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Exposition : les chrétiens d’Orient

Publié le Samedi 30 décembre 2017

Exposition : les chrétiens d’Orient

 L’Institut du monde arabe présente une exposition intitulée « Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’histoire ». Sujet d’actualité, s'il en est. « Les chrétiens d’orient sont en danger », cette réalité mobilise la presse à travers les attentats, les guerres, les départs vers l’étranger, l’instabilité de la région.

L’enjeu est important spécialement aujourd’hui  : le frère dominicain et directeur de l’Ecole biblique et archéologique de Jérusalem, Jean Jacques Pérennès souligne que « les arabes chrétiens ne veulent pas être considérés comme une minorité, un résidu, ils veulent être pleinement citoyens de leurs pays ». Une telle exposition aide à prendre conscience de la durée et de la solidité de leur ancrage dans cette région où le christianisme est né : de Jérusalem, il s’est rapidement diffusé en Egypte et dans les territoires aujourd’hui occupés par le Liban, la Syrie, la Jordanie, l’Irak, la Turquie.. Tout au long de l’histoire, les chrétiens y ont joué un rôle majeur dans le développement politique, culturel, social et religieux des sociétés.

La majeure partie de cette zone géographique était intégrée dans l’Empire romain. La montée en puissance du christianisme est favorisée par l’Edit de Milan (313) de l’empereur Constantin. Les églises se construisent, (voir une mosaïque représentant une basilique de la 2e moitié du 5e siècle) dont le saint Sépulcre de Jérusalem. Né dans les villes, le christianisme oriental se développe aussi dans les déserts et les campagnes, avec l’apparition du monachisme en Egypte. Certains monastères deviennent de nouveaux foyers artistiques et intellectuels au moment où l’Occident chrétien subit les invasions barbares. L’aspect linguistique est important ; le latin reste la langue administrative, officielle jusqu’au 6e siècle, mais il n’est pas la langue courante. l’évangélisation se fait en araméen, la langue du Christ, et en grec, la langue répandue dans l’est de l’Empire suite aux conquêtes d’Alexandre. Le facteur linguistique accompagne les querelles théologiques qui éclatent lors des conciles des 4e et 5e siècles.

L’exposition s’attache davantage aux traits communs du christianisme oriental qu’aux spécificités liturgiques ou autres, des nestoriens, jacobites ou maronites. Le monachisme est né en Egypte, puis se répand. La variété de ce qui est présenté, fresques, mosaïques, icônes, manuscrits, trésors liturgiques offre un aperçu du faste oriental.

La péninsule arabique fut christianisée à partir du 5e siècle. Au temps de Mahomet (+632), la situation n’est pas uniforme : le nord près de la Jordanie et l’est ont été christianisés plus tôt, le centre et le sud sont sous un pouvoir chrétien sous tutelle éthiopienne. Dans l’actuel Yémen, la grande église de Sanaa a été construite au 6e siècle à la demande du pouvoir local chrétien. Néanmoins l’Arabie reste essentiellement païenne. Par le biais du commerce les tribus de La Mecque sont en relation avec des tribus arabes christianisées et des tribus juives. En 640, le calife Omar (634-644) aurait expulsé de la péninsule arabique les chrétiens et les juifs, « l’idée étant de ne pas laisser deux religions dans la péninsule des Arabes », mais il s’est avéré que cette décision n’a pas eu de caractère systématique partout. Ainsi le christianisme arabique a rapidement décliné.

La production artistique ne s’interrompt pas dans toute la région avec la conquête musulmane. On trouve une étonnante continuité de l’image figurative, alors que la crise iconoclaste déclenchée aux 8/9e siècles a entraîné la destruction des images à grande échelle, rien de tel dans l’empire islamique. De nombreuses églises sont construites au 10e siècle, les mosaïques découvertes en Jordanie par exemple témoignent de cette fièvre constructrice.

