En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Conversion de saint Paul

Publié le Lundi 25 janvier 2010


 

Michel Ange, (1475-1564) la Conversion de Saul, 1542-45 chapelle Pauline, Palais pontificaux, Vatican


 

Vers la fin de sa vie, Michel Ange est revenu à Rome où il avait déjà réalisé le mausolée de Jules II en 1505 et où il avait décoré la voûte de la chapelle Sixtine qu’il achèvera en 1512. Il avait séjourné à Florence ou les Médicis lui font l’importante commande de la chapelle funéraire de San Lorenzo, et de la bibliothèque laurentienne. Enfin le pape Paul III commande à Michel Ange le mur du fond de la chapelle Sixtine où il représente le Jugement Dernier. Ceci est achevé en 1541 et Paul III lui demande de décorer la chapelle Pauline du Vatican.


 

Le 25 janvier 1540, pour la fête de la conversion de saint Paul, célébrée jusqu’alors dans la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, le pape Paul III Farnèse consacra au saint dont il avait pris le nom, la nouvelle chapelle parva, commandée à Antonio da Sangallo le jeune et construite en un peu moins de trois ans au cœur du Palais pontifical. La chapelle parva, (par opposition à la chapelle magna, dont les fonctions avaient été reprises par la chapelle Sixtine) était la chapelle destinée au conclave, et surtout le lieu où était conservé le Saint Sacrement.

 

Michel Ange avait alors plus de 65 ans. Mais  en dépit de son âge et bien qu’il sentît qu’il n’avait pas « son cerveau avec lui », c’était encore un homme plein d’énergie. La reconstitution de ses journées de travail, rendue possible par les techniques modernes de restauration, nous révèle une personne capable d’affronter une grande quantité de travail en une seule journée. Au terme de l’œuvre, on comptera en tout 172 journées (85 pour la Conversion de saint Paul et 87 pour la Crucifixion de saint Pierre représentée sur une autre paroi de la chapelle), étalées sur sept ans, avec l’interruption de 1544, lorsqu’il dut s’arrêter pour des problèmes de santé. 

Michel-Ange avait entre les mains la première traduction en langue vulgaire des Actes des Apôtres faite par Antonio Brucioli, «Et comme nous étions tous tombés à terre, nous entendîmes une voix qui me parlait… Et je dis, qui es-tu Seigneur ? Et lui me répondit, je suis Jésus que tu persécutes».

Michel-Ange imagine l’épisode à sa manière en le centrant autour de ces deux aspects: Il “me parlait” et “qui es-tu Seigneur ?”. Il s’agit donc d’une interlocution directe et d’une présence physique.

Cette réinterprétation est en rupture avec les représentations un peu embarrassées des nombreux peintres qui l’avaient précédé. Michel-Ange peint le Christ faisant irruption du haut de la scène, comme présence physique, réelle. La personne du Christ semble se renverser et descendre vers Paul.

Une imposante et lumineuse ligne droite unit le Christ, en haut, à Paul, en bas. Un flot de lumière éblouissante qui représente un canal direct de communication.

 

La manière dont Michel Ange représente Paul apparaît insolite : l’apôtre est représenté comme un vieillard, alors que Paul devait avoir environ 30 ans. On peut imaginer que le visage de Paul pourrait être celui de l’artiste lui-même, désormais âgé, inquiet et à la recherche de la lumière de la vérité ; Michel Ange représente l’être humain qui a besoin d’une lumière supérieure. C’est la lumière de la grâce divine, indispensable pour acquérir une vue nouvelle, avec laquelle on peut percevoir la réalité orientée vers « l’espérance de ce qui nous attend au ciel » (Col 1,5)

Ce puissant visage de Paul rendu aveugle semble à la fois désemparé et faisant appel le bras levé vers le Seigneur avec qui il aspire ardemment communiquer. 

Rappelons que les fresques de la chapelle Pauline viennent d’être restaurées et que la chapelle a été ré-ouverte le 4 juillet 2009.



Le texte biblique

 

« Je suis Juif : né à Tarse, en Cilicie, mais élevé ici dans cette ville, j'ai reçu, à l'école de Gamaliel, un enseignement strictement conforme à la Loi de nos pères ; je défendais la cause de Dieu avec une ardeur jalouse, comme vous le faites tous aujourd'hui.

J'ai persécuté à mort les adeptes de la Voie que je suis aujourd'hui ; je les arrêtais et les jetais en prison, hommes et femmes ; le grand prêtre et tout le conseil des Anciens peuvent en témoigner. Eux-mêmes m'avaient donné des lettres pour nos frères et j'étais en route vers Damas : je devais faire prisonniers ceux qui étaient là-bas et les ramener à Jérusalem pour qu'ils subissent leur châtiment.

