réforme

 


Que les Eglises de la Réforme sont bien fidèles à ce critère de vie « Ecclesia semper reformanda », cela se constate dès les débuts, dans le luthérianisme lui-même avec ses tensions diverses, et dans les options de la réforme calviniste. La suite de l'histoire de la Réforme continuera à le montrer. Et c’est dans cette mouvance qu'il faut situer aujourd'hui les « Eglises évangéliques » et leur progression considérable au XXème siècle. Selon l'excellent historien et sociologue Sébastien Fath, le mouvement « évangélique » représenterait environ 585 millions de fidèles sur un peu plus de deux milliards de chrétiens (Le protestantisme évangélique. Un christianisme de conversion, Brépols, Turnhout, 2004 ; Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France (1804-2005), Labor et Fides, Genève, 2005).

Mais il s'agit d'une nébuleuse, dans laquelle il est difficile de se repérer et qui contraint les catholiques que nous sommes à changer notre conception a priori de l'Eglise.


Il est tout d’abord indispensable de préciser le vocabulaire qui souvent prête à confusion : évangélique / évangéliste. Le mot « évangéliste » désigne la personne qui exerce un ministère d'évangélisation et non pas le courant protestant radical qui se dit « évangélique » (mot anglais « evangelical »). Mais attention ! Dans le monde germanique, de grandes Eglises protestantes traditionnelles se sont appelées « évangéliques ». Ainsi l'Eglise évangélique d'Allemagne est une Eglise protestante rassemblant des luthériens et des réformés.


Pour l'heure prenons en compte, quand nous parlons des « Eglises évangéliques », deux courants du mouvement évangélique, qui apparaissent successivement dans l'histoire, l'un dès le 16ème siècle, l'autre surtout au début du 20ème, bien qu'il plonge ses racines bien plus haut. Essayons de les décrire, tout en sachant que notre présentation sera nécessairement simplificatrice et insuffisamment nuancée.

 
I- Un premier courant est un profond mouvement de revitalisation spirituelle de type radical, attaché aux fondamentaux du protestantisme et marqué par une forte piété personnelle, cherchant à favoriser la rencontre personnelle avec le Christ (lecture de la Bible, prière). Il regroupe diverses traditions apparues très tôt que l'on peut suivre de siècle en siècle sous des formes diverses selon les pays d'Europe, puis d'Amérique du Nord :

            1- Dès le 16ème siècle, parallèlement ou en réaction aux courants dominants de la Réforme, luthérien ou calviniste, apparaissent des évangéliques radicaux qui insistent sur l'engagement personnel et exigent la « confession de foi » pour le baptême. Certains se feront rebaptiser (on les appellera « anabaptistes »). Divers groupes se détachèrent, dont le plus connu est celui des mennonites, (disciples de Menno Simons) qui prêchent une non violence active.

            2- En Angleterre des dissidents d'une Réforme devenue religion d'état formèrent les groupes dits presbytérien et congrégationaliste (ainsi appelé parce que l'autorité revient à l'assemblée des fidèles). Et dès le début du 17ème siècle, fondées par John Smith, apparaissent les communautés baptistes, qui pratiquent le baptême des adultes, et développèrent une dynamique missionnaire remarquable. Ils sont plus de 100 millions aujourd'hui dans le monde.

Parallèlement en Allemagne ce sont des mouvements piétistes qui se développèrent alors, mettant l'accent sur une intense vie de prière et un grand souci missionnaire.

            3- A partir du 18ème, puis au 19ème siècle, d'autres mouvements de « revitalisation » ou « réveil » apparurent notamment au sein de l'Eglise d'Angleterre, et d'abord celui du méthodisme suscité par John Wesley. Prêchant une foi vivante appuyée sur des « méthodes » d'exercices spirituels, le méthodisme développa surtout des actions sociales pour lutter contre la pauvreté et l'ignorance. En 1865 fut fondée l'Armée du salut. John Wesley développa aussi une théologie originale de la grâce insistant sur la sanctification personnelle qui permet d'atteindre un état de perfection.
Le méthodisme se répandit surtout dans les Etats Unis d'Amérique qui venaient de naître.

Divers mouvements de revitalisation apparaissent en Europe et Amérique du Nord tout au long du 19ème siècle : outre la création des Sociétés bibliques et missionnaires, celle de l'Union chrétienne des jeunes (YMCA), on voit apparaître en Irlande vers 1827 des Assemblées de frères, dont se détachent rapidement « les frères étroits » qui suivent John Darby (on parle des darbystes). Ils ont une lecture très littéraliste de la Bible et attendent l'enlèvement de l'Eglise, puis l'établissement du Règne de mille ans du Christ. D'autres dénominations chrétiennes fleurissent en Amérique du Nord : les Disciples, l'Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours etc... D'autres sont franchement déviantes comme les mormons.

 

II- Une nouvelle forme de réveil surgit au 20ème siècle, de type « pentecôtiste charismatique » : il met l'accent sur l'efficacité de l'action miraculeuse de Dieu par l'Esprit Saint, sur l'effusion de l'Esprit manifestée par la prophétie, la glossolalie (capacité de prier en langues inconnues) et la guérison. Il s'est développé sous des dénominations spécifiques, par exemple « les Assemblées de Dieu » au sein de l'Anglicanisme, puis s’est étendu aux Eglises luthérienne et catholique elles-mêmes.

