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Les icônes au petit palais à Paris

Publié le Mercredi 21 mars 2018

Les icônes au petit palais à Paris

Le musée du Petit Palais à Paris a ouvert depuis peu une nouvelle salle dédiée à sa collection d’icônes et aux art chrétiens d’Orient. C’est le plus important fonds public français d’icônes grecques et russes allant du 15e au 19e siècle.

L’origine de cette collection est le fruit de la donation de Roger Cabal en 1998 et du legs des frères Dutuit en 1902.

L’ensemble du monde orthodoxe est représenté. La chute de Constantinople en 1453 a entraîné la fin du monde byzantin, mais pas la disparition des icônes, qui restent en usage dans les communautés chrétiennes passées sous domination ottomane en Grèce et dans les Balkans. La Crète a constitué un nouveau centre de production. La Russie devenue la nouvelle gardienne de l’héritage orthodoxe, continue à produire des icônes issues de différents foyers artistiques.

L’icône, eikon/image, est apparue au sein de l’empire byzantin au plus tard au 6e siècle et a été l’un des pans majeurs de son art religieux, avec un remarquable essor à l’époque médiévale sous les dynasties des Comnènes et des Paléologues. L’activité missionnaire de Byzance vers la Bulgarie, la Serbie et la Russie s’accompagne de la diffusion des icônes. Les Églises orientales de Syrie ou d’Égypte, très tôt séparées de Byzance (5e siècle) et passées sous la domination islamique, continuent néanmoins à partager avec le monde byzantin des expressions artistiques proches , dont l’icône. Partout l’icône s’impose comme une caractéristique du christianisme oriental.

L’icône était diffusée bien au-delà de l’empire, et est toujours un élément intrinsèque de la foi. Les icônes réalisées par les communautés passées sous domination ottomane sont dites en histoire de l’art « post-byzantines. L’icône est un objet mobile et accompagne les communautés lors de leurs déplacements, comme support de rites et d’une foi qui demeurent immuables.

Rappelons que l’icône n’est pas considérée comme une illustration mais comme une révélation : elle montre le divin qui se manifeste au-travers d’elle. Saint Jean Damascène (676-749) qui s’était fait le défenseur des images lors de la crise iconoclaste , développe l’idée que l’image du Christ constitue un support de connaissance de sa personne aussi important que sa parole. L’icône de la sainte Face est considérée comme la trace tangible de l’incarnation du Christ.

Ainsi l’icône est sacralisée par l’orthodoxie orthodoxe et cela s’accompagne d’une codification des sujets et des procédés artistiques qui ont contribué à une véritable stabilité de l’art de l’icône. Difficile de comprendre pour nous occidentaux comment peuvent se concilier créativité et normativité ! Les infinies versions sur un même thème comme celui de la Vierge Mère de Dieu, par exemple, sont le signe de ce changement dans la permanence. Aux thèmes traditionnels sont arrivés de nouveaux sujets alimentés par des légendes locales ou autres considérations mystiques.

 

La nouvelle présentation du Petit Palais s’organise par zones géographiques, la Crète, la Grèce et les Balkans, et la Russie.

La Crète était devenue vénitienne en 1210 et devait le rester jusqu’en 1669, date de sa prise par les Ottomans. Cependant l’île est devenue un centre de production artistique important accueillant les artistes qui quittaient Constantinople après 1453. L’influence occidentale est parfois discrètement présente, avec l’introduction d’une perspective linéaire, de vêtements au goût occidental , de personnages en mouvement, de sentiments, tristesse ou douleur, qui deviennent visibles. L’icône de Saint Martin (2e moitié du 15e) en est un témoignage. Le saint très populaire en Occident est quasiment absent de l’iconographie byzantine, est ici représenté à la manière des saints cavaliers byzantins tels saint Georges. Sa posture est dynamique tranchant une partie de son manteau a la hauteur du genou et son cheval est représenté « en parade », comme les chevaux de bronze de saint Marc à Venise, et son nom est inscrit en latin, tandis que la main de Dieu placée dans l’angle supérieur est typique de la peinture crétoise.

Du coté de l’école russe, on admire un autre saint à cheval, saint Georges dans une icône magistrale reprenant des épisodes de la vie légendaire du saint. On prend ainsi conscience de deux approches stylistiques différentes.

Un ensemble de quatre icônes est particulièrement remarquable illustrant une pratique typique des églises de rite byzantin ; les menologues, icônes-calendriers qui figurent les fêtes des saints et martyrs.

Quant à la région de la Grèce et des Balkans, passée sous la domination ottomane depuis la chute de Constantinople, demeure un foyer de création d’icônes. L’icône représentant les scènes de la vie d’Elie est bien particulière. L’influence italienne se fait sentir, traitement des paysages et des architectures, et la scène de la montée au ciel d’Élie sur un char flamboie littéralement.

Cette nouvelle présentation d’icônes est accompagnée d’un dispositif pédagogique, table numérique pour approfondir la compréhension des icônes, un film sur la question de la restauration, et une vitrine d’outils, matériaux, pigments utilisés pour la création des icônes.

Avec en plus, la présentation d’objets religieux telle un plaque de reliure ornée d’une Vierge à l’Enfant qui témoigne d’un art de l’ivoire très florissant dans le monde chrétien oriental, cette présentation du Petit Palais permet d’admirer un superbe panorama de l’art sacré et des pratiques cultuelles dans l’Orient chrétien du 10 au 19e siècle.

 

* icone de saint Martin, Crète, vers 1500

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