Malgré l’arabisation, les autres langues ne disparaissent pas ; la langue liturgique dans une même communauté va changer selon les périodes. Langue vernaculaire et langue liturgique se côtoient et se superposent dans le domaine artistique, grec, syriaque, arabe ou parfois latin. On reste impressionnés en admirant les nombreux évangiles, bibles, livres de prière en langues locales ou arabes. Une mosaïque de pavement avec deux chèvres porte des inscriptions en grec et en christo-palestinien ou encore on admire le livre de prière syriaque-arabe qui sert d’affiche à l’exposition.

Puis interviennent les Croisades. Les chrétiens d’Orient sont pris entre l’Orient et l’Occident. A quel camp appartenaient-ils ? Les musulmans les considèrent comme les alliés naturels des Croisés et les Croisés les soupçonnent d’être aux côtés des populations locales. Mais la période reste très faste sur le plan artistique, surtout dans les villes côtières, à Jérusalem, à Saint Jean d’Acre, à Tripoli auxquelles il faut ajouter les églises de la montagne libanaise et le Sinaï. De superbes feresques sont présentées à l’exposition, comme celles de l’église Saydet Kharayeb dans la province de Batroun au nord du Liban, à Beyrouth etc.

Pendant la période ottomane, le traitement administratif des minorités religieuses s’unifie sur l’ensemble du territoire. Les chrétiens d’Orient deviennent des intermédiaires privilégiés pour les commerçants étrangers ouvrant des comptoirs dans les « échelles du Levant », fluidifiant les rapports entre la Sublime Porte et les pays européens.

Pendant ce temps la papauté créée en 1622 une congrégation appelée Propaganda Fide en vue de rattacher à Rome les églises schismatiques, celles qui avaient pris leur autonomie lors des conciles du 5e siècle aussi bien que l’Eglise orthodoxe née du grand schisme de 1054. Des missionnaires sont envoyés, et à Rome des collèges pontificaux sont créés pour accueillir Grecs, Arméniens ou Maronites. Chaque Eglise orientale va se dédoubler et posséder une branche rattachée à Rome et une branche « orthodoxe » . Cette implantation de la papauté en Orient aux 17/18e siècles est fondamentale. Le catholicisme remodèle complètement la région. Des écoles chrétiennes forment les élites, l’apparition de l’imprimerie au Moyen Orient est étroitement liée à cette expansion religieuse. Le premier évangile en arabe est publié à Rome en 1591. Les bibles distribuées aux populations du Moyen Orient sont ornées de gravures européennes. De nouveaux thèmes apparaissent jusque là absents du christianisme oriental : l’Immaculée Conception, la Sainte Famille, le rosaire etc..

Il faut remarquer que cette diffusion d’images latines va de pair avec le maintien des traditions iconographiques orientales. Les icônes sont conservées chez les Grecs byzantins, ce que montre un bel ensemble de ces icônes.

Dans la 2e moitié du 19e siècle, chrétiens, musulmans et juifs arabophones appellent à un renouveau social et intellectuel qui n’est pas lié à telle ou telle confession, dans un mouvement identitaire qui s’appuie avant tout sur l’arabité.

Le 20e siècle débute tragiquement pour les chrétiens vivant dans l’Empire ottoman. L’exposition présente une série de photographies et de documents relatifs à l’éradication des Arméniens, des assyro-chaldéens et des syriaques, les souffrances dans le Mont-Liban en 1915-1918, les diverses déportations.

Après la Première guerre mondiale et le démembrement de l’empire ottoman, une toute autre histoire débute. Le destin des chrétiens est très lié au pays dans lequel ils vivent.

Les églises orientales ont désormais un destin sur place et une histoire mondiale. Depuis 1950 beaucoup de chrétiens se sont exilés aux USA, au Canada ou en Europe. Plusieurs œuvres d’artistes contemporains sont présentées à l’exposition : ils sont hantés par leur terre d’origine et préoccupés par des questions confessionnelles, mais aussi d’identité, et de transmission.

Magnifique exposition qui montre la diversité ethnique, religieuse, culturelle et linguistique du monde arabe, retraçant 2000 ans d’histoire de la région, à partir d’œuvres conservées en Europe mais aussi provenant de monastères, églises etc.. situées dans ces pays où est né le christianisme.

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