En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Des laïcs au service de la pensée de l’Eglise

Publié le Mercredi 14 avril 2010

Des laïcs au service de la pensée de l’Eglise

Des laïcs au service de la pensée de l’Eglise

Le Cycle C est une formation universitaire en théologie proposée à des laïcs qui mènent une vie professionnelle ou familiale chargée. Elle se déroule sur 8 années, en soirée et week-end, à l’Institut Catholique de Paris. En 40 ans 2000 personnes ont suivi le Cycle C.
A l’occasion des 40 ans du Cycle C, monsieur Maurice Vidal, prêtre de Saint-Sulpice, professeur en théologie, l’un des premiers fondateurs du Cycle C, a répondu à une interview maintenant publiée, dont nous donnons ici quelques extraits.

Si j’ai accepté d’accompagner cette formation pour laïcs, moi qui m’étais voué depuis mon entrée à Saint Sulpice, à 22 ans, à la formation des prêtres, c’est qu’il était essentiel à mes yeux pour l’Église et pour la société que de nombreux laïcs deviennent plus capables d’une appropriation personnelle de la foi et de la tradition de l’Église, y compris de sa régulation par l’enseignement épiscopal du magistère. Qu’ils deviennent plus capables d’une parole sensée pour leurs contemporains et, comme l’écrivait Jacques Maritain, d’un «  témoignage intellectuellement manifesté ». C’est ainsi que je voyais les choses et que je les vois encore. Je pars de ma conviction existentielle, qui est aussi ma conviction d’ecclésiologue, que si l’Église est une communauté du logos de la foi (selon ce qu’écrit Paul en 1 Corinthiens 15,3 : « si vous retenez l’Évangile dans les termes -le « logos »- où je vous l’ai annoncé »), elle ne peut l’être qu’en étant en même temps communauté de la doctrine de la foi. Et pas n’importe quel logos, pas n’importe quelle foi, et nous ne croyons pas en n’importe quel Dieu. La responsabilité apostolique et pastorale est en même temps une responsabilité doctrinale (...).
Si donc on souhaite ce qu’a souhaité l’Église depuis la fin d’un état de chrétienté, ce que Pie X a appelé « une participation active » de tous les fidèles à la vie de l’Eglise et à sa mission, il faut que les fidèles eux-mêmes soient partie prenante de ce logos de la foi, qu’ils soient adultes dans la foi, et pas seulement enseignables et enseignés. Cela me paraissait important, et déjà un motif suffisant pour créer le cycle C. Le meilleur éloge que j’ai reçu au cours de ces années, c’est d’entendre tel ou tel étudiant me dire à la fin d’un cours d’ecclésiologie  : « Maintenant je respire dans l’Église, car je sais le pourquoi des choses, je sais ne pas tout mettre au même niveau ». Or, on était très loin de cela : même si beaucoup de gens ne croyaient pas tout ce que leur disait leur curé, ils n’avaient pas les moyens intellectuels d’en discuter avec lui.
Cette formation des laïcs valait la peine, étant donné ce qu’est l’Église : elle est creatura Verbi comme disent les luthériens, de sorte que celui qui est initié au réseau de connaissances de la parole est initié au cœur de l’Église. La foi n’est pas un cri, elle est un mathein (« apprendre ») comme le disaient les Pères grecs, et pas seulement un pathein (« ressentir »). Et quand je voyais ces étudiants, hommes et femmes venir au cours, je me disais : après tout, ils viennent se soumettre à un mathein au lieu d’aller courir dans des célébrations plus ou moins émotives. Cela me rassurait, et cela me rassure toujours, même si ce discours est aujourd’hui un peu à contre courant, hélas (...).

