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ANNÉE DU SACERDOCE (11)

Publié le Mardi 25 mai 2010

ANNÉE DU SACERDOCE (11)

Le confessionnal du curé d'Ars


« L’archidiocèse de Boston veut inciter les catholiques à redécouvrir la confession. Les prêtres sont invités à ouvrir leurs confessionnaux tous les mercredis de Carême entre 18h30 et 20h. Un site Internet www.thelightisonforyou.org, qui propose un guide pour faire une bonne confession, a été mis en ligne. » (La Croix 09.02.10).
Jean-Marie VIANNEY n’a pas eu besoin de ce marketing des confessions à Ars où son confessionnal ne désemplissait pas. Trois cent personnes arrivaient tous les jours à Ars. Des files de pénitents se constituaient jour et nuit. Il n’était pas rare qu’il faille attendre jusqu’à soixante heures. Certaines personnes patientèrent huit jours. Le Curé d’Ars descendait confesser vers une heure du matin. Il confessait les femmes jusque vers sept heures, avant de célébrer la messe. Puis les hommes de huit heures jusqu’à onze heures, heure du catéchisme. A nouveau les femmes jusque vers dix-sept heures et les hommes jusqu’à vingt heures. Le marathon du confessional.

Nul ne peut savoir ce qui était confessé. Mais le Curé d’Ars a dit lui-même qu’il s’est trouvé en face de trois sortes de pénitents. D’abord ceux qu’il appelait (sic) « les gros poissons », non pratiquants qui pouvaient se plaire dans la débauche. Il y avait aussi « ceux qui se confessaient à la vapeur », avec une nomenclature rituelle de leurs péchés. Avec eux le Curé d’Ars allait vite et pouvait les renvoyer pour se préparer de nouveau.

 Enfin pouvaient se présenter à lui des « chercheurs de Dieu », pour qui il proposait un approfondissement mystique. « Tout sous les yeux de Dieu, tout avec Dieu, tout pour plaire à Dieu ». On a pu reprocher au Curé d’Ars sa sévérité, il insista sur l’interdiction des danses, des bals, mais quand il parlait du péché, parfois de l’enfer, il pleurait. « On ne peut pas comprendre la bonté que Dieu a eue pour nous, d’instituer ce grand sacrement de pénitence ». Avec une très juste perception : « Ce n’est pas le pécheur qui revient à Dieu pour lui demander pardon, mais c’est Dieu lui-même qui court après le pécheur et le fait revenir à lui ». (Sermons Miséricorde de Dieu, II, (65)).

Comment évaluer la théologie du péché et la pratique de la confession du Curé d’Ars un siècle plus tard ? Il y a eu la recherche liturgique et l’aboutissement de Vatican II (Sacrosanctum Concilium. Constitution sur la Sainte Liturgie). En 1973 a été publié un nouveau Rituel de la Pénitence et de la Réconciliation. Ce n’est plus le terme de confession qui est mis en relief mais celui de réconciliation. Car pour les premières communautés chrétiennes quand il y a eu rupture de l’alliance baptismale, la communautés des « saints » est concernée, elle perd de sa crédibilité (Ep 5 ,27). Peut-elle pardonner ? Au Ier et IIème siècle elle répond : « Non ». C’est seulement Tertullien qui ouvrira la porte du pardon ecclésial, mais pour « une seule fois » (De la Pénitence 7,10). La pénitence sera publique car elle concerne les fautes publiques. Il en sera ainsi jusqu’au moment où la confession naîtra en Irlande, avec les moines évangélisateurs. Comment accueillir ceux qui se présentent pillards, ou soudards, homicides ou violeurs, sans écouter leurs « confession » et graduer leur « pénitence » ? La pratique va se divulguer sur le continent. Ce faisant, elle est devenue privée et secrète. Elle va l’emporter.

Le Concile de Latran de 1215 demandera aux chrétiens de se confesser chaque année. La théologie de la Contre-Réforme (Concile de Trente, XVIème siècle.) insistera sur le rôle du ministre du sacrement et l’importance de l’aveu. Le développement de la direction spirituelle suivie de confession, de la confession de dévotion, jusqu’à quotidienne, achevèrent de déplacer le sacrement de la pénitence vers une démarche privée au détriment de son caractère communautaire, avec des incidences profondes sur le sens du péché.
C’est dans ce contexte qu’il faut resituer la pratique de la confession avec la théologie d’Alphonse de Liguori fondateur des Rédemptoristes, prédicateur de missions (1732) et auteur d’un  « Manuel du confesseur ». Ce qui permettait de dénoncer le péché avec sérénité mais de témoigner de la miséricorde dans la confession.  Quelle est alors la place de la communauté ecclésiale dans la confession ? Ce fut l’objet d’une recherche pour manifester le pardon de Dieu et des frères et sœurs. Il a fallu faire preuve d’invention pour que la communauté chrétienne puisse proposer un signe vrai de la réconciliation. Ainsi furent offerts des célébrations communautaires, avec ou sans absolution. La confession continue à être recommandée et semble correspondre à la demande de certains, notamment parmi les jeunes. Mais peut-on parler pour autant d’un retour au confessionnal du Curé d’Ars ? 

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