En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Écologie et écologisme

Publié le Mardi 9 février 2010

 

Écologie et écologisme


 

Environnemental, mobilité durable, éco-mobile, futur durable, blue tech-hybrid, éco-réfugiés, écologie sociale, recyclage, éco-conception, écologie urbaine, réparable, croissance verte, pollution sélective, innovation durable, écologie numérique, solidarité écologique, réfugiés climatiques, développement durable, communauté biotique, écologie profonde, éco-système solidaire, justice climatique, éco-citoyen, bio-compatible, etc … le lecteur trouvera bien d’autres formules dans les journaux, puisque l’imagination n’a pas de limite. Ce n’est pas tout. L’effet de serre anthropique est dû aux gaz connus de tous comme le dioxyde de carbone, le méthane, l’oxyde nitreux, mesuré en TeqCO2, que nous devons faire disparaître dans des puits de carbone. Que le lecteur de ces lignes ne se méprenne pas. Le réchauffement climatique est une réalité mesurée et calculée par la communauté scientifique et nous leur faisons confiance. Nous n’avons pas les moyens d’entrer dans des débats techniques extrêmement complexes si ce n’est, constater une convergence entre les vues de scientifiques de disciplines différentes. Il faut donc faire quelque chose mais à quelle condition et à quel prix. Il s’agit bien du rapport de l’homme à son environnement et plus précisément de l’homme, comme espèce, vivant de plus en plus dans un univers urbanisé.

Quel rapport doit-on avoir avec nos ressources dites naturelles ? La question porte en elle-même, ce qu’est l’humain devant cette « nature ». La question est anthropologique de manière sous-jacente dans ce rapport aux ressources naturelles.


 

La dictature du CO2

L’écologie est devenue écologisme depuis une dizaine d’années. C’est devenu une attitude, un comportemental citoyen qui déborde de loin les clivages politiques et économiques. Nous ne pouvons que nous en réjouir tout en nous gardant de la tentation idéologique. Sans que l’on y prenne garde l’idéologie écologiste commence à nous enserrer et devient de fait totalitaire. Les catastrophes annoncées viennent renforcer cette soumission à une idéologie. Les « ténors » abondent en formules radicales sous formes de menace. Il ne s’agit rien de moins que de sauver l’humanité (N.Hulot). Que faire après l’après pétrole ? L’immobilisme, nous répond J.L. Étienne. D’autres prennent de la hauteur en réfléchissant sur la « biogée » aux accents teilhardiens (M.Serres), ou sur la métamorphose des systèmes complexes (E.Morin). Enfin il y a les « politiques », de la première heure, qui donnent, comme cause principale du réchauffement climatique, le capitalisme. C’est oublier un peu rapidement les dégâts causés par le communisme, tout en reconnaissant que le capitalisme débridé provoque un véritable saccage de nos ressources naturelles. Il faut néanmoins beaucoup de capitaux pour changer de technologie et les grandes entreprises l’ont bien compris. Le market reste la règle d’or et tout ce qui se vend ne peut plus être que « vert », « recyclable », etc. 'Nous devons nous soumettre aux lois de la nature' est le credo des écologistes. Poussé à l’extrême, nous retournons à la sacralisation de la nature. Evo Morales président de la Bolivie en vient à militer pour la reconnaissance de la Pachamama, nom de la terre mère dans les cultures indigènes. Puisque c’est l’homme qui pollue, il faut limiter les naissances pour éviter d’autres naissances plus tard. L’homme n’est plus vu avec ses capacités de création, d’imagination et d’intelligence mais uniquement réduit à son gradient de pollution (Y. Cochet). Le christianisme lui-même est critiqué puisqu’il est écrit que l’homme doit dominer la nature. La parenthèse ouverte il y a deux mille ans doit se refermer maintenant, devant l’ampleur des dégâts causés par cette formule. On peut regretter que certains écologistes n’aient qu’une lecture fondamentaliste de la Genèse, eux qui se veulent progressistes et visionnaires, oubliant par la même occasion tout ce qui a été écrit depuis vingt ans autant par le Magistère que par des théologiens.


