En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

La synodalité

Publié le Samedi 6 novembre 2010

La synodalité

TOUS RESPONSABLES EN EGLISE

 

Le mot synode dérive du latin synodus, calqué lui-même sur le grec sunodos (sun= avec, odos = chemin). Comme le latin concilium, il désignait une assemblée de personnalités réunies pour délibérer.

En Occident les termes synodos et concilium ont été appliqués concurremment aux assemblées convoquées pour prendre des décisions en matière de doctrine et de discipline. Organes de gouvernement, ces assemblées étaient composées d'évêques ou au moins dirigées par l'un d'eux. Dans un premier temps on les appela toutes conciles ou synodes; plus tard les assemblées de clercs convoqués par l'évêque diocésain reçurent seules le nom de synode et leurs décisions de statuts synodaux, tandis que les réunions d'évêques s'appelaient de préférence conciles.

La pratique du synode est aussi ancienne que l'Église (cf Assemblée de Jérusalem, Ac 15, tenu selon la Tradition à Jérusalem vers l'an 48). L'objet peut être aussi bien le traitement d'une question précise que la réflexion globale sur les données de la foi et la mission de l'Église en un lieu et un temps donnés.

 

Le concile Vatican II, en même temps qu'il redonnait son actualité au concile œcuménique, a promu le renouveau de l'institution synodale sous deux formes : le synode diocésain, qui n'est pas nouveau mais dont les modalités. Le synode des évêques, création originale voulue par Paul VI pour prendre le relais du Collège des cardinaux, a été créé pour assister le Pape. (voir le §5 du Décret sur la charge pastorale des évêques dans l'Eglise).

 

 

Que sont les synodes ? Selon le Code de Droit Canon, canon 460 : « Le synode diocésain est la réunion des prêtres et des autres fidèles de l’Eglise particulière choisis pour apporter leur concours à

l'évêque diocésain pour le bien de la communauté diocésaine tout entière. » Le synode est

donc une assemblée de baptisés, qui représente le peuple de Dieu d’un diocèse, convoquée par

l’évêque.

Le but est de chercher à résoudre dans son esprit les problèmes en suspens et de favoriser le renouvellement de la vie morale et religieuse. Une fonction vitale de l'Église est ainsi remplie par le synode qui délibère comment témoigner pour le Ressuscité.

Ses décisions, orientations, propositions sont ensuite promulguées par l’évêque et deviennent sous son autorité lois synodales. En 20 ans, 43 synodes se sont tenus en France métropolitaine (un prochain article présentera concrètement cette nouvelle figure de la synodalité).

 

Dominique Barnerias dans sa thèse  "Les paroisses dans les synodes diocésains français de 1983 à 2004. Réception et appropriation" , remarque : « Cette cohérence de la proposition pastorale des

synodes signifie que, malgré la diversité des synodes, il y a bien un esprit commun qui se

dégage, à partir du moment où un évêque demande aux fidèles d’exercer leur sensus fidei

pour le bien de la communauté diocésaine. »

 

L'Église se comprend elle-même comme « sacrement du salut du monde ». En vue d'actualiser cette mission elle se sait invitée aussi à la célébration communautaire. Elle croit qu'elle est le peuple de Dieu selon la Nouvelle Alliance, peuple qui, ensemble, exerce une co-responsabilité par rapport à cette mission, et à qui la délibération commune doit être aussi reconnue.

Cette mission de salut pour le monde, l'Église la tient de « vous êtes le sel de la terre [...] vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,13-14). Chaque Église locale participe à cette mission et porte une responsabilité vis à vis du monde. Ce que le synode traite concerne le peuple de Dieu et le monde. Le synode n'est pas un club ouvert à tout débat d'une association insignifiante.

 

En tant qu'organe de gouvernement, le synode doit être articulé sur la responsabilité personnelle de l'évêque au titre du ministère ordonné, aussi bien que sur le ministère d'unité revenant au Pape, au sein des collégialités des évêques, pour le service de l'Église universelle. L'équilibre est parfois difficile à tenir : en témoignent aussi bien la tentation du centralisme romain que la revendication opposée, dite du conciliarisme (concile de Bâle 1431-1449).

Ce mode collégial de gouvernement de l'Église ne manquera pas de provoquer questionnements et débats, suscités notamment par l'épineux problème de l'équilibre à maintenir entre pratique synodale et autonomie ecclésiologique des Églises locales et ce n'est pas par hasard que ce thème fut omniprésent au concile Vatican II.

