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Exposition Sainte Russie au Louvre

Publié le Vendredi 7 mai 2010

Exposition Sainte Russie au Louvre

 iconostase du monastère  de saint Cyrille du lac Blanc, milieu 16e


Exposition Sainte Russie

Dans le cadre de l'année France-Russie, une extraordinaire exposition est actuellement présentée au Louvre à Paris : « Sainte Russie, l'art russe des origines à Pierre le Grand ». La presse moscovite a présenté l'évènement moins comme un parcours artistique que comme devant retracer "l’histoire de la spiritualité russe". "La renaissance spirituelle à laquelle on assiste actuellement témoigne que la Sainte Russie ne fait pas partie du passé et qu'elle vit bel et bien aujourd'hui", a indiqué le Patriarche Alexis II. Cette manifestation culturelle vient rappeler l'importance croissante prise par l'Eglise orthodoxe en Russie.

En évoquant l’émergence des « Russes » dans l’histoire latine et byzantine, les rivalités et les luttes d’influences entre Latins, Vikings, Byzantins, Caucasiens et les premières conversions à la fin du Xème siècle, l’exposition explique comment la Russie est devenue chrétienne et a repris le modèle ecclésiastique de Constantinople. On y découvre, fait exeptionnel, l’épanouissement de l’art chrétien dans les principautés successives et rivales de Kiev, Vladimir ou encore Novgorod, de la fin du Xème jusqu’au début du XIIIème siècle.

Henri Loyrette, président directeur du Musée du Louvre souligne à cette occasion la prise de conscience de l'absence presque complète de l'art ancien de Russie dans ses collections.

A la fin du 10e siècle, le prince Vladimir de Kiev reçoit le baptême et toute la Rous' kievienne se convertit au christianisme venu de Byzance. Désormais les immenses territoires qui s'étendent à l'est de l'Europe, entre la et Baltique et la mer Caspienne, deviennent une aire d'expansion nouvelle et privilégiée de la civilisation et de l'art byzantins. L’Eglise est grecque par ses usages, sa liturgie et ses structures ecclésiastiques, et par les modèles du monachisme initié par le moine Hilarion en 1051, au monastère des Grottes, près de Kiev.  Les premières icônes et les plus célèbres, telle la célèbre Vierge de Vladimir, sont byzantines.

Dès le temps de la conversion, la Rous’ est aussi ouverte sur l’Occident. Iaroslav le Sage  (1019-1054) épouse une princesse de Norvège et noue des alliances matrimoniales avec la Hongrie, la Pologne, la Saxe et même la France, lorsque sa fille Anne est unie au roi Henri Ier en 1051. Le Psautier d’Egbert de Trèves est enrichi de nouvelles images vers 1080 à Kiev dans un style qui n’est pas celui de Constantinople et montre les signes d’une véritable autonomie. 

Après l’invasion et la domination mongole au XIIIème siècle, l’art chrétien renait dans toute sa splendeur.  La carte des pays russes se présente comme une mosaïque de principautés de tailles très inégales. L’une des plus puissantes est Novgorod,  qui appartient au réseau du commerce hanséatique La plupart des grands centres de la Russie médiévale développent eux aussi leurs propres écoles artistiques. Moscou prend de plus en plus d'importance,  Le « rassemblement des terres russes » s’accompagne du transfert décisif, en 1328, du siège des métropolites de Vladimir à Moscou, tandis que l’Eglise russe devient autocéphale en 1448.
On y voit un dynamisme monastique sans précédent et c'est l’époque des peintres Théophane, Roublev et Dionisi.

Au XVIème siècle, l’essor définitif de Moscou, qui se proclame «Troisième Rome» et «Nouvelle Jérusalem», inaugure, sous les règnes de Basile III et Ivan le Terrible, un nouvel âge d’or de l’art russe chrétien. Les conflits et renouveaux traversés au XVIIème siècle sous les premiers Romanov annoncent les changements politiques et esthétiques radicaux imposés par Pierre le Grand. L’art russe, héritier de Byzance, s’était déjà depuis longtemps inscrit dans l’histoire politique et religieuse de l’Europe.

