En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

la conférence catholique des baptisés de France

Publié le Mercredi 30 juin 2010

la conférence catholique des baptisés de France

Autre regard sur les « démissions » de laïcs


QUE PENSER DE LA “CONFERENCE CATHOLIQUE DES BAPTISE(E)S DE FRANCE” ?


 Tout commence par une mauvaise boutade du Cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France, archevêque de Paris. Interrogé sur la place des femmes dans l’Eglise, il répond : «  le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête ». C’est une phrase de trop pour Anne SOUPA et Christine PEDOTTI, deux catholiques engagées de longue date. Anne Soupa peut faire état de sept années de formation en théologie, elle est rédactrice en chef de la revue Biblia. Elles déposent plainte devant le Tribunal ecclésiastique au nom de l’association, créée pour l’occasion, le « Comité de la jupe ». L’affaire n’ira pas plus loin, la plainte est retirée, le Cardinal ayant corrigé ses propos. Mais il s’est fait une concordance de cet incident avec plus profondément le malaise de nombreux catholiques, spécialement de femmes, plus mal à l’aise encore dans l’institution ecclésiale notamment après les récentes décisions de Benoit XVI.

 Le « Comité de la jupe » organise le 11 octobre des marches à Paris et dans toute la France avec 500 sympathisants. Comment empêcher le « schisme silencieux » qui parcourt toute la France ? « Ni partir, ni se taire ». C’est au nom d’un laïcat trop peu pris en considération que les pèlerins d’un jour veulent s’exprimer. Dans ce contexte les femmes défendent l’accès à la prêtrise pour les hommes mariés et pour les femmes. Plus largement les participant(e)s aux différents défilés dénoncent le risque que l’Eglise actuelle ne soit plus « catholique  », c’est-à-dire ouverte et universelle, alors qu’elle apparait fermée à la souffrance de l’homme, moralisatrice, empreinte de juridisme. Comment aller au-delà ?
 Une semaine après le 11 octobre, il devint clair qu’il était utile d’ouvrir le débat avec celles et ceux qui avait participé à la marche et aussi avec quiconque se trouve en marche. Le fondement baptismal est apparu d’une intense fécondité, donnant vigueur au projet : une véritable image du peuple de Dieu. Cette idée est fondée sur la dignité de tous les membres de ce peuples, formellement reconnue au canon 208, du Droit canonique. D’où la proposition d’une « Conférence des baptisé(e)s de France », en précisant « Conférence catholique des baptisé(e)s de France » (CCBF). Les objectifs sont ambitieux : « ¨Mettre chacun en situation d’inventer l’Eglise de demain... Habiter le maison Eglise et contribuer à la faire vivre ». Pour cela la CCBF veut être «  une maison de parole, un espace d’accueil et d’espérance ». Le projet est exprimé en termes de ministères : « ministère de la bénédiction », « ministère d’écoute », « ministère de l’espérance ». La CCBF se situe à l’intérieur de l’Eglise : « Nous parlons du cœur de notre Eglise, non de ses marges ou de ses parvis. ». Au programme, une association, des assises qui auront à charge de préciser les statuts, la représentation des baptisés, la prise de décisions….

 Dès le 2 février 2010 une charte de la CCBF était élaborée et présentée : « Ni partir, ni nous taire ».  La CCBF est fondée sur la dignité propre des baptisés. Au titre de cette dignité, les catholiques baptisés, confirmés, sont « des membres adultes et responsables de l’Eglise catholique ». Après les fondements, sont précisés les objectifs. Le premier objectif de la CCBF est de susciter la conscience de chaque baptisé afin de le rendre acteur de la vie de l’Eglise, de sa mission et de son avenir. Quels seront les moyens ? « Entre l’action et la réflexion, nous nous situons comme producteurs de sens ». Pour conclure, la Charte redit que « la CCBF ne se situe pas en instance revendicatrice. L’Eglise est notre maison. Nous y sommes acteurs au présent et bâtisseurs d’avenir ».

