En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Les migrants, François et nous

Publié il y a 11 jours

Les migrants, François et nous

 La question des migrants est au cœur de notre société aujourd’hui. Elle fait parfois l’objet de désaccord entre chrétiens. Pourquoi ? Quels sont les enjeux ? Quelle est la marque propre du pape François dans ce domaine.

Geneviève Medevielle donne des éléments pour que nous nous fassions une opinion personnelle.

Certes la question est délicate, elle dérange notre conscience, notre identité nationale, les privilèges économiques de certains pays accueillants. Le Pape François n’en fait-il pas trop ?

La politisation de la question migratoire peut mettre à l’épreuve les modalités de l’engagement chrétien à l’égard des migrants.

Geneviève Medevielle souhaite aborder cette situation actuelle tellement dérangeante : au sein d’une communauté qui partage la même foi et la même spiritualité, que dire des manières plurielles d’envisager le positionnement éthique en ce qui concerne l’accueil du migrant ?

 


Le prologue est constitué par un témoignage de Maurice Joyeux écrit depuis Lesbos, plaque tournante des migrations actuelles en Méditerranée.

Geneviève Medevielle mène son analyse en trois temps :

1. « Les raisons de nos désaccords »

En effet, les positions sont diverses et variées, y compris à l’intérieur de l’Église. L’auteur estime qu’il n’existe pas « une » éthique chrétienne des migrations, en raison de la complexité du lien entre foi confessée et agir éthique. La question ne se pose jamais dans l’abstrait mais toujours au cœur d’une situation singulière, sociale et politique. « L’immigration vécue comme une épreuve peut être considérée comme un défi ou une chance pour penser les relations entre êtres humains à l’heure du multiculturalisme ». Dans la France actuelle, vulnérable par les attentats revendiqués par le groupe Etat islamique, l’étranger devient pour certains un concurrent et un facteur d’insécurité face à un avenir incertain. Le dialogue est difficile entre le politique et l’humanitaire, qu'il soit confessionnel ou non. Elle rappelle que l’accueil de l’immigrant n’est pas à limiter au seul droit d’asile. La foi chrétienne implique que nul ne peut dénier à un être humain sa dignité, car tous sont fils de Dieu.

Ainsi le discernement éthique devient un acte complexe où émotion et raison ont toute leur place.

2. « La marque migratoire de l’Ecriture sainte » 
Dans le Premier Testament, la loi concernant la protection de l’étranger revient à de nombreuses reprises et le commandement d'accueillir l'immigré est partout présent dans le livre du Deutéronome.
Mais nous savons que la Bible n’est pas un texte sacré qu’il faudrait lire à la lettre pour tirer directement des normes morales disponibles pour notre temps. Elle est là pour faire résonner la Parole de Dieu. Ces textes cherchent à comprendre le sens de l’existence du peuple dans son rapport au Dieu qu’il confesse et de la promesse qui lui est faite. L’exégète Pierre Gibert rappelle que « la Bible est née à Babylone, de cette expérience de l’étranger qui faillit être mortelle mais que la foi du peuple juif a transformé en grâce divine ; car ainsi que nous-mêmes, notre père était un araméen errant... » (La Bible est née à Babylone, Monde de la Bible 161, décembre 2004.)

En fait, les mots désignant l’étranger recouvrent différentes réalités

- nakri, étranger au pays, païen qu’on ne peut fréquenter

- tosab, l’étranger de passage

- ger, l’étranger installé en Israel, l’immigré.

Les textes insistent sur la protection des êtres fragiles et vulnérables que sont les étrangers, tout comme les veuves et les orphelins, ce qui est d’ailleurs commun dans tous les textes législatifs du Proche Orient ancien.

Dans le Nouveau Testament, avec l’Eglise naissante, on assiste à une valorisation du thème de l’étranger ou du migrant, dans la mesure où ces deux notions servent à caractériser les chrétiens.
L’Église est bien ce peuple de rassemblement universel où personne n’est étranger dans la communauté chrétienne (cf le message du pape François pour la 103e journée du migrant et du réfugié 2017).

3. « La migrants et la signature du pape François »

Depuis 5 ans le pape François n’a cessé de parler en faveur des migrants : ils sont nos frères en humanité qu’il s’agit d’accueillir avec respect et dignité car la charité n’a pas de limite, tout en reconnaissant que l’Etat doit veiller au bien commun et à la sécurité en définissant une politique d’immigration. Il a été souligné que la sensibilité du Pape à l’égard de cette question, est due à son héritage familial et à sa formation jésuite.

Dans ses prises de position, le Pape, au-delà des parti pris idéologiques, se situe dans l’ordre de la foi et de la compréhension universaliste du salut donné en Jésus Christ. Son discours n’est pas en rupture avec celui de son prédécesseur Benoît XVI, même si le ton est différent, plus pastoral.

 


Le Pape nous rappelle que les migrants obligent donc à un processus de purification de nos réactions spontanées, de nos idéologies, mais aussi de nos images de Dieu.

Cependant avec le Pape François la vision du phénomène migratoire a pris une ampleur accrue, il le qualifie de « signe des temps ».

Enfin Geneviève Medevielle complète son propos par des critères de discernement pour que nous puissions nous positionner face au questionnement des migrants.

Le lecteur que nous sommes ne saura rester indifférent devant cette analyse concrète, humaine et spirituelle de cette question qui touche chacun dans sa vie quotidienne.

Geneviève Médevielle, Les migrants, François et nous, éditions Vie chrétienne, 2018

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