Ainsi L'exposition veut montrer que si les origines sont byzantines, l'art russe durant sept siècles n'est pas seulement byzantin, mais avec l'introduction de nouvelles traditions venues du Nord, de l'Occident notamment, est devenu un art spécifiquement russe

Prenons trois exemples parmi les plus fameux.

Ont été apportées au Louvre les portes d'or de la cathédrales de la Nativité de la Vierge de Souzdal, datées du premier tiers du 13e siècle. Elles sont impressionnantes par leur dimension (d'une hauteur de 3,80 m), novatrices par leur technique, inventives par leur iconographie. Les vantaux sont faits de plaques de cuivre couvertes de scènes et d'ornements entièrement exécutés à l'or. Ces portes montrent comment la synthèse d’une technique romane et d’une iconographie byzantine peuvent se fondre pour créer une œuvre exceptionnelle et originale. Des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament sont représentées. Le cycle s'achève sur la Dormition de la Vierge suivie de 4 scènes consacrées à la Mère de Dieu à qui la cathédrale était dédiée : déposition de la robe, cortège des funérailles, déposition de la ceinture et l'intercession de la Vierge. Cela illustre l'histoire de deux reliques, des plus prestigieuses que la Mère de Dieu avait voulu confier depuis des siècles à, deux des plus célèbres sanctuaires de Constantinople. La dernière scène, la plus ancienne image connue du thème de la Vierge entourée d'anges, intercédant auprès de son fils, aux origines mêmes d'un thème iconographique russe par excellence, le Prokov : d'après la légende de l'apparition de la Vierge à saint André le Fol dans l'église des Blachernes à Constantinople où étaient conservées des reliques des vêtements de la Vierge. La fête du Prokov fut instituée au milieu du 12e par le prince Vladimir, André Bogolioubski. Ainsi ces portes offrent à la fois une synthèse magistrale de l'histoire artistique de a Rous' kievienne, et une représentation de la spiritualité russe.

Pour ce qui est de Roublev (1360/70-1427/30), les œuvres, notamment la fameuse « trinité » sont trop fragiles et n'ont pu être apportées à l'exposition. Seule une icône provenant de la déisis d'une église de la région de Vladimir, est présentée à l'exposition. Saint Jean Baptiste qui faisait pendant à la Vierge autour de la figure centrale du Christ tient un phylactère invitant au repentir dans l'attente du jugement dernier. Il présente des traits ascétiques qui sont liés à uns spiritualité monastique. L'attribution de cette iconostase est donnée à Daniel et André Roublev (et son entourage). André Roublev est le plus célèbre des peintres russes. Son œuvre se confond avec l'ascension de l'État moscovite après la victoire de Koulikovo contre les Tatars en 213980, mais elle est aussi indissociable de la spiritualité incarnée par saint Serge de Radonège, son contemporain.

Citons encore l'impressionnante iconostase de la Dormition du monastère de saint Cyrille du Lac Blanc: sept icônes du registre de la Deisis, cinq icones du registre des fêtes, et enfin l'icône des prophètes Habacuc, Jérémie et Jonas sont présentes à l'exposition. La Déisis comportait au total vingt et une icônes, dont quinze sont encore préservées monastère de Saint-Cyrille du lac Blanc. Autour du Christ, de la Vierge et de saint Jean Baptiste, prenaient place les archanges Michel et Gabriel, les apôtres, les saints importants de la hiérarchie de l’Eglise, ainsi que saint Pierre de Moscou et Léonce de Rostov, complétés, sur les piliers de retour, des deux saints stylites Siméon et Daniel. Les peintures sont caractérisées par un vif souvenir des modèles moscovites roubléviens.
Cet ensemble exceptionnel, presque intact, témoigne de la splendeur des grandes iconostases du 15e et permet d'en ressentir toute la majesté.  

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