Donc, comme j'étais en route et que j'approchais de Damas, vers midi, une grande lumière venant du ciel m'enveloppa soudain. Je tombai sur le sol, et j'entendis une voix qui me disait : 'Saul, Saul, pourquoi me persécuter ?'

Et moi je répondis : 'Qui es-tu, Seigneur ? Je suis Jésus le Nazaréen, celui que tu persécutes.'

Mes compagnons voyaient la lumière, mais ils n'entendaient pas la voix de celui qui me parlait, et je dis : 'Que dois-je faire, Seigneur ?' Le Seigneur me répondit : 'Relève-toi, va jusqu'à Damas, et là on t'indiquera tout ce qu'il t'est prescrit de faire.'

 Comme je n'y voyais plus, à cause de l'éclat de cette lumière, mes compagnons me prirent par la main, et c'est ainsi que j'arrivai à Damas. Or, Ananie, un homme religieux et fidèle à la Loi, estimé de tous les Juifs habitant la ville,

vint me trouver et, arrivé auprès de moi, il me dit : 'Saul, mon frère, retrouve la vue.' Et moi, au même instant, je retrouvai la vue, et je le vis. Il me dit encore : 'Le Dieu de nos pères t'a destiné à connaître sa volonté, à voir celui qui est le Juste et à entendre la parole qui sort de sa bouche.

Car tu seras pour lui, devant tous les hommes, le témoin de ce que tu as vu et entendu.

 Et maintenant, pourquoi hésiter ? Lève-toi et reçois le baptême, sois lavé de tes péchés en invoquant le nom de Jésus.'


 

Ac 22, 3-16



Commentaires

 

Au chapitre 22, on trouve le second récit de la conversion de Paul dans les Actes des Apôtres  (qui en compte trois : ch.9,1-9, ch.22,3-16, ch.2-,12-18) ; chaque récit a ses particularités fortes. Il s’agit ici d’un discours de Paul qui se trouve face à la foule juive et doit rendre témoignage au Seigneur qui l’a appelé. Devant le peuple de Jérusalem, Paul ne va pas se lancer dans une argumentation théologique, mais il raconte l’extraordinaire retournement qu’il a vécu sur le chemin de Damas.

Il commence en précisant son identité de juif persécuteur des chrétiens, avant sa conversion. Il est donc de la même « famille » que ceux à qui il s’adresse ; il fut un disciple de Gamaliel, docteur de la Loi estimé de tout le peuple ; la référence n’est pas minime, il voulait défendre la cause de Dieu, comme ceux qui l’écoutent : Paul les comprend.

Puis Paul évoque cette rencontre extraordinaire sur le chemin de Damas, récit que Luc fera plusieurs fois et que Paul lui-même évoque dans sa lettre aux Galates. Les précisions s’ajoutent les unes aux autres, ce qui ajoute au caractère « vécu » de l’épisode. Mais toujours il y a la stupeur des compagnons de Paul devant cet événement bouleversant, dont seul Paul peut saisir le sens.

L’interrogation de Jésus le Nazaréen est lancinante : « pourquoi me persécutes-tu ? ». Jésus s’identifie aux chrétiens persécutés à cause de son nom. Persécuter ceux qui croient en lui, c’est l’atteindre lui-même. Pourquoi persécuter à mort des disciples de l’Évangile de la paix ? Pourquoi crucifier l’Envoyé de Dieu venu pour être Rédempteur de l’homme ?

La rencontre avec Ananie est ici racontée succinctement car Paul est pressé de parler de l’essentiel, il raconte son propre vécu ; ce qui importe c’est sa vision retrouvée et son baptême. Ananie est présenté comme un religieux fidèle à la Loi : s’il est devenu chrétien, ce qui ressort de sa démarche auprès de Paul, il est un bon judéo-chrétien et comme Paul dit : « le Dieu de nos pères t’a destiné ». Encore une insistance auprès des auditeurs juifs : l’extraordinaire vocation de Paul s’inscrit dans la continuité de la volonté de ce Dieu qui est le leur. Le Seigneur destine Paul à être son témoin devant tous les hommes.

Ainsi le persécuteur de l’Église naissante s’est fait son plus zélé défenseur. Scandalisé par la croix du Christ, il mettra en elle toute sa fierté. En lutte farouche pour la sauvegarde de l’orthodoxie mosaïque, il sera le premier à vouloir ouvrir l’Évangile aux païens. En vérité, rien n’est impossible à Dieu ! Oui, Dieu peut tout, mais seulement dans la mesure où l’homme consent à accueillir en lui l’action de sa grâce.


 

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