 

De la sacralisation à la sanctification

Penser l’avenir c’est toujours prendre des risques. Malthus (1766-1834) est un des premiers a avoir systématisé par des lois naturelles l’avenir de l’humanité. Chargé de distribuer de la nourriture durant une crise alimentaire en Angleterre, il prend conscience que la production des biens suit une progression arithmétique alors que la progression des humains est exponentielle. L’écart est tel que la paupérisation est mécanique. L’erreur de Malthus est d’avoir raisonné mathématiquement juste sur une situation de crise en éliminant l’homme enclin à la cupidité, l’injustice et la violence avec toutes les conséquences sociales que nous connaissons. Toutes les extrapolations (mathématiquement justes) sont toujours faussées par ces invariants humains qui heureusement pour l’espèce humaine se corrigent dans l’histoire, parfois de manière douloureuse. Aujourd’hui la tentation est la même. Faire croire que la diminution de CO2 résoudra les problèmes est une illusion. Comment nourrir dix milliards d’habitants dans vingt ans alors qu’aujourd’hui avec six milliards, un milliard ne mange pas à leur faim ? Certains ont compris qu’il y avait une convergence entre la répartition sociale (à l’échelle planétaire) et l’écologie. Parce que les États protègent leurs intérêts nationaux, nous sommes loin, très loin de cette prise de conscience. Par le biais de la fiscalité, dont une bonne partie vient du pétrole, les structures d’état seront à refondre et la course technologique ira de plus belle au profit des pays riches. Il y aura encore beaucoup de Kyoto et de Copenhague.

Pour l’Église la nature est d’abord un fait de Création voulue par Dieu comme lieu d’habitation pour le service des hommes. Les recherches des sciences actuelles nous montrent l’originalité de notre position dans l’univers et la symbiose vitale entre l’homme et la planète. La Création est un don fait à l’homme pour que celui puisse vivre, c’est la raison pour laquelle la Création est bonne. La Création, à la fois se donne et résiste, et le travail permet l’absorption de cette partie de la nature qui résiste. C’est bien dans le rapport homme nature par le travail que peut s’effectuer la sanctification. Rendre saint n’est pas seulement être agréable à Dieu, mais aussi humaniser le rapport des hommes entre eux. La Création se fait aujourd’hui et l’homme collabore avec Dieu dans son action actuelle de Création. Le Dieu créateur est aussi sauveur, c’est dans l’économie du salut dont l’acteur unique est le Christ que s’exerce la sanctification. Ce n’est pas par hasard que le pain et le vin sont le résultat du travail des hommes, nous avons quitté l’age de la cueillette. Être saint, c’est être collaborateur de Dieu, Jean Paul II ne disait rien d’autre des 1991.

« À côté du problème de la consommation, la question de l'écologie, qui lui est étroitement connexe, inspire autant d'inquiétude. L'homme, saisi par le désir d'avoir et de jouir plus que par celui d'être et de croître, consomme d'une manière excessive et désordonnée les ressources de la terre et sa vie même. A l'origine de la destruction insensée du milieu naturel, il y a une erreur anthropologique, malheureusement répandue à notre époque. L'homme, qui découvre sa capacité de transformer et en un sens de créer le monde par son travail, oublie que cela s'accomplit toujours à partir du premier don originel des choses fait par Dieu. Il croit pouvoir disposer arbitrairement de la terre, en la soumettant sans mesure à sa volonté, comme si elle n'avait pas une forme et une destination antérieures que Dieu lui a données, que l'homme peut développer mais qu'il ne doit pas trahir. Au lieu de remplir son rôle de collaborateur de Dieu dans l'œuvre de la création, l'homme se substitue à Dieu et, ainsi, finit par provoquer la révolte de la nature, plus tyrannisée que gouvernée par lui. » (Centesimus annus)

Benoît XVI dans Caritas in veritate et dans son message pour la 43 ieme journée mondiale de la paix, (1er janvier 2010) ne fait que donner plus de poids aux exhortations de son prédécesseur.

Des écologistes seront en accord avec ces déclarations tout en étant tenté par l’idéologie naturaliste pour prévenir une catastrophe finale. L’Église répond que c’est Dieu qui est maître de l’histoire et non l’homme dans ces projections d’avenir. L’avenir sans Dieu ne peut être que catastrophique. La sécularisation du mot apocalypse a pris le sens commun de catastrophe. Le chrétien sait qu’Apocalypse veut dire dévoilement.

Qui nous empêchera de jouer avec ces deux interprétations en disant que la véritable « catastrophe », sera le dévoilement du Christ à la fin des temps !

Saint Paul, avec son génie théologique voyait juste en nous rappelant que la Création est support de grâce quand elle est reçue comme don :

« Car la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu: livrée au pouvoir du néant non de son propre gré, mais par l’autorité de celui qui l’a livrée, elle garde l’espérance, car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet: la création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement. » (Rm 8 , 19-22)


 

F.G.


 

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