En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Laurent Villemin

Publié le Lundi 18 septembre 2017

Laurent Villemin

le Père Laurent Villemin est mort trop jeune, le 10 aout dernier. c'est un grand professeur d'ecclésiologie et spécialiste du dialogue œcuménique. 

Les équipes du CETAD ont longtemps travaillé avec le Père Laurent Villemin, Quelques témoignages : 

*****

Laurent Villemin, prêtre et professeur à la faculté de théologie de l’Institut catholique de Paris, est mort prématurément le 10 août 2017 à l’âge de 53 ans, emporté par un cancer qui lui a valu quatre ans de souffrances.

 Laurent soutint en 2001 une brillante thèse de doctorat en théologie (Pouvoir d'ordre et pouvoir de juridiction. Histoire théologique de leur distinction) publiée aux éditions du Cerf en 2003, thèse qui ne lui procura pas que des amis dans l’Église mais où se manifestent déjà ses grandes qualités intellectuelles au sujet d’un débat très technique sur l'origine du pouvoir dans l'Église et sur le lien entre sacramentalité de l'ordre et pouvoir de gouvernement. Il devint ensuite professeur d’ecclésiologie à partir de 2003, enseignant en licence du 1er Cycle d’études (Cycle A en journée, principalement pour les clercs et religieux en formation, Cycle C en soirée, pour les laïcs travaillant à plein temps), ainsi qu’en 2e Cycle (maîtrise/master) et 3e Cycle (doctorat).


Nombreux sont les anciens du Cycle C, dont je suis, qui peuvent témoigner aujourd’hui du bonheur d’avoir connu ce jeune et grand professeur qui les a intéressés à l’ecclésiologie générale et à la théologie des ministères, spécialités habituellement plus appréciées des clercs que des laïcs.


J’aimerais insister sur trois dimensions de l’activité enseignante de Laurent :


Le cours d’ecclésiologie du 1er Cycle.

 L’insistance sur le fait que l’Eglise n’est pas un but en soi, que l’horizon de l’Évangile n’est pas l’Église catholique mais que c’est le Règne de Dieu que cette Église a pour fonction de manifester au monde, dilatait le cœur et l’esprit.

La finesse de présentation de l’événement que fut le concile Vatican II, son interprétation et sa réception, concile qui a marqué ma jeunesse et celle de plusieurs étudiants de ma promotion, nous réjouissaient beaucoup en ces temps de tentation de repli identitaire. Je n’oublierai pas de sitôt l’analyse par Laurent de l’élaboration et du contenu de Lumen Gentium. Combien de fois avons-nous sondé et médité avec lui le « Comme l’Église est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement… » (LG §1) !

De même ses interrogations actuelles sur la théologie des ministères n’étaient pas feintes… Avec lui, pas de langue de bois ni de buis mais l’exercice en direct de l’intelligence critique, l’aisance à croiser de multiples savoirs, théologiques bien sûr mais aussi historiques, sociologiques et juridiques, le tout avec une grande liberté de pensée et d’expression.

 Le cours d’ecclésiologie œcuménique à trois voix (catholique, orthodoxe et protestante) du 2ème Cycle.

 Cet enseignement correspondait bien aux multiples engagements de Laurent (membre du Comité mixte baptiste-catholique depuis 2002 et du Groupe des Dombes depuis 2006, directeur de l’Institut supérieur d’études œcuméniques – ISEO – depuis 2016). Ce cours passionnant avait pour effet fréquent de dépasser son objectif explicite (mieux connaître et interpréter ensemble nos choix ecclésiologiques confessionnels respectifs dans la visée d’une unité chrétienne à rechercher) en déclenchant chez plusieurs étudiants le goût d’une théologie systématique œcuménique.

Beaucoup d’entre nous sont maintenant convaincus qu’une saine réflexion théologique dans quelque domaine que ce soit ne peut être bien conduite qu’en contexte interconfessionnel.

 La proximité de l’enseignant avec ses étudiants ou ceux dont il avait la charge comme directeur successif des 1er et 2e Cycles d’études.

