En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

ANNEE DU SACERDOCE (9)

Publié le Mercredi 7 avril 2010

ANNEE DU SACERDOCE (9)

Dans un grand quotidien du soir, table ronde de divers ministres
qui n’ont pas été reconduits lors du dernier recensement ministériel.
Plusieurs restent blâmés mais l’un d’entre eux tient à dire : « Je n’ai
pas vocation à être ex-ministre ». Voilà le mot « vocation » pris dans
son extension la plus large. Banalisée et sécularisée. Mais il y a aussi
les vocations sportives qui sont souvent des rêves d’imitation que ce
soit en football ou en tennis. Les vocations scientifiques touchent à
plus profond de même que les vocations littéraires. Ainsi le nouveau
prix Goncourt Marie NDIAYE, qui, au nom d’une vocation d’écrivain, a
refusé d’être présentée au Concours Général et de présenter
Normale Supérieure comme son frère.
 
Cette extension de vocabulaire de la « vocation » apparait aussi
dans la vie chrétienne et ecclésiale. De quelle vocation s’agit-il alors ?
La référence la plus fréquente est celle du prêtre, « vocation au plus
haut service » selon le vocabulaire de Guy de LARIGAUDIE, au milieu
du XX° siècle. C’est de cela qu’il est parlé quand on souligne la « crise
des vocations » pour la contester ou la dénoncer. Dans chaque
diocèse il y a un Service des vocations, avec un responsable national,
qui regroupe prêtres, religieuses et laïcs. Durant des années une
revue prolongeait le souci – service des vocations, « Vocation ». C’est
maintenant « Vocations » au pluriel, pour que soient prises en
compte les vocations religieuses, et, depuis Lumen Gentium, la
vocation des baptisés du peuple de Dieu. Il faut donc faire des
distinctions nécessaires et précises.
 
Dans le Premier Testament, l’Alliance est un « appel » à tout le
peuple de Dieu. « Ecoute Israël » (Dt 4,1). C’est bien une vocation
pour tous, même si Dieu appelle personnellement Abraham, Moïse,
Esaïe, Jérémie. Dans le Nouveau Testament il n’y a pas d’appel de
Jésus lui-même. C’est lui qui appelle les Douze (Mc 3,13). L’Eglise
naissante à tout de suite perçu la condition chrétienne comme une
vocation. Les chrétiens sont « saints par vocation » (1 Co 1,1). La vie
chrétienne est une vocation parce qu’elle est une vie dans l’Esprit.
Voilà vocation et Esprit liés de manière inséparable.
 
Mais si la vocation chrétienne, née de l’Esprit est une, il y a au
sein de cette vocation unique une « diversités des dons, des
ministères… » (1 Co 12,4). Relevons d’abord la diversité des dons,
« charismes » (du grec charisma), chez les chrétiennes et chrétiens.
Une théologie mieux ajustée après Vatican II et l’aggiornamento des
Congrégations religieuses, met en valeur les charismes religieux.
Benoit, Thérèse d’Avila, Dominique, François d’Assise, Ignace de
Loyola, Charles de Foucauld ont eu l’intuition, soufflée par l’Esprit,
d’une vie commune différente mais significative. On parlera alors de
la vie religieuse charismatique qui appelle. La réponse sera la
profession religieuse. La « vocation » a bien un sens particulier,
l’attrait d’un charisme et son accomplissement.
 
La première lettre aux Chrétiens de Corinthe ne parle pas
seulement de « charismes », mais de la diversité des « ministères ».
Le ministère est une « diaconie » du grec « diakonia ». Cette diaconie
est le service de l’apostolat (Rm 1,1). Mais dans la communauté
chrétienne naissante il va y avoir aussi le « ministère des tables » (Ac
6,14), celui de la collecte pour les pauvres de Jérusalem. Sont
prioritaires les services liés à la Parole de Dieu (apôtre, prophète,
docteur, évangéliste). Se précise peu à peu la place des
« presbytres » des communautés locales (les « anciens », mot à mot
« les plus anciens »). Ce sont les responsables des communautés avec
les diacres et les diaconesses (Phoebé, à Cenchrées Rn 16,1). Ils sont
ordonnés par l’imposition des mains (Ac 6,6) après avoir été choisis
selon des règles précises (1 Tm 3,8-13). Les « épiscopes » (évêques)
sont des « surveillants » qui veillent sur les communautés. Ce sont
des « pasteurs » (Ep 4,11). C’est ainsi que l’ekklesia, l’église, appelée
toute entière par Dieu pour se rassembler va peu à peu s’organiser.
Un évêque, pasteur et président de la communauté entouré du
presbyterium ( groupe des anciens) et des diacres. Les « ministres »
sont au service de la communauté. Dans le Nouveau Testament le
titre de prêtre n’est jamais donné à un ministre de la Nouvelle
Alliance, qui les appelle au service de Jésus-Christ, seul grand prêtre
des hommes (Epitre aux Hébreux).
 
Cette révision de notre emploi du vocabulaire du « prêtre »
nous amène aussi à nous interroger sur la « vocation » dans la
Nouvelle Alliance. La littérature ecclésiastique concernant le prêtre
insiste sur sa « vocation » présentée comme un appel de Dieu. On va
citer alors l’appel du petit Samuel réveillé par trois fois dans son
sommeil avant de comprendre qu’il doit répondre « Parle, Seigneur,
ton serviteur écoute » (Is 3,10). Même invitation avec Jérémie qui
trouve la même signification pour l’amandier proposé par le Seigneur
(Jr 1,11). Cet appel en direct par Dieu peut-il être transposé tel quel
pour les vocations presbytérales ? N’est-il pas l’appel de l’Esprit Saint
pour toute vocation chrétienne, pour l’appel d’une vocation laïque
ou pour le charisme de la vie religieuse.
 
Qui appelle donc d’une manière plus spécifique celui qui
aujourd’hui comme hier va être ordonné prêtre ? C’est la
communauté chrétienne. L’évêque, le jour de l’ordination, appelle
par leur nom ceux qui vont être ordonnés. Il y a une signification
profonde de l’ouverture de la célébration. Au terme, ce sera
l’imposition des mains par l’évêque et les prêtres qui forment le
presbyterium. Les prêtres sont alors « bons pour le service de la
communauté ». Cette insistance sur la place de la communauté dans
la vocation presbytérale a pu être oubliée en la centrant sur le prêtre
lui-même. Appel intérieur, piété exaltant le prêtre lui-même. Il y a
bien sûr des médiations communautaires qui peuvent jouer :
influence de la famille, rôle d’un prêtre ou d’un religieux…. Mais cela
se situe à l’intérieur de la communauté ecclésiale elle-même. C’est
elle à Milan au V°siècle qui va appeler le préfet Ambroise, qui n’est
pas encore baptisé, à devenir évêque. Cas limite mais significatif
comme Jean Chrysostome à Antioche puis à Constantinople, et pour
de nombreux prêtres eux-mêmes, qui répondent à l’appel d’une
communauté et non par attrait personnel. Aux communautés d’être
assez vivantes pour être appelantes.
CETAD P.J.

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