En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

ANNEE DU SACERDOCE (8)

Publié le Mardi 9 mars 2010

ANNEE DU SACERDOCE (8)

 Heureux dans ce métier-là

 

Ma vocation est née à l’age de 6 ans et je n’ai jamais regretté ce choix
Ce métier-là est celui qui fait de moi le témoin privilégié de tous les grands moments de vie
d'hommes et de femmes, au sein de cette Église dont je suis fier mais qui parfois me fait
souffrir quand elle se fige, brouille et embrouille le message dont elle est porteuse.
De famille chrétienne, membre de la JEC (Jeunesse Étudiante Chrétienne) où je découvre la
dimension apostolique de ma vie chrétienne, je fais mon séminaire peu avant l’ouverture du
Concile annoncé par Jean XXIII. Lors de mon ordination un des temps forts a été celui de la
prostation où j'ai eu la certitude que je n’étais pas seul à « m’embarquer ».
Jeune prêtre au moment des évènements de 1968, j'ai ressenti la crise qu’a traversée aussi
l'Église et la nécessité qui est apparue d’adapter le sacerdoce à un monde qui change. Une
faille s’était installée entre la théologie du séminaire et le monde qui avait grandi en dehors du
giron de l'Église. Ma vie de prêtre va être différente de celle annoncée au Séminaire. Après
m’être occupé pendant de nombreuses années de jeunes, d’aumôneries et de services des
vocations, j'ai enfin été nommé curé de paroisse où je pourrai, comme j' en avais tellement
rêvé , vivre au milieu de jeunes ou de moins jeunes, vivre avec tout le monde !
 
 
Après avoir administré plusieurs paroisses, l’âge de la retraite arrive. Mais pour moi pas
question de retraite, je désire rester en activité jusqu’à la fin de ma vie, mais plus en
responsabilité, je ne désire pas être la retraite, je suis prêtre pour la vie, et veux continuer à
servir, avec ce que suis encore capable de donner.
 
 
Je ne suis jamais considéré surchargé par les réunions, je participe à tout, j'aime rencontrer les
autres, les écouter, me confronter à eux. J' aime aussi jouer sur d’autres registres que celui du
curé, du responsable de paroisse. . Et je participe à la rédaction de la revue d’animation
liturgique : Signes et écris des articles dans différentes revues.
 
 
Ce sont les rencontres diverses qui m’ont fait devenir un peu plus homme, un peu plus prêtre.
Tout d’abord les enfants, à l’ACE et à la revue Perlin. Là j'ai définitivement compris que
l’évangile ne se dit qu’avec des mots simples : Jésus ne parle qu’avec des mots simples et à
travers des paraboles que tout homme de bonne volonté est en mesure de comprendre et de
faire sien. Puis ce sont mes relations avec les laïcs que j' ai toujours appelés auprès de moi et
que j' ai toujours considérés comme de véritables partenaires. Les rencontres faites avec des
inconnus venus dans ma paroisse à l’occasion de vacances. Sans oublier l’accueil des sanspapiers,
dans une église construite après la loi de séparation de l'Église et de l'État (1905),
c’est à dire une église non propriété de l'État où les forces de l’ordre ne peuvent intervenir
sauf à notre demande. Ainsi un accueil a été organisé pendant deux mois, dans la chapelle à
coté de l’église. Malgré quelques réactions très négatives, un groupe de paroissiens s'est
investi dans cet accueil qui fut un témoignage de ce que pouvait être l'Église.
Malheureusement au bout de deux mois il a fallu leur demander de partir.. situation bien
difficile !
 
 
Enfin être prêtre contribue pleinement à se sentir vraiment homme. Je suis heureux d’être
prêtre et plus particulièrement en célébrant l’Eucharistie au milieu d’une assemblée fervente
et festive. J' aime innover et enrichir la liturgie pour la faire vivre davantage ! toujours avec le
souci de ne pas célébrer « avec habitude ». J'aime quand l’homme sait faire du neuf pour
prier, chanter et célébrer son Seigneur. Je souffre de directives trop rigides venues d’en haut :
on parle d’inculturation, ce n’est pas valable seulement pour l’Afrique ou l’Asie, elle vaut
aussi chez nous!.
 
 
Je souffre personnellement de la crise actuelle des vocations, qui selon moi est plutôt une
crise de la foi, malgré tous les efforts déployés par l'Église pour aider les jeunes à discerner.
Je déplore la propre tiédeur de sa foi, de celle des communautés chrétiennes, cela affecte mon
bonheur. Parfois aussi l'Église m’empêche d’être aussi heureux que je le voudrais, notamment
quand elle embrouille le message dont elle est porteuse, sur la sexualité par exemple, non tant
sur les messages que par la communication qu’elle fait sur le sujet. Ou bien encore sur la
question des divorcés-remariés qui me fait tant souffrir, comme ces mariages célébrés trop
vite par des jeunes non conscients de ce qu’est un mariage chrétien et ses conséquences.
Par ailleurs j' avoue avoir mal pour ces enfants qui n’ont plus de dimensions spirituelles dans
leur vie.
 
 
J'ai été très marqué par le nombre de prêtres qui ont quitté leur ministère dans les années qui
ont suivi Vatican II. J'estime qu’une des raisons de ces départs a été le manque d’amitié entre
prêtres, les critiques vont bon train et rarement les encouragements. Il y a eu aussi des
engagements politiques qui dépassaient la fonction de prêtre, avec un aveu de perte d’identité.
Les prêtres en fait étaient à cette époque soumis à rude épreuve. Personne n’était préparé pour
vivre les bouleversements de l’époque, et les prêtres encore moins.
Moi, je n’ai jamais douté de ma foi, de ma vocation, tout en posant parfois la question du
pourquoi, en face de l’incompréhensible, de la souffrance. J'ai toujours ressenti la nécessité du
ressourcement dans la prière quotidienne, dans des temps de désert, dans des retraites en
abbaye. Il y a aussi ressourcement auprès des laïcs que j'accompagne en tant qu'aumônier
d'équipes diverses.
 
 
Bien d'autres sujets pourraient encore être évoqués, comme les vacances, la solitude, le
célibat. Aucun regret, mais plutôt la confirmation de choix faits sciemment et volontairement
à cause de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Pas de vie stérile, mais vie réussie malgré la
douleur devant le constat de la baisse de fréquentation du catéchisme, devant ces jeunes qui
se préparent au mariage et qui sont tellement démunis spirituellement, et la difficulté de la
proposition de la foi par les parents.

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