On distingue généralement trois vagues dans le Pentecôtisme qui atteint aujourd'hui plusieurs centaines de millions de personnes (on pense qu'il est passé de 1, 2 million de fidèles au début du 20ème siècle à prés de 600 millions aujourd'hui).

                                       1- Les pentecôtistes classiques (environ 100 millions de personnes) insistent sur le baptême dans l'Esprit, la glossolalie, ils privilégient l'indépendance de chaque communauté, et le dynamisme missionnaire. Beaucoup sont millénaristes (attente du Règne du Christ). Très répandus en Amérique du nord (l'Eglise de Dieu, les Assemblées de Dieu), en Europe (la Fédération des Eglises pentecôtistes unies de France), et en Afrique (Apostolic Church), ils se différencient par leurs croyances et leurs dénominations. Seuls les Pentecôtistes apostoliques insistent sur l'autorité d'un ministère d'apôtres et de prophètes.

En Afrique, puis au Etats Unis apparaissent presqu'en même temps des pentecôtistes dits des Eglises de l'Esprit (plus de 100 millions de personnes), sensibles à l'héritage religieux de l'Afrique et pratiquant notamment la guérison. Souvent appelées « Eglises de réveil », elles font partie de l'Organisation des Eglises africaines instituées (OAIC) fondée en 1982

 
                              2- Une deuxième vague touche au début des années 1960 l'anglicanisme, le protestantisme, puis l'Eglise catholique, et même l'orthodoxie. On parle alors de Renouveau charismatique. On y privilégie l'expérience de l'effusion de l'Esprit (« baptême dans l'Esprit »), la louange, le partage. Au sein de l'Eglise catholique, ce Renouveau est encouragé par le pape Paul VI.

                          3- Mais dans les années 1970-80 apparaît une troisième vague, un courant « neo-pentecôtiste ». Il va mettre essentiellement l'accent sur les guérisons, sur l'effusion de l'Esprit liée à des transes de tous ordres, mais aussi sur la parole de prospérité qui valorise la réussite sociale. Ainsi la puissante Eglise universelle du Royaume de Dieu au Brésil. Ces Eglises sont caractérisées par une volonté d'indépendance et souvent un refus de toute démarche de type oecuménique.

 

[Il est difficile de trouver les éléments fondamentaux qui unissent tous ces courants. Les déclarations de foi vont de la foi trinitaire des grandes Eglises historiques à la foi unitarienne de certaines assemblées pentecôtistes (baptême au nom de Jésus seul). On peut au moins distinguer quatre traits principaux, mais chacun devrait recevoir des nuances selon les Eglises et les groupes :

                                           1-L'autorité première et souveraine de la Bible (mais à la lecture littérale de certaines Eglises s'oppose la lecture plus critique d'autres, et dans certaines une régulation de type magistériel).
                                          2- L'insistance mise sur la croix, et notamment sur la mort « expiatoire » et rédemptrice du Christ. Avec une opposition nette entre le monde marqué par le péché et la rédemption opérée par pure grâce.
                                           3- L'insistance sur la conversion personnelle, conçue comme une nouvelle naissance et impliquant un changement de vie complet.
                                           4- Le militantisme, la volonté de témoigner qui manifeste souvent un courage extraordinaire et implique un témoignage de la vie, marqué par un strict encadrement de la sexualité, et des interdits de type alimentaire (ou du tabac, de l'alcool, etc.)

On pourrait ajouter pour de nombreuses Eglises une attente eschatologique avec un fort sentiment de l'urgence, et la conscience nette d'appartenir à un groupe d'élus...]


A l'effervescence des débuts, et devant l'extraordinaire éparpillement des groupes, a cependant succédé chez un grand nombre d'Eglises évangéliques un véritable effort pour se fédérer à divers niveaux. Une ligne de partage nette se dessine aujourd'hui entre les Eglises évangéliques, qui, d'une façon ou d'une autre, appartiennent à des Fédérations, et celles, notamment chez les Eglises pentecôtistes, qui restent des « Eglise libres ». Ainsi en France, se mit en place en 2010 le Conseil National des Eglises évangéliques de France (CNEF), à la suite d'une réconciliation entre évangéliques classiques et pentecôtistes. En outre certaines Eglises protestantes évangéliques appartenant au CNEF, notamment les Eglises baptistes, appartiennent désormais à la Fédération protestante de France avec les Réformés et les luthériens (FPF), ce qui leur donne une double appartenance.

Sur bien des sujets difficiles, notamment d'ordre anthropologique et éthique, les débats sont tendus à l'intérieur de la FPF, mais une habitude se crée de garder des liens d'unité tout en reconnaissant clairement des divergences de position


Pour connaître les caractéristiques des Eglises évangéliques, il est indispensable de se référer au précieux petit livre de Michel Mallèvre, Les évangéliques, Fidélité, 2015 ; ou au numéro Document épiscopat 2006, 8 : Regard sur le protestantisme évangélique en France.

 


Patrick JACQUEMONT, Roselyne DUPONT-ROC, CETAD, juin 2017

 

 

 

 

 

 

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