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Racines, Ressources, Ruptures du christianisme

Publié le Vendredi 5 octobre 2018

Racines, Ressources, Ruptures du christianisme

François Jullien, Ressources du christianisme, L'Herne, 2018 (1)


Quand, aujourd'hui comme hier, il est fait allusion à la religion chrétienne et à la laïcité (Emmanuel Macron aux Bernardins), il est plus fréquent d'évoquer le Génie du christianisme. Et, très souvent, de souligner les « racines chrétiennes » de l'Europe.

A vrai dire, s'il est plus juste de préciser qu'il n'est pas possible d'évoquer sans autre des « racines chrétiennes » de l'Europe d'aujourd'hui, il y a évidemment des « racines chrétiennes » pour la foi chrétienne contemporaine.  Mais François Jullien fait œuvre utile en parlant de « ressources du christianisme », « mais sans y entrer par la foi ». Celle-ci relève d'une autre lecture, théologique, sociologique et historique. Le changement de vocabulaire, passant de « racines » à « ressources » est très pertinent.

Les racines du christianisme ne sont pas seulement chrétiennes, s'y ajoutent les cultures grecques, latines, et celle des « Lumières ». Autant alors parler plutôt de « ressources » que de « racines », en reconnaissant la diversité de celles-ci, jusqu'à être contradictoires.

La richesse du concept de « ressources » dans le travail de François Jullien est que la ressource « s'explore » et qu'elle « s'exploite ».  Ce qui défait la bipartition de la connaissance d'une part, de l'action de l'autre, du théorique et du pratique.

François Jullien va plus loin en envisageant la question en termes non de « valeurs » mais de « ressources » (à suivre dans Regards sur l'Actualité : Valeurs ou Visées). Ressource n'est pas valeur, n'est pas richesse, ni racisme.

« Racine, en reportant le regard en arrière, enterre, tandis que ressource est productif, parce que prospectif. De même racine est identitaire, et par conséquent sectaire, tandis que ressource appelle au partage » (p. 30).

Le propre du christianisme a lui-même été de « déraciner », ou mieux de « désenraciner » le judaïsme.


François Jullien distingue également avec finesse la « différence » qui laisse tomber l'autre, une fois la distinction opérée, et l' « écart » qui garde en tension ce qui est séparé, tout en maintenant le « dévisagement » (p. 36).

Ne faut-il pas même aller plus radicalement en partant de l'accueil de ressources, accueil initial, pour insiter sur les « ruptures » sans lesquelles il n'y aurait pas d'évangile ? Plus même qu'un émondage de l'arbre enraciné et de ses ressources.


Les premières communautés chrétiennes, riches de ce qu'elles ont reçu du Premier Testament ont dû rompre avec les communautés juives, ou judaïsantes. C'est l'audace du premier « concile » chrétien, avec la venue de l'Esprit sur les païens (Actes 10, 44-48).

Rupture (ou ressource), de rupture en rupture. La fécondité du christianisme serait donc le fruit des ressources et ruptures qui ont fait le christianisme lui-même.

Patrick JACQUEMONT o.p.

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