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la bible manuscrite

Publié le Mercredi 29 juillet 2020

la bible manuscrite

 

La Bible manuscrite, « Les Psaumes et le Nouveau Testament »

  

« Ce livre que je lis depuis des années, dont j’entends la lecture ou qu’on me prêche, j’ai enfin la possibilité de le prendre en main et, par mon geste et ma plume, de le transmettre à d’autres mains, d’autres yeux, d’autres croyants... Quelle joie ! » (témoignage d’une copiste)

 

Le projet : au commencement
Trésor spirituel et culturel de l’humanité, la Bible en ses diverses formes est transmise depuis des siècles par des hommes et des femmes qui se sont engagés en raison de leur foi, leur amour du texte et leurs compétences, à copier et à transmettre ce joyau littéraire.

À une époque de bouleversements et de remises en question, cet exemplaire de la Bible manuscrite (les Psaumes et le Nouveau Testament) et ses nombreux copistes parviennent à prolonger l’aventure formidable de la transmission de la Bible, livre vivant pour un Dieu vivant !

Au commencement, il y a eu l’initiative originale du pasteur Uwe Habenicht (Bible Corona, printemps 2020 – commune de Saint-Gall). Au sein de sa communauté suisse alémanique, il a suscité le projet d’une Bible complète copiée à la main, chaque copiste choisissant la langue dans laquelle il copiait ainsi que la version de la Bible de son choix, avec possibilité d’inclure des témoignages et des commentaires dans le texte même. Nous avons été enthousiasmés par ce projet et nous l’avons repensé sous une forme différente, en vue d’une diffusion large dans le cadre de la francophonie.

Durant cette période si particulière de confinement, mesurant nos forces et le temps de réalisation d’un projet de cette ampleur, nous avons voulu nous concentrer d’abord sur la copie du Nouveau Testament et des Psaumes. Nous avons immédiatement pensé à utiliser une seule traduction moderne de référence, la plus diffusée dans la francophonie, la Nouvelle Français Courant (éd. Bibli’O – Société biblique française, 2019). Cette traduction œcuménique offre l’avantage de fournir un texte compréhensible par tous, dans un langage accessible, et dans un style clair.

Très vite, nous avons fait appel à toutes les bonnes volontés pour que cette traduction actualisée et interconfessionnelle soit reproduite à la main, en laissant toute liberté aux copistes de présenter ce texte comme ils le souhaitaient. Et les copistes ont répondu « présents ! »

De toute la francophonie, par centaines (plus de 470), des hommes et des femmes (de 7 à 93 ans ; 70% de femmes et 30% d’hommes) se sont manifestés pour s’impliquer en quelques jours dans ce projet inédit ; une liste d’attente de 70 copistes a même été créée tant la demande était importante.

Ainsi, juifs et chrétiens de toute obédience, des pays francophones ou d’autres contrées (plus de 30 nationalités) ont manifesté leur intérêt pour cet ouvrage réalisé à plusieurs mains : une parole de Dieu qui s’incarne en une parole humaine par l’entremise de l’imagination des cœurs et du geste de la main.

La diversité des parcours de vie des copistes nous a touchés : jeune migrante réfugiée en France ou carmélite, député, sénateur ou aumônier militaire, médecins et infirmières ayant lutté contre le Covid, étudiant ou retraité, vigneron, secrétaire, ingénieur, pasteurs ou prêtres, croyants ou athées... La liste de celles et ceux qui se sont pris au jeu de la transmission biblique par la copie est aussi longue que variée.

À titre d’illustrations, signalons qu’un psaume rédigé en braille nous a laissés sans voix, et pourtant, il parle à ceux qui connaissent ce langage et nous permet d’entrer « aveugles », par le toucher, dans leurs émotions et dans leur perception du message biblique. Des paroles en hébreu ou en grec, recopiées par certains copistes, nous ramènent aux origines de la transmission des écrits bibliques, à la beauté des écritures anciennes et aux mystères de la révélation. La copie d’un chapitre par un détenu avec son aumônier rappelle la force d’espérance de ces textes, au-delà de toute barrière. Des copies à plusieurs mains (des couples, des amis, des communautés religieuses, des résidents d’une maison de retraite, des enfants et leurs parents, des collégiens, des personnes en situation d’handicap, etc.) nous font vivre une Bible actualisée et partagée, car son texte ou son message n’appartient à personne.

 

 

Une Bible des « confinés »
Certains ont suggéré de parler de cette Bible manuscrite comme de la « Bible des confinés », celle qui a surgi de cette année 2020, ce temps « à part » au cours duquel beaucoup d’entre nous ont pris justement le temps de réfléchir, de méditer et de prier. La vie, la mort, la vie après la mort, la peur, l’accompagnement des malades, la relation à Dieu, le lien aux autres... Toutes ces questions essentielles, existentielles, et beaucoup d’autres ont été revisitées ces derniers mois, et le message biblique est venu tout naturellement nous interroger sur ce qui est éternellement et « essentiellement » humain. Certes, nous étions « distanciés », mais également dans une autre forme de proximité aux autres et à Dieu, sans jamais oublier que l’autre fait vivre.

Oui, il s’agit bien d’une Bible des confinés, mais de manière plus positive, nous pouvons en parler comme d’une Bible « entre nos mains », celle que nous faisons vivre par nos efforts, notre implication concrète et notre pâte/patte humaine.

Des centaines de personnes ont répondu fidèlement à ce souhait de transmettre ensemble le texte de la Bible. Cet engouement s’est traduit par un embouteillage de demandes provenant de divers horizons. Des passionnés, des anonymes, des croyants et des personnes en recherche, femmes et hommes de tous bords sont venus nous apporter leur soutien. Des personnalités du monde des arts, de la littérature, de la politique, du sport, du journalisme, des théologiens et des responsables de communautés religieuses nous ont signifié leur appui sincère en copiant à leur tour un chapitre. Ce fut ainsi une entreprise collective de transmission de la Bible dans un monde qui change.

Nous n’avions pas mesuré cela lorsque nous avons décidé de nous lancer dans cette aventure : écrire, recopier n’est pas si simple de nos jours. S’appliquer à suivre à la lettre un texte précis requiert une attention de tous les instants, car la copie est une entreprise sérieuse qui demande des forces et invite à la concentration, voire à la méditation : « mes doigts malhabiles et perclus de rhumatismes m’ont rendu la tâche difficile, mais j’y suis arrivé ! » (témoignage d’un copiste).

Dans l’Antiquité, les scribes avaient une fonction essentielle, reconnue et même vénérée dans certains lieux, certaines religions. Ils suivaient des règles précises et se préparaient à leur ouvrage en se purifiant ou en s’adonnant à des rituels ou des exercices spirituels ; ils se relisaient et se corrigeaient entre eux, car ils savaient que leurs mains pouvaient les trahir...

 

La Bible manuscrite est celle que des femmes, des hommes et des enfants se sont appropriés à leur manière. Il ne s’agit plus simplement d’un beau livre rangé sur une étagère et qui attend notre venue, mais c’est la Bible dans laquelle nous sommes entrés en nous confrontant à un texte, à une traduction, une mise en forme qu’il fallait respecter ou réinventer. Nous remercions ici tous ceux et celles qui ont bien voulu refaire, reprendre ou corriger leur copie, car le travail du copiste est une forme d’ascèse, c’est-à-dire qu’il nous dépossède un temps de ce que nous sommes, de notre histoire, pour nous recentrer sur ce qui est écrit et dit : il ne s’agit plus de « nous », mais d’une longue chaîne de transmetteurs dans laquelle nous entrons avec respect et à petits pas « manuscrits ». En même temps, de nombreux copistes témoignent d’un retour à soi, d’un enrichissement personnel et d’une forme de jubilation à l’idée de participer à une entreprise humaine qui nous relie à d’autres, nous dépasse et nous éclaire : « Ta parole est une lampe devant mes pas, une lumière qui éclaire mon sentier. » (Psaume 119,105). 


Valérie DUVAL- POUJOL et Thierry LEGRAND, chefs de projet

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