 Sa grande capacité à sympathiser et entrer en connivence avec des laïcs aux parcours professionnels très variés, et dont le mode d’appartenance à l’Église est souvent problématique et pour eux-mêmes et pour l’institution, doit être soulignée.

Il en est de même pour sa capacité à tenir le cap d’une formation à la théologie et à son épistémologie qui soit adaptée pédagogiquement à ces mêmes laïcs aux responsabilités si diverses et son aptitude à accompagner les remises en questions, pas si rares chez celles et ceux qui s’impliquent personnellement dans cette drôle de discipline qu’est la théologie universitaire.

 Enfin, comme quelques amis anciens étudiants du Cycle C, j’ai souvent connu ce plaisir de trouver la porte du bureau de Laurent entrouvert, ce plaisir de pouvoir lui parler la bouche encore pleine du sandwich avalé avant le premier cours du soir… et de m’apercevoir que plusieurs de mes doutes et interrogations de foi étaient compris et souvent partagés par le prêtre qu’il était !

 Que le Seigneur soit remercié d’avoir mis un tel homme sur mon chemin et qu’Il garde Laurent jusqu’à ce que nous soyons tous rassemblés dans son Amitié !

 Jean-Michel DESTORS

*****

Laurent Villemin, quelques souvenirs personnels

Laurent vient de nous quitter après une longue maladie. D’autres diront ce que fut son enseignement, ses apports en ecclésiologie, sa contribution à l’oecuménisme et en particulier sa participation au groupe de Dombes. Je voudrais simplement ici évoquer quelques souvenirs personnels.

 J’ai connu Laurent lorsqu’il est arrivé à l’ICP comme jeune professeur d’ecclésiologie. Il prenait la suite de Monsieur Maurice Vidal et c’était, sauf erreur, son premier cours universitaire. J’étais alors coordinateur de l’année d’ecclésiologie du « cycle C ». J’assistai systématiquement à son cours et, à sa demande, je lui renvoyais un écho de la façon dont les étudiants le recevait. C’est dans ce contexte qu’est née entre nous une amitié durable.

 A l’époque, Laurent terminait sa thèse conjointe entre Paris IV et la faculté de théologie de l’ICP, sous la direction du RP Hervé Legrand. Lors de sa soutenance, qui eut lieu dans la salle de la Sorbonne, je me souviens de l’intérêt que manifestait le professeur d’histoire pour les textes anciens que présentait Laurent, quitte à le taquiner un peu sur des problèmes de traduction du latin médiéval. On sait que cette thèse, brillamment soutenue, lui valut cependant quelques déboires de la part d’une instance romaine sourcilleuse, notamment à propos d’une note de bas de page.

Sommé de s’expliquer, Laurent est venu chez nous une huitaine de jours en Bretagne pour rédiger au calme l’explication demandée. Il y travaillait presque toute la journée, avec tout de même des pauses pour prendre ses repas en famille avec nous et effectuer quelques promenades où nous étions heureux de lui faire découvrir les beautés de la côte de granit rose et de la mer en hiver.

 C’est tout naturellement que nous lui avons demandé de présider le mariage de l’une de nos filles, ce qui lui permit aussi de renouveler de courts séjours chez nous en Bretagne. Je le vois encore dans l’église de Trégastel prononçant l’homélie qui débutait par une citation de Pablo Neruda ou encore lors du diner qui suivait la célébration. Comme il l’avait souhaité il était à une table de «  jeunes », avec lesquels il avait plaisir à discuter. Laurent attirait la sympathie et il était à l’aise partout.

 Nous avions cru comprendre qu’il allait être doyen de la faculté de théologie. On sait qu’il n’en fut rien. Il est venu déjeuner chez nous le lendemain ou surlendemain du jour où il apprit sa mise à l’écart. C’était un homme durement atteint et qui, si je puis dire, avait besoin de vider son sac. Il savait pouvoir le faire auprès de nous en toute confidentialité. Nous l’écoutions en silence, Chantal et moi. Laurent était d’une grande sensibilité et au long de son récit, il nous apparaissait clairement qu’il était marqué bien plus profondément qu’il ne voulait le laisser paraître.