Certes, en quelques décennies, les étudiants du cycle C, comme d’ailleurs les séminaristes ont bien changé : ils sont aujourd’hui très insécurisés, très en demande de repères. Il faut dire qu’au cours de leur scolarité, dans les aumôneries étudiantes, ils sont souvent une poignée, exposée à la culture ambiante qui les ignore et les méprise. Ils n’ont ni enracinement ni familiarisation avec leur foi. Ils souhaitent donc des repères et ont besoin d’une initiation. Il faut les leur apporter. Le cycle C doit répondre effectivement à cette demande. Mais il y a plusieurs manières de répondre. Moi, je suis convaincu que la réponse est d’initier à la foi et à la tradition chrétiennes, tout en montrant comment, dans cette tradition même, il y a constamment une critique.
Depuis l’origine, la tradition chrétienne porte en elle-même sa critique qui sollicite l’aide de la raison. Il y a quatre évangiles, où les récits de la passion et des apparitions du Ressuscité sont très différents et parfois contradictoires. Que faire face à ces contradictions, comment les affronter ? C’est cela qu’il faut faire appréhender. La critique que l’on apprend de l’intérieur permet justement de s’enraciner. Je suis déçu et même choqué de voir qu’aujourd’hui on conseille aux recteurs de séminaires de ne pas s’appesantir trop sur cette dimension critique. Je suis d’accord avec la requête d’enseignement de la doctrine et des repères, mais sans abandonner la dimension critique qui en fait partie. Oui, nos étudiants sont vite déstabilisés, mais il ne sert à rien de chercher à compenser cela avec des veillées de prière et des rosaires.
Plus j’avance, plus je vois que ce que croit l’Église ne se trouve pas dans le recueil des grands textes du Magistère, mais, comme le voyait Newman, dans de grandes constantes, qui apparaissent pour autant que l’on veut bien reconnaître et honorer les variantes. C’est là qu’intervient la place incontournable à accorder à l’histoire dans notre enseignement. Nous sommes une religion de l’histoire. Comment comprendre la Bible si on ne saisit pas qu’elle est l’histoire d’un peuple. Regardez les vrais hommes politiques (il y en a tout de même quelques uns !) : ils aiment et lisent l’histoire, car elle porte en elle des expériences d’humanité et de direction des groupes humains (...).


Je voyais bien que dans nos objectifs. il y avait aussi une ambition démesurée dans l’espoir « d’un apport des laïcs permettant à la théologie d’accéder à un nouveau langage », ambition qui montrait qu’on n’avait pas assez réfléchi aux tenants et aux aboutissants d’une telle déclaration.
L’ambition première était une meilleure compréhension de la foi personnelle et du Credo commun, et je considère donc que cette première étape a été franchie, un premier objectif a été atteint : former des laïcs responsables, capables de rendre compte de leur foi, et non plus infantilisés par la prétendue supériorité des clercs.
Mais notre second objectif n’est pas atteint. Il y a une nouvelle étape à franchir, qui va vers quelque chose qui doit être promu, et que l’Église doit trouver pour ne pas rester dans une théologie d’un type intellectuel, qui n’est pas toute la théologie. Une réflexion sur la théologie pratique manque et dans les séminaires et dans les facultés. C’est très difficile. Il s’agit de ne plus partir seulement de l’Écriture, mais d’essayer d’expliciter un sensus fidei impliqué dans des pratiques, dans des décisions, dans une organisation... J’ai appris cela en autodidacte, je me suis débrouillé avec mes propres moyens. Or, j’estime que s’ouvre là une démarche intellectuelle possible, rigoureuse, précise, mais qui n’est pas du même ordre. Travailler à cette théologie, voilà ce qui m’intéresserait maintenant.
La question reste donc ouverte, d’une autre manière de faire de la théologie. Et je pense que certains laïcs, qui ont fait le cycle C et qui ont un peu de temps, devraient s’atteler à cette tâche !

Maurice VIDAL, propos recueillis par R.DUPONT-ROC


Interview publiée dans Des Laïcs en théologie : pourquoi ? pour qui ?sous la direction de B.Cholvy, Bayard, 2010, p.39-59.
 

Partagez cette page :

Posez-nous votre question

Articles récents

Vivre avec nos morts
Projet de loi sur l’euthanasie
Projet de loi sur l’euthanasie
Publié le Vendredi 16 avril 2021
"Bénir" les couples homosexuels
Publié le Mercredi 31 mars 2021
Le voyage du pape à Our et à Ninive (Irak)
Le voyage du pape à Our et à Ninive (Irak)
Publié le Vendredi 5 mars 2021
Tous les articles
cours en ligne

Pour aller plus loin, participez à nos cours en ligne

Voir les cours

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux

© Cetad 2021 - Tous droits réservés