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Qumrân, le secret des manuscrits de la Mer Morte

Publié le Mercredi 9 juin 2010

Qumrân, le secret des manuscrits de la Mer Morte


Qumrân, le secret des manuscrits de la Mer Morte

L'exposition de la Bibliothèque Nationale à Paris, est-elle une manifestation artistique, culturelle, policière ?

Sont présentés 377 fragments de manuscrits acquis par la B.N. en 1953 pour permettre au Père Roland de Vaux, directeur de l'École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem (élève et successeur du Père Lagrange) de financer les fouilles dont il avait la responsabilité.

Les manuscrits de la Mer Morte ont été mis au jour en 1947 : ils étaient jusque là à l'abri dans les grottes de Judée. Ils délivrent le message spirituel de communautés dont l'identité divise encore aujourd'hui le monde scientifique. Commentaires de livres bibliques, prophéties, recueils de prières ou formules d'exorcisme.. tous ces textes reflètent le bouillonnement intellectuel et spirituel de la société judéenne, juste avant la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains en 70 ap J.C.

Autour de ces fragments d'origine, des monnaies, et des objets archéologiques reconstituent l'histoire de la Judée; des manuscrits et des bibles hébraïques et samaritaines médiévales témoignent de la longue élaboration du « canon » des Écritures (liste des Livres retenus pour la Bible).

L'histoire des découvertes des 900 manuscrits est amplement détaillée, comme une intrigue policière !


Le site de Qumrân
Quel était le nom antique du site qu'on appelle aujourd'hui Khirbet Qumrân ? Félicien de Saulcy en 1851 l'assimilait à la ville biblique de Gomorrhe et Eleazar Sukenik (1885-1953 et Emile Puech (directeur de recherche au CNRS et professeur à l’École biblique et archéologique de Jérusalem) l'identifient à Sekaka, près de Ein Guedi, cité dans le Livre de Josué (15,61). Le lieu désertique aujourd'hui est décrit comme parsemé d'oasis et verdoyant pas Jean de Maindeville au 14e siècle, et la Mer Morte comme apportant prospérité, palmiers (Dt 34,3; Jg 1,16) et procurant poissons en abondance (Ez 49,9-10).

Trois rares témoignages, entre le 2e et 10e siècle, évoquent d'étonnantes découvertes de manuscrits dans les grottes ou des jarres aux environs de Jéricho : Eusèbe de Césarée (3e siècle) rapporte qu'Origène (185-253) aurait utilisé un manuscrit trouvé près de Jéricho.


Découverte de 1947
Dès le 19e, c'est le balbutiement de l'archéologie du Moyen Orient; en 1821 Champollion déchiffre les hiéroglyphes, de grands explorateurs découvrent des sites qui n'étaient connus que par les récits bibliques, Babylone, Suse par exemple, la lecture des textes cunéiformes révèlent des récits du Déluge antérieurs à celui de la Genèse.
Suit l'histoire pleine de méandres de la découverte et de l'authenticité des documents découverts depuis 1947, dans l'imbroglio de la guerre au Proche Orient.


Suivent les 60 ans de travaux et d'études
Rapidement 7 des 8 premiers rouleaux furent publiés dès 1951, mais sans traduction ni commentaires. A partir de 1952 des milliers de fragments affluèrent, de toutes tailles dans l'éclatement et le désordre. Des équipes de plus en plus étoffées, fluctuantes, furent ébranlées par la conjoncture politique et les conflits qui embrasèrent la région.
Et de 1985 à 2009 l'édition des textes s'achève peu à peu, avec les moyens les plus modernes et les plus sophistiqués disponibles. Les chercheurs, archéologues et historiens, s'emploient de plus en plus à libérer l'objet de leur discipline des contextes idéologiques ou religieux multiséculaires.
Le classement de la masse documentaire offerte par la bibliothèque de Qumrân ne fut pas facile.
Le manuscrits bibliques, les manuscrits apocryphes, les écrits « communautaires » (relectures ou ré-écritures, prolongements ou commentaires...), textes de sagesse, textes mystiques, gnose.
Un nombre variable d'écrits (environ 100) serait le produit d'une fraternité d'ascètes dont l'anonymat est total, « les Pauvres », les « Bons », les « Fils d'Aaron » ou encore les « Fils de Sadoq »(les prêtres), les « Fils de Lumière », etc..
On chercha un maximum de correspondances entre les témoignages des auteurs antiques sur le Esséniens et les textes découverts dans les grottes et les ruines de Qumrân (sorte de monastère).

Ainsi la bibliothèque de Qumrân met en présence d'un conservatoire littéraire diversifié, un vaste pan de la production écrite de la société judaïque des 2 ou 3 derniers siècles av J.C. /1er siècle ap J.C.

Que de richesses et de complexité apparaissent. Par exemple la Loi de Moïse (Dt 18,9-10) et sa réplique dans le Rouleau du Temple condamnent la magie et l'astrologie. Or plusieurs textes d'exorcismes, récits ou recettes ont été exhumés des grottes de Qumrân.
Les documents astrologiques trouvés supposent acquis que les astres déterminent en bien ou en mal le destin des individus, au-delà de l'obéissance ou la désobéissance aux commandements divins, etc..

L'histoire de la Judée contemporaine et celle des Esséniens est également évoquée dans l'exposition.

Pour conclure cette passionnante exposition, reprenons l'opinion de André Paul qui a écrit plusieurs livres sur le sujet. Il estime que les historiens du judaïsme ancien seront de plus en plus invités à nuancer, voire corriger, l'idée classique selon laquelle le judaïsme rabbinique serait la reprise et le développement quasi exclusif des doctrines pharisiennes.




 

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