Il a alors été nommé Directeur de la Recherche. J’allais le voir dans la soupente où il avait son bureau. Je lui avais demandé d’être le directeur d’une thèse que j’avais mise en chantier sur certains aspects de l’œuvre de Congar. Nous discutions donc des textes que je lui envoyais préalablement, mais la conversation débordait souvent sur les auteurs qu’il faisait travailler dans son séminaire, sur ses lectures, qui n’étaient pas seulement théologiques, sur des événements du monde ou tout simplement sur des nouvelles de ma famille. J’admirais tout à la fois sa compétence, son ouverture d’esprit et son attention aux autres.

 Trop accaparé par des demandes de formation, j’ai dû interrompre ce travail de thèse, mais fortuitement ce sont ces activités de formation qui nous ont donné l’occasion de travailler de nouveau ensemble.

J’avais assuré en divers lieux une série de formation sur les textes de Vatican II, et c’est à partir de là que j’ai ensuite rédigé un cours en ligne pour le CETAD. Laurent qui, entre- temps avait été nommé Directeur du deuxième cycle du Theologicum, donnait de nombreuses conférences à l’extérieur. Bon connaisseur du concile Vatican II, il devait donner une série de conférences en province sur le concile. Un peu débordé, il me téléphone un soir : «  Il parait que tu as un cours rédigé sur Vatican II, je dois donner un cycle de conférences, que je n’ai pas trop le temps de préparer, pourrais-tu me passer ton cours ? » Je le lui ai évidemment aussitôt transmis. Au retour de ses conférences, il a souhaité que ce cours du CETAD soit édité, d’autant qu’il était sollicité par Desclée de Brouwer pour un livre sur Vatican II  destiné au grand public. Nous étions en avril et l’éditeur était pressé de sortir un livre s’inscrivant dans le cadre des publications de l’anniversaire du Concile. Le cours du CETAD était trop détaillé, et volumineux pour être édité tel quel. Nous avons donc travaillé ensemble pour en donner, dans un court délai, une version plus ramassée, et plus accessible. Intitulé par l’éditeur « Les sept défis de Vatican II », le livre parut au moment même où cet éditeur faisait faillite ! En sorte qu’il n’y a eu ni couverture de presse, ni statistique de diffusion, mais ce petit livre s’est semble-t-il bien vendu, et Laurent, qui, par ailleurs, a donné bien d’autres textes plus spécialisés sur le Concile, en était très heureux.

 Nous avons suivi avec émotion les étapes de la maladie a-typique qui devait l’emporter. Dans ses périodes de rémission, il est venu plusieurs fois déjeuner à la maison, alors que Chantal, dont il appréciait l’écoute, pouvait encore l’accueillir.

Au printemps dernier, j’allais le voir, de temps en temps, dans cette chambre de l’hôpital Lariboisière où, amaigri, il vivait sous perfusion. Pour se distraire un peu, il m’avait demandé un jour de lui fournir un petit matériel d’aquarelles, et je le vois encore reprenant une activité qu’il avait, me dit-il, un peu pratiqué dans sa jeunesse. Laurent était doué en de multiples domaines.

La dernière fois que je l’ai revu, il souhaitait quitter bientôt l’hôpital, sachant la médecine impuissante face à sa maladie. C’est en Bretagne que j’ai appris sa mort à la mi-août.

 « Mon Dieu reprend ton souffle à notre ami,

Dégage-le de l’odeur de la mort.

 Tu l’as donné gratuit, reprends-le de même.

Mets d’abord à son compte que nous l’aimons.

 Nous n’avons pas à te le présenter,

Nous te montrons ce qu’il nous a donné

(…)

Devant la mort nous ne savons que toi,

Nous prenons souffle à l’espérance,

 Là où beaucoup des tiens sont à demeure

Qu’ils accueillent notre ami et l’entourent1 ».

 

Jean-Marie VEZIN

1 Patrice de La Tour du Pin, Psaume pour une messe des morts.

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