En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

ANNEE DU SACERDOCE (5)

Publié le Lundi 11 janvier 2010

ANNEE DU SACERDOCE (5)

 

QUELLES PAROISSES ?



Quand « l’année sacerdotale » 2009-2010 est proposée par Benoit XVI, le choix de la figure du Curé d’Ars est celui d’un prêtre de paroisse. Après les années difficiles jusqu’à son ordination par l’évêque de Grenoble, Jean-Marie VIANNEY n’a connu que la vie paroissiale, comme vicaire de l’abbé BALLEY tout près de son lieu de naissance à Dardilly. Comme dorénavant de la petite église d’Ars, chapelle détachée de la paroisse de Misérieux alors dans le diocèse de Lyon avant d’être consacrée église d’Ars sous le patronage de l’Immaculée Conception (1821). Par trois fois, il a voulu quitter Ars, à 54 ans, en 1840 ; à 57 ans pour retrouver Dardilly ; à 67 ans après l’arrivée d’un vicaire comme auxiliaire. Il mourra à Ars en 1859, demeurant toujours le Curé d’Ars. Il est significatif qu’après sa béatification (1905), il soit proclamé « patron des curés de France », puis après sa canonisation (1929), « prêtre des curés de Rome et de l’univers catholique ». Benoit XVI ajoutera « prêtre des année de l’univers » (2009).

C’est donc la dimension paroissiale du ministère qui est mise en valeur alors qu’il y a une interrogation sur le statut de la paroisse dans la pastorale en France notamment. Il est donc nécessaire de redécouvrir l’histoire de la paroisse et son évolution. Car l’organisation de l’Eglise n’a pas toujours été fondée sur les paroisses. Elles ont émergé en Occident entre le VIII° et XII° siècle avec la féodalité. Auparavant entre le IV° et le VII° siècle le diocèse est la circonscription de base. L’évêque, en ville, est entouré de prêtres. Les baptisés vivant dans des territoires extérieurs, l’évêque leur envoie des prêtres pour administrer les sacrements et éviter de surcharger la cathédrale. L’attribution définitive d’une paroisse à un prêtre n’est consacrée qu’au concile de Latran en 1215. On parle alors du « propre prêtre » d’une paroisse (concile de Latran, 1215). Voyez Nicole LEMAITRE, Histoire des curés, Fayard, 2002.

Ce quadrillage paroissial va se développer avec celui des communes pour des siècles. Il n’y a pas en effet d’Eglise sans église locale, sans église locale particulière. Mais le territoire communal est-il le seul critère local ? Quand se produit l’explosion des communes urbaines au XIII° siècle, l’Eglise a-t-elle perçu l’enjeu de cette mutation et les forces nouvelles possibles pour une explosion des paroisses ? C’est le temps des « corporations » qui regroupent selon les métiers ou des « confréries » qui rassemblent les familles spirituelles. Celles-ci sont soutenues par les ordres mendiants (Carmes, Franciscains, Dominicains) qui accueillent les chrétiens dans leurs Tiers ordres ou autour de leurs lieux propres de prédication et de prière. L’Eglise ne semble pas avoir voulu tenir compte de cette mission sociale pour une éventuelle remise en cause des paroisses. Sans doute s’est-il agi d’une querelle de pouvoir, évêques et curés voulant garder la mainmise sur leur territoire. N’y avait il pas là chance de ne pas réduire l’Eglise locale à son enracinement territorial ?

Il est intéressant de retrouver ce questionnement, au XX° siècle avec le surgissement de l’Action catholique. Dans une « France pays de mission » (A.GODIN). C’est la fondation de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) par l’abbé Cazdjn qui veut « reconquérir la classe ouvrière ». Le développement rapide de la JOC avec celui, parallèle mais différent, de la Jeunesse Rurale Chrétienne (JAC) a posé aussitôt question et défiance de la part de l’épiscopat. Quand les adultes prirent la suite des jeunes avec l’Action Catholique Ouvrière (ACO) et le futur Chrétiens dans le Monde Rural (CMR), une concurrence pouvait apparaitre avec les paroisses rurales ou une méfiance pour les choix politiques et syndicaux des membres de l’ACO. La sagesse fut alors de reconnaitre les chances de renouveau ecclésial non paroissial, en respectant, avec quelques tensions, la structure nationale des mouvements et en les intégrant dans les structures diocésaines. Une heure décisive qui a marqué les Eglises locales, même si aujourd’hui l’Action Catholique ne tient plus la même place qu’il y a cinquante ans, pour le dommage de l’Eglise elle-même.

