En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

LA PAROLE DU SEIGNEUR, VERBUM DOMINI

Publié le Mardi 15 février 2011

Verbum  Domini, Exhortation apostolique post-synodale,  2010,
Paris, Bayard-Cerf-Fleurus-Mame, 2010, 191 p., 4, 90 €
 
 

Benoît XVI a publié en novembre 2010 une Exhortation apostolique, « Verbum Domini, La Parole du Seigneur », à ne pas confondre avec « Dei Verbum, La Parole de Dieu », Constitution du Concile Vatican II. Ce texte est censé reprendre les grandes lignes du Synode des évêques qui s’est tenu à Rome en octobre 2008. On aurait pu espérer que ce long délai ait permis de mettre en valeur certaines des propositions exprimées pendant ce Synode. Ces Propositions du Synode ne sont indiquées que par des numéros de renvoi, qui peuvent laisser insatisfaits et curieux. Certaines mauvaises langues vaticanistes vont jusqu’à dire que le texte était déjà prêt avant l’ouverture même du Synode. De toutes façons le Synode régulier, tous les deux ans, n’est devenu qu’un Synode des évêques, et il ne faut pas majorer l’autorité pontificale de cette Exhortation. Il reste qu’elle était une chance d’incitation pastorale à la lecture et à l’étude de la Parole de Dieu.
Les travaux du Synode pouvaient s’appuyer sur de solides colonnes. L’encyclique « Divino Spiritu afflante » de Pie XII (30/09/1943) avait voulu défendre la nécessaire approche scientifique de l’exégèse en réponse aux partisans d’une exