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Exposition Titien, Tintoret, Véronèse, la peinture à Venise au XVIe siècle

Publié le Mardi 15 décembre 2009

Exposition Titien, Tintoret, Véronèse, la peinture à Venise au XVIe siècle

 Le baptême du Christ 

 Tintoret, 1580,                             Bassano, 1592, Met                                  Véronèse, 1580-85

 

La seconde moitié du XVIe siècle a été à Venise une grande époque de rivalités artistiques entre le grand et  « sublime » Titien dont la domination reste incontestée, le « ténébreux » Tintoret et le « brillant » Véronèse, sans oublier le jeune et talentueux Jaccopo Bassano.  Dans différents domaines, se multiplient portraits, commandes religieuses et compositions mythologiques.

Les domaines du sacré et du profane sont souvent confondus dans le même tableau : l’exposition nous offre des tableaux représentant des repas bibliques, et par ailleurs le « luminisme » (rôle de la lumière dans l'organisation cohérente des formes par le jeu des valeurs tonales) est abordé sous le titre de « nocturnes sacrés ».

 

La fin du XVIe est profondément  marquée par le Concile de Trente qui se réunit en 1545 et qui s’achèvera en 1563. La Réforme Catholique qui en découle réexamine et redéfinit de nombreux points de dogme. Les arts sont également concernés. Venise en accepte les délibérations et publie la Professio Fidei Tridentinae.

 

Les scènes religieuses sont alors dépeintes de nuit, offrant aux artistes toutes sortes de jeux possibles avec la lumière : la baptême de Jésus, la mise au tombeau, la prière au jardin des oliviers, la pénitence de saint Jérôme. Le choix de ces thèmes est intimement lié à la situation de l’Eglise après le Concile de Trente.

 

Le thème du Baptême du Christ a fait l’objet de variations iconographiques à des fins dramatiques. Il est habituellement représenté à l’aube, dans une lumière diurne, alors que la nature s’éveille, évoquant une nouvelle naissance de l’homme, à la reconnaissance du Fils de Dieu. L’exposition permet de confronter les œuvres de Véronèse, Tintoret et Jacoppo Bassano : on constate ainsi non seulement des nouvelles tendances luministes de la peinture vénitienne, mais aussi les différences stylistiques, poétiques et spirituelles entre les trois artistes. Tintoret situe le baptême dans une nuit éclairée de lumières  artificielles, des feux d’artifice semblent strier le ciel. Le Christ et Jean Baptiste sont saisis  dans une attitude complexe ressemblant à un pas de danse, les corps ont un relief sculptural et une illumination rasante  révèle leur puissante anatomie rappelant Michel Ange. Au bas du tableau les eaux noires du Jourdain s’agitent  et bouillonnent dans l’obscurité.

 

Le tableau de Véronèse est empreint d’une certaine élégance maniériste et se déroule dans une aube pâle, avec cette palette claire et brillante qui caractérise l’essentiel de la carrière de Véronèse

 

Le tableau de Bassano, seul artiste parmi les successeurs de Titien à pouvoir égaler les effets obtenus par son maître, est l’une des compositions nocturnes les plus hardies de la peinture vénitienne.  Pour la première fois le baptême se charge d’un sombre pressentiment et préfigure la mort. C’est ce que semble aussi suggérer la position du buste du Christ qui évoque la flagellation ou le portement de croix. L’œuvre est terrifiante, à la fougue immense. Les visages de Jésus et de Jean Baptiste sont traités de manière expressionniste. A l’arrière plan le mont Grappa (60 km de Venise) s’estompe dans les ténèbres, et présente un schéma dépouillé et archaïque, bien différent de ce qui est réalisé à cette époque.

 

 

La série des tableaux représentant les pèlerins d’Emmaüs est tout aussi passionnante. Titien montre un instant éphémère où le réel et le surnaturel se mêlent  indistinctement. L’image est à la fois simple et intense, les traits du visage du Christ brillent et s’évanouissent comme dans un rêve, à la stupeur des disciples présents ; en  même temps  l’œuvre abonde en détails précieux et le rendu des matériaux est quasiment tactile.

Véronèse a réalisé de nombreuses représentations de repas bibliques aux dimensions colossales (cf les noces de Cana du Louvre). Son tableau des pèlerins d’Emmaüs illustre bien ce mélange de sacré et de profane. Il a en effet inséré à l’intérieur de la scène biblique les portraits d’une famille d’aristocrates vénitiens, avec des détails riches et savoureux, des enfants qui jouent et des chiens. Son audace transgressant les nouvelles règles édictées par la Réforme Catholique lui a valu d’être interrogé en 1573 par le tribunal de l’Inquisition !

 

Ce ne sont que quelques exemples, dans cette magnifique exposition aux nombreux chefs d’œuvre provenant de Venise, la Sérénissime, qui est au faîte de sa gloire au cours du XVIe siècle. Et pourtant les peintres sont appelés par l’Eglise Catholique à se recentrer sur les représentations de l’expérience personnelle de la foi, pour rivaliser avec la position de la réforme protestante. Il en résulte, parmi d’autres, ces nocturnes sacrés aux allures dramatiques et quasi-angoissantes, offrant toutes sortes de jeux possibles avec la lumière, auxquels les artistes se sont adonnés, chacun avec son caractère propre.

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