 

Avec la pratique synodale l'Église semble partie à l'aventure : immobile elle rassurait, en recherche elle inquiète ; avec les conciles et les synodes la parole peut être donnée à tous. En fait il s'agit de renouer avec une tradition constante, l'Église retrouve ainsi sa vérité, elle est synodale par nature. Mais cette voie est exigeante.

 

Ainsi la synodalité apparaît comme la dimension constitutive de l'Église, en référence à la conception du sacerdoce commun des baptisés. La vie de l'Église ne saurait relever que du seul rapport hiérarchique. Pour être fidèle à sa nature même de peuple de Dieu, l'Eglise ne peut fonctionner que sous le registre de la communion, dans le respect des différences et de l'enrichissement mutuel de spécificités tenues pour complémentaires.

Au-delà même du sacerdoce commun des baptisés, intimant à tout chrétien la mission d’incarner dans la vie du monde la présence agissante et sanctifiante du Ressuscité, le fondement de la synodalité n’est autre que le mystère du Dieu trinitaire, absolument  et parfaitement un du fait même qu’il est communion du Père, du Fils, et de l’Esprit. La Révélation chrétienne atteste qu’au niveau même de Dieu, l’unité n’est pas uniformité. Quel que soit l’intérêt historique de modèles purement humains (monarchie, démocratie, etc.), l’Église ne saurait trouver meilleure référence que l’être même du Dieu qu’elle a mission d’annoncer et de servir.

 

Le mot synode ne se rencontre pas dans le Nouveau Testament. Ignace d'Antioche, mort vers 117, nomme les chrétiens des compagnons de route (sa lettre aux Ephésiens 9,2)1. Ils marchent sur le chemin de l'amour vers Dieu. Trouvées également dans d'autres récits du 2e siècle, ces expressions autour des compagnons de route, constituent un pont entre le récit des disciples d'Emmaüs (Lc 24,13-33) et les synodes de l'Église actuelle. Tout l'œuvre de Luc (Évangile et Actes) témoigne de cette prédilection pour cette expression « faire route ». L'Évangile est un chemin. L'Église est le peuple de Dieu en chemin. Elle est route vers son accomplissement dans la splendeur du ciel. Sur ce chemin, elle rassemble, par l'Esprit vivifiant que lui donne le Seigneur, les hommes en vue de les conduire au salut.2 Elle poursuit en cela l'œuvre de Jésus.

 

Il en ressort que les synodes sont avant tout un lieu d'écoute mutuelle, respectueuse. Impossible de faire synode sans cette conviction souvent redite dans l'Apocalypse : nous avons à entendre « ce que l'Esprit dit aux Églises ». C'est dans l'Église tout entière que sont donnés tous les dons de l'Esprit.

Courage de l'écoute, pas seulement l'écoute des autres, mais plus encore la rumeur du monde. Cela exige qu'on consente à se faire proche, à sortir de soi pour rejoindre gratuitement ceux qui n'attendent apparemment plus rien de l'Église. Il faudra alors audace et courage pour évaluer lucidement la présence de l'Esprit au cœur des hommes, audace pour faire face aux défis nouveaux, aux opportunités nouvelles, courage pour évaluer les ressources évangélisatrices de l'Église, pour revoir des pratiques pastorales habituelles mais inadaptées aujourd'hui...

 

Pour l'instant les synodes diocésains restent un moyen privilégié pour développer chez tous, prêtres, religieux, religieuses, laïcs hommes et femmes, un véritable sens de l'Église. Sans cette innovation concrète les catholiques risquent d'en rester à une vision et à un discours idéologique. C'est à condition d'être membre actif d'une Église particulière que pourra se développer le sens d'une communion plus large, d'une solidarité agissante avec d'autres Églises, au sein de la communion universelle.

 

Le synode diocésain particulier constitue donc une chance non seulement de rechercher le consensus autour d'orientations pastorales majeures mais d'initier, dans l'Église diocésaine, une vraie culture de débat et de corresponsabilité, dans une solidarité active et soucieuse d'honorer toutes les complémentarités, au service d'une commune fidélité à l'évangile. Le travail synodal vit du Mysterium de Pâques (Vatican II Sacrosanctum Concilium, §6).

L'expérience synodale n'est pas une simple parenthèse dans la vie de l'Église, elle est un temps fort de la synodalité qui est constitutive de l'Église. La synodalité est la réalisation effective de la communion dans un peuple où tous cheminent avec le Seigneur.

 

1« compagnon de route » se dit en grec sunodoi

2Vatican II, Lumen Gentium, § 48

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