En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Exposition France 1500

Publié le Mercredi 1er décembre 2010

Exposition France 1500

Notre Dame de Grâce, vers 1470, Languedoc, musée des Augustins à Toulouse

 

Cette exposition est consacrée à la période charnière entre la fin de la guerre de 100 ans (1337-1453), le règne de Charles VII (1483-1498) et Louis XII (1498-1515), la reine Anne de Bretagne (1477-1514), et l'avènement de François 1er (1494-1547). En 1492 Christophe Colomb découvre le Nouveau Monde, en 1494 Charles VIII passe les Alpes et en 1517 Martin Luther affiche ses thèses à Wittemberg.

Il ne s'agit pas d'une période « entre deux » mais d'une vraie période avec ses spécificités et ses complexités, ni une rupture, ni un compromis hésitant. Une synthèse entre deux mondes, entre deux modes de pensée, entre deux styles qui se côtoient et se différencient sans s'exclure. Oublions les périodisations des historiens de l'art !

L'exposition a trois thèmes : la rencontre entre le commanditaire et l'artiste, la circulation des modèles et la rencontre des modernités, l'une nordique, l'autre méridionale.

Ces échanges et mouvements d'artistes ne se sont pas faits tout d'un coup, avant la venue de Charles VIII, Jean Fouquet (1415/20-1478/1481) avait déjà compris les leçons de l'art italien de la Renaissance.

Dans le domaine de la peinture, la France apparaît comme un pays d'accueil où les œuvres de type flamand côtoient la peinture italienne sans que l'on trouve une peinture proprement française. Le portrait du pape d'Eugène IV par Fouquet est l'exception qui confirme la règle !

Relevons la Nativité avec le cardinal Jean Rolin,(vers 1480), œuvre de Jean Hey, le maitre de Moulins, venu des Pays Bas pour devenir en France peintre des Bourbons. Ce tableau présente nombre de caractéristiques de la peinture flamande, paysage au loin, traits fins et anguleux de la Vierge; la représentation à mi-corps de la Vierge, de l'ange et de Joseph, donne plus d'intensité à la scène religieuse, cela concentre l'attention sur l'expression de leurs mains et de leurs visages et sur la fragilité du nouveau-né. Le seul personnage montré en entier est Jean Rolin, le donateur. Mais, légèrement plus grande, avec ses vêtements d'un somptueux bleu outremer, c'est la Vierge qui reste le personnage central. Jean Hey dans ses œuvres fait preuve de maîtrise du volume et de la perspective, tant dans ses portraits de nobles que dans ses scènes religieuses, et se pose ainsi en un artiste « moderne ». Une certaine raideur y persiste, cependant, dernière trace de l’art gothique.

 

La sculpture monumentale est, elle, très abondante dans toutes les régions de France, la Champagne étant la province la plus riche. De nombreux exemples à l'exposition montrent tout un peuple de statues, souvent grandeur naturelle: la mise au tombeau a donné lieu à des ensembles de statues juxtaposées en tableau d'un type bien spécifique dont on ne trouve guère d'équivalent ailleurs. D'autres formules sont aussi très répandues, comme le Christ aux liens, ou encore la sculpture funéraire. L'admirable Notre Dame de Grâce (illustration jointe) est d'une invention très originale tout en restant fidèle à la tradition bourguignonne; l'attitude de la mère et de l'enfant qui se détournent l'un de l'autre pour regarder chacun dans une direction opposée pourrait être le signe d'un groupe statuaire à l'origine plus important. La statue de saint Marie l'Egyptienne de Saint Germain l'Auxerrois à Paris, est une des rares exemples de la sculpture parisienne de la fin du 15e. Elle devait appartenir à la partie centrale du porche de l'église. Cette statue est bien particulière : un visage au front très haut et menton étroit, le haut du corps fluet, et le bas assez épais, mais l'ensemble allégé par le jeu subtil des drapés et la chevelure légère et délicate.

On retrouve à l'exposition une œuvre du fameux Michel Colome, une Vierge à l'Enfant provenant du château de la La Carte à Brabant Miré (Indre et Loire). Le visage de la Vierge, aux traits personnels, exprime un sentiment de vie réelle, avec toute la fraicheur de la jeunesse. La Vierge est représentée dans la tendresse de l'allaitement, incitant son enfant à téter. L'Enfant se tourne vers elle d'un air étonné ; l'échange des regards exprime un rapport d'émotion dont la réalité quotidienne est éloignée des représentations solennelles de divinités. Cette Vierge contemporaine et simple ne porte aucun signe de majesté, aucune recherche de richesse. Elle porte un court voile sur une longue chevelure bouclée.

 

La miniature reste depuis le règne de saint Louis (1214-1270) jusqu'à l'avènement de François 1er un art majeur. Les grandes heures d'Anne de Bretagne de Jean Bourdichon sont un ouvrage des plus somptueux.

Louis XII a enrichi considérablement la bibliothèque royale de France en acquérant la collection de manuscrits de Louis de Bruges, le plus splendide ensemble de manuscrits des ducs de Bourgogne et reflétant un grand intérêt pour les récits historiques et religieux. Le luxueux volume de la Cosmographia de Ptolémée est présenté à l'exposition : le frontispice est exceptionnel, représentant Louis XII en prière, il est attribué à Jean Perréal.

 

Lorsque le siècle tire à sa fin l'imprimerie vient prendre le relais du manuscrit. Mais la nouvelle technique ne se met en place que progressivement, les beaux exemplaires sont encore imprimés sur parchemin , les majuscules y sont ornées à la main.

Nous pouvons voir à l'exposition la fameuse Vie des saints en francoys de Jacques de Voragine. Cette légende dorée, récit des vies de 180 saints et martyrs chrétiens selon le calendrier liturgique, rédigée au 13e, connut un grand succès éditorial au 15e, aussi bien dans sa version latine que dans la vieille traduction française de Jean de Vignay.

La tapisserie reste très utilisée ( elle tient la place de la fresque en Italie), c'est l'époque de la tenture de la Chasse à la licorne (1495-1505) (musée des Cloitres à New York) non exposée ici mais on peut admirer Narcisse à la fontaine : le jardin médiéval est évoqué par le fond de « mille fleurs » où plus de trente espèces ont été identifiées. La flore est en grande partie similaire à celle de la Dame à la licorne (fin 15e) du Musée national du Moyen Âge de Paris. On a ainsi une idée du grand raffinement de cet art.

L'exposition se termine avec le portrait de François 1er en saint Jean Baptiste (1519-20), attribué à Jean Clouet (vers 1485-90- 1540 ou 41). Il s'agit d'un portrait idéal où l'on reconnaît tout de suite les traits de François 1er au début de son règne. Le costume est en revanche moins conventionnel, le roi est figuré en Jean Baptiste, tenant un agneau et une croix de roseau et vêtu d'une peau de panthère sous une draperie rose. Un perroquet est représenté, à la fois symbole d'éloquence et symbole impérial, cela convenait parfaitement à un prince réputé pour sa faconde.

 

Ainsi cette exposition prouve avec ses 200 chefs d'œuvre, que la France, vers 1500, se pose au cœur de la révolution humaniste.

 

 

 

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