C’est alors qu’un autre souffle risque de bouleverser les structures territoriales des paroisses et des diocèses. Venu du courant pentecôtiste des Etats-Unis, le courant charismatique, insistant sur des communautés rassemblées par l’Esprit Saint, s’insère dans le tissu ecclésial de la vieille Europe. Il apporte une réponse à un besoin de prière fervente et de guérison immédiate dans des assemblées chaleureuses et chantantes. Les évêques, en France, s’inquiètent sur la forme et le fond de ces assemblées qui rassemblent plus de monde que les paroisses. Une commission théologique permettra de dialoguer entre les leaders de ces communautés et des théologiens éprouvés. Aujourd’hui les communautés charismatiques, où sont présents les responsables catholiques, protestants, sont reconnues à des titres divers : le Chemin neuf fondé par un jésuite et un dominicain, l’Emmanuel groupe de prière qui aime à se retrouver à Paray le Monial et les Béatitudes nées du groupe du Lion de Judas et encore suspectées pour leurs éventuelles dérives. La reconnaissance de ces communautés charismatiques est manifestée par le choix de plusieurs évêques de France en leur sein.

Que deviennent alors les paroisses territoriales à travers ces émergences qui ne sont pas issues d’elles et peuvent les concurrencer ? Une pastorale paroissiale reste vivante notamment avec les Fils de la Charité : G. MICHONNEAU, Paroisse, communauté missionnaire, et dans le même esprit Jo DE MIJOLA.

Ce renouveau paroissial met en valeur l’expression liturgique, le souci missionnaire, et l’animation par des équipes pastorales où les laïcs prennent un part de plus en plus active. Cela est d’autant plus nécessaire que la France, qui n’est pas la seule, connait une diminution, qui va croissante, du nombre de prêtres. Malgré les constats et les prévisions des sociologues, les évêques, pour un grand nombre, refusent encore de le reconnaître. Il faut alors faire appel à des apports extérieurs comme dans le diocèse de Fréjus-Toulon. Depuis 1983, Mgr Joseph MADEC, puis Mgr Dominique REY ont fait le choix « d’un presbyterium bigarré » à l’image du département. Ils ont été les premiers à faire appel aux prêtres de la communauté Saint Martin (Cardinal SIZI, Gênes). L’appel aux vocations n’est qu’une partie de la réponse aux difficultés. Des remembrements de paroisse, regroupements, se sont révélés insuffisants et difficiles à vivre. Mais, ose dire à la Conférence épiscopale de novembre 2009, l’évêque de Saint Etienne (Dominique LEBRUN) : « les esprits restent attachés au schéma classique. Je me demande si l’idée de paroisse est encore viable. Actuellement nous évoluons plutôt dans un territoire de mission que dans une paroisse traditionnelle… Si on repart des communautés existantes qui, ensemble, essayent de lire et de vivre l’évangile, il faudrait, pour les soutenir, constituer des équipes itinérantes qui viendraient périodiquement dans les villages pour proposer une écoute, un enseignement, ou mener des actions de porte à porte, selon les besoins ».

Au cours de cette Conférence épiscopale de novembre 1909, c’est un nouveau visage de l’Eglise qui se dessine. Le diocèse de Poitiers a misé sur la vitalité des communautés locales qui, d’abord mises en place dans le rural concernent aussi les villes, avec plus de difficultés. Aujourd’hui au nombre de 320, elles ont permis de renouveler le tissu ecclésial. Là se trouve peut-être la référence des églises particulières qui feront l’Eglise de demain : plus que territoire, des réseaux, plus qu’un maillage, un tissage. « Vaste monde ma paroisse » (Y. CONGAR).


P.J.

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