 Peut-on se désintéresser du surgissement de la Conférence Catholique des baptisés de France dans la situation ecclésiale actuelle avec la crise des vocations, le nombre des scandales liés à la pédophilie et le raidissement de l’autorité romaine ? Il est heureux d’entendre un discours positif, tonique, qui veut même être joyeux. Quelle va être la « réception » de cette proposition, par l’ensemble des baptisés à laquelle elle est adressée et par l’institution ecclésiale ? Pour ce qui est des chrétiens, catholiques de base, il va surgir la question de la diffusion et de la présentation favorable de la CCBF. On rejoint là le rôle de l’institution. Il peut y avoir des voix singulières qui partagent une partie de l’interprétation ecclésiale des documents de la CCBF. Ainsi Albert ROUET archevêque de Poitiers qui vient encore de s’exprimer (J’aimerais vous dire, Bayard, 2009) : « On ne peut pas faire des chrétiens des mineurs irresponsables dans l’Eglise, je pense très profondément que la manière de vivre en Eglise n’est pas adaptée au monde d’aujourd’hui ». Mais il y a aussi des réticences du corps épiscopal qui n’est plus unanime. C’est l’inquiétude qui s’était déjà manifesté à l’apparition en France des mouvements charismatiques. Une commission épiscopale, évêques et théologiens, avait pesé les dangers et les chances de mouvement né de la base et qu’il fallait intégrer à la structure ecclésiale hiérarchique. Ce qui fut le cas aussi à la naissance des mouvement d’Action Catholique. C’est là une expression d’une ecclésiologie d’en haut qui s’est souvent manifestée. Ainsi au XIIIème siècle avec le surgissement des communes urbaines, la société féodale se trouvant remise en cause, comme l’autorité des évêques devenus riches et incapable de prêcher. La réforme est née du charisme des franciscains et des dominicains aux frontières. Les ordres mendiants proposèrent une autre Eglise, avant d’être eux-mêmes récupérés par l’Institution. Il ne faut donc pas reprocher à la CCBF de « s’autoproclamer » fidèle à l’Eglise et à l’Evangile. C’est ainsi que l’Esprit Saint est à l’œuvre dans l’Eglise qui aura à « recevoir » et à « reconnaître » le don de l’Esprit.

 D’autre critiques seront faites à la CCBF, notamment de la part de ceux qui ont dû « partir » de l’Eglise : prêtres ouvriers, divorcés remariés, couples homosexuels. Mais la CCBF aura à apprendre comment ne pas se taire quand on reste dans l’Eglise. « Ni partir, ni nous taire ». La perspective œcuménique n’est-elle pas limitée au nom du baptême des catholiques ? Mais l’Eglise catholique a-t-elle le monopole du baptême chrétien ? Il y a une inter communion du baptême qui résonne dès aujourd’hui. Peut-on se satisfaire d’une ecclésiologie catholique même s’il sagit d’abord de revitaliser l’Eglise Catholique ? Demain il faudra peut-être écrire : « Conférence chrétienne des baptisés de France ».
 Terminons comme il a été commencé : la mauvaise boutade de l’Archevêque de Paris sur les jupes des femmes. Beaucoup d’ecclésiastiques, tous masculins dans l’Eglise Catholique, se défient des capacités des femmes dans l’Eglise, sauf pour ce qui est des services pratiques pour lesquelles elles sont exploitées. La catéchèse, où les femmes se sont révélées inventives et inspiratrices, est reprise en main dans certains diocèses et paroisses. Nombreuses sont celles qui ont voulu et réussi une formation théologique (cycle C, CIF, CETAD) sans pouvoir toujours être reconnues à des postes de responsabilité ecclésiale. Que penser alors, diront quelques misogynes, de cette initiative de deux femmes laïques, mariées? Il y a là l’aboutissement, au cœur d’un féminisme général, d’une revendication de la place de la femme dans la vie de l’Eglise. Un mouvement comme « Femmes et hommes dans les Eglises » (F.H.E.). Dans la formation des clercs quelle place est donnée aux figures féminines : Diane d’Andolo avec Dominique, Claire avec François d’Assise, Jeanne Chantal avec François de Sales, toutes les fondatrices de Congrégations au XIXème siècle ? Peut-on ajouter enfin Catherine de Sienne, tertiaire dominicaine et mystique brûlante, militante ecclésiale allant chercher le pape en Avignon et reconnue (au XXème siècle) docteur de l’Eglise. Oserait-on chanter comme Jean Ferrat, qui était plus qu’anticlérical, que dans l’Eglise peut-être aussi « la femme est l’avenir de l’homme » !

P.J. CETAD

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