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Règle et régulation. a propos du preservatif

Publié le Mercredi 15 décembre 2010

Règle et régulation. a propos du preservatif

REGLE ET REGULATION. A PROPOS DU PRESERVATIF

 

 

Dimanche 21 novembre : Bombe blanche au Vatican au cœur de la mer rouge des cardinaux réunis à Rome pour l’accueil de vingt-quatre nouveaux parmi eux. Mais ce n’est pas cet événement qui fait la une des médias. En France, les journaux télévisés d’Antenne 2 et de France 3 consacrent dix minutes à souligner que dans un livre à paraître ( et paru maintenant), Lumière du monde, et dans un entretien avec le journaliste allemand Peter Seewald, Benoit XVI envisageait « l’usage du préservatif comme un premier pas sur le chemin d’une sexualité plus humaine ». C'est la première fois que Benoit XVI utilise le mot. « Dès que le mot apparaît, tout le monde prend feu » va souligner le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon. On peut penser qu’il est partial d’isoler une ligne de Benoit XVI dans un livre où il y a bien d’autres propos méritant attention comme le suggère le sous-titre : « Le pape, l’Eglise et les signes du temps ». Mais le P. Federico Lombardi, directeur de la Salle de presse du Saint Siège à précisé aussitôt : « Le pape s’est volontairement exprimé dans une langue ordinaire que tous peuvent comprendre. C’est un acte de courage. Le pape sait qu’il prend ainsi un risque énorme ». Relevons cependant que bon nombre de catholiques, tout en regrettant l’instrumentalisation du débat, se disent réconfortés et encouragés par cette position. Ainsi le dominicain Antoine Lion ( Association Chrétiens et Sida ) : « L’Eglise catholique, n’étant plus entravée par un manque de crédibilité dans sa parole officielle, pourra rejoindre et conforter l’action de ses membres dans la lutte contre le Sida avec la note propre que lui inspire l’Evangile ». Michel Sidébé, le responsable d’ONUSIDA, l’organisme des Nations Unis chargé de la lutte contre le Sida, a souligné le pas en avant significatif et positif du Vatican. Le ton tranche avec les réactions virulentes qui avaient suivi les déclaration du même Benoit XVI, en mars 2009, lors d’un premier voyage en Afrique. A bord de l’avion qui le conduisait au Cameroun (17.03.09) il affirmait dans une formule reprise dans le nouveau livre en annexe : « On ne peut venir à bout du problème du Sida en distribuant des préservatifs. Au contraire ils accroissent le problème ». Faut-il parler de revirement, de « rétractation » ou simplement d’inflexion ? La question est importante car un choix de théologie morale est en jeu.

La sexualité est une réalité morale qui concerne les mœurs, la vie de toutes les femmes et de tous les hommes. Certains pensent qu’elle a pris aujourd’hui une importance envahissante, excessive. Mais c’est sans doute parce qu’elle a pu être oubliée, étouffée, ou même exclue dans une perspective chrétienne exaltant la virginité et le célibat. Aujourd’hui l’importance de la découverte et de la croissance de la sexualité ne peut plus être niée. Que peut apporter alors la théologie morale au discours et à la pratique de la sexualité ? Il faut avant tout mettre en valeur l’humanisation de toute sexualité à tous les âges, celui de la première enfance comme celui du quatrième âge. Il s’agit toujours de croissance, de maturité. La vie chrétienne ne dispense pas de cette humanisation. Cette exigence fondamentale ne peut se réaliser avec des interdits, mais des invitations. Il ne s’agit pas de commandement mais de cheminement. Pour la parabole de l’évangile (Mt 13, 29), la semence ne doit pas être détruite en arrachant l’ivraie, elle peut se développer d’elle-même (Mc 4,28). C’est la question que pose la théologie morale : « Que faire de bien aujourd’hui pour bien faire demain ». Le mot clé depuis Aristote et avec Saint Thomas est le « bien faire » et le « bien commun » qui en est le fruit. Pour la sexualité comme pour toute la vie morale. Il n’y a pas à attendre des « règles » qui nous seraient données comme tombant du ciel ou de Rome. Il s’agit d’une « régulation » qui est confiée à la responsabilité des femmes et des hommes dans la diversité culturelle selon le temps et le lieu. Aux chrétiens d’y apporter une « coloration » propre qui est celle de l’évangile, avec le chemin qui va de l’eros à l’agapè, sans brûler les étapes, ni les éliminer l’une après l’autre.

Les mots « règle » et « régulation » peuvent étonner pour situer la vie morale. Il y a un effet des « interdits » qui sont constitutifs de cette vie morale des mœurs : le meutre, le mensonge et l’inceste qui interrompent la communication et rendent impossible une vie commune. L’autre éliminé, l’échange devient impossible, la génération n’est plus reconnue. Les chrétiens ne sont pas dispensés de ces interdits même si la bible exalte le meurtre d’Holopherne par Judith (Jdt 13, 8), cautionne le mensonge d’Abraham faisant passer Sara pour sa sœur auprès de Pharaon (Gn 12, 13), soutient Tamar se prostituant auprès de son beau-père Juda pour avoir une descendance refusée par ses fils (Gn 38, 1-30). L’interdit ne peut suffire à fonder une théologie morale. Pour la théologie morale, des chrétiens ont pu arguer de la casuistique du moindre mal. Avant Benoit XVI, le Cardinal Lustiger avait pu dire au sujet du préservatif : « Si vous ne pouvez pas être des saints, ne soyez pas des assassins ». C’est dans cet esprit qu’il faut situer le propos de Benoit XVI au sujet du préservatif : « La seule fixation sur le préservatif représente la banalisation du préservatif… L’Eglise ne considère naturellement pas (l’utilisation du préservatif) comme une solution véritable. Dans un cas ou l’autre, dans l’intention de réduire le risque de contamination, l’utilisation du préservatif peut constituer un premier pas sur le chemin d’une sexualité vécue autrement, une sexualité « humaine ». Le cas des prostitués est-il le seul cas à envisager, car des enfants et des femmes peuvent être concernés par la contamination du virus HIV ? De même s’il s’agit bien d’une étape de l’humanisation de la sexualité, n’y a-t-il pas lieu d’envisager la possibilité du préservatif pour l’adolescence et jusqu’à un choix de vie stabilisée ? De même cette possibilité du préservatif ne peut-elle pas garder sa place dans la vie d’un couple voulant maîtriser son échange sexuel ? Parler alors de méthodes « naturelles » n’est pas toujours réaliste. Si des « méthodes » sont envisagées, nous sommes bien alors dans le cas de « régulation » et c’est au couple éclairé d’en décider. L’usage du préservatif n’est pas alors un moindre mal mais un choix moral de « bien faire pour faire bien demain ». Régulation de maturité et non pas règle imposée.

 

Pour continuer cette réflexion vous pouvez consulter les modules de théologie morale préparés par une équipe du CETAD avec Patrick Jacquemont et animés par Frédérique Mesmin.

CETAD. P.J.  

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