En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

« la Passion » de Mel Gibson

Publié le Mardi 11 mai 2004

Alors faut-il aller voir « la Passion » de Mel Gibson ? sacrifie-t-on au phénomène de mode et de publicité ? ou bien il faut voir pour juger ? ou bien on reste sur ses idées ?
Le fait est que les spectateurs affluent.

Quelque soit la manière de représenter la passion, en peinture ou en film, la passion est révoltante tant qu’on est au niveau humain. Pourquoi Jésus souffre, ne réagit pas, reste-t-il serviteur souffrant ? Il est au-dessus, il vient d’ailleurs. Cette cruauté violente représentée n’est pas une nouveauté dans l’art, qu’on se souvienne la représentation de Grünewald au 15e , ou encore au 20e avec Rouault, pour ne citer que quelques exemples. N’oublions jamais que dans toute œuvre d’art, l’artiste a sa part importante d’interprétation, il veut soit faire passer une idée ou faire réagir un spectateur qui se forge son idée personnelle. Remarquons que cette violence fait partie d’un atout commercial pour ce film, mais toute violence est-elle bonne à voir ? ne fait-elle pas appel à cette part de trouble inhérente à chaque homme ? Par ailleurs la souffrance est montrée de manière différente pour Jésus et pour les larrons qui ont eux aussi souffert le supplice de la croix. Ce supplice était atroce faisant partie de ce monde romain qui était un monde très violent, on connaît les jeux du cirque, les triomphes etc…La fameuse pax romana s’édifie sur la mise en esclavage des prisonniers épargnés. Il est compréhensible que l’on fasse droit à cette violence. Mais la manière dont elle est amplifiée et montrée apporte-t-elle à notre foi qui est fondée sur les Evangiles eux-mêmes peu diserts sur les souffrances du Christ à la Passion. Cette évocation si courte de la Résurrection n’est pas suffisante pour pallier le manque de vision du mystère de la souffrance du Christ et de la Rédemption.

Les difficultés le plus souvent opposées à ce film sont principalement au nombre de trois : il favorise la haine anti-judaïque, il ne respecte pas la vérité du christianisme et sa violence est insoutenable.
Nombre d’articles ont été écrits sur le sujet.

On voit ici le regard d’un artiste sur les souffrances de Jésus. Le film, comme toute œuvre d’art est présenté selon un angle de vue personnel, et les déformations sont inévitables. Cependant le sujet traité est particulièrement sensible, il tient à la foi ; la passion du Christ présentée avec les moyens et modes cinématographiques de notre temps, avec la violence à laquelle le grand public est habitué. Cette violence ne nous est-elle pas décrite dans les psaumes que nous avons lus durant toute cette période liturgique de la Passion ?


Pour le théologien, ce qui gène est que le film isole la passion de la prédication de Jésus et des récits sur le Christ ressuscité. Le public non averti est exposé au risque de ne voir qu’un déchaînement de violence incompréhensible. Y voyons-nous la liberté de Jésus Sauveur ?
« Ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne » Jésus va vivre et mourir, c’est son amour extrême, sa totale liberté d’aimer qui dominent la conséquence du péché.

Nous voyons un homme qui souffre horriblement, or cet homme est Dieu. D’autres martyrs ont pu souffrir et donner leur vie, mais ils n’étaient pas Dieu. Le spectateur est-il à même de voir et de comprendre cela. Mystère de foi, croix d’amour extrême, croix glorieuse, croix de vie.

Il est intéressant de souligner la part magnifique donnée par Mel Gibson à Marie en particulier.
Marie cherche Jésus, au Sanhédrin son regard tourne, Marie s’immobilise, elle s’agenouille, son oreille écoute le sol, « la nuit j’ai cherché celui que mon cœur aime » (Ct 3,1). Elle ressent tous les coups portés à Jésus, elle rejoint Jésus sur le chemin de croix, et prend dans ses mains le visage ensanglanté de son fils. Son regard croise celui de Jésus qui y puise une force inouie pour se redresser. Elle essuiera le dallage couvert du sang de Jésus avec un linge blanc apporté par Claudia, la femme de Pilate. Elle posera son visage sur les pieds ensanglantés de Jésus en croix, quelle douceur de mère, quel respect, quelle souffrance partagée. Marie recueille le corps de son fils mort à la descente de croix, tout en délicatesse, tout en amour, en acceptation, en attente de Rédemption.
D’autres femmes expriment cette compassion, évoquons Marie Madeleine, Véronique.
Elles contemplent, elles pénètrent dans le mystère de l’amour de Dieu pour les hommes et nous en font partager la force salvatrice.

Le regard de Marie transforme pour nous la violence insupportable de la souffrance de Jésus, il désarme toute complaisance, il nous éduque nous évitant toute erreur de fascination ou de fuite devant la souffrance. Lorsque les soldats crucifient Jésus, Marie demeure comme prosternée, courbée dans la poussière ; puis, quand la croix est dressée, elle se relève et affronte dans l'humilité et l'intercession ce que l'Ecriture n'hésite pas à appeler un "spectacle" (Lc 23,48).

Ce film est une réussite cinématographique, il ne peut laisser indifférent. Le croyant est amené à réfléchir encore plus sur le mystère de la croix, de la souffrance avec un regard illuminé par la Résurrection, le salut du peuple de Dieu. Le film pose des questions, oblige donc à aller, avec un esprit critique, au-delà de ce que propose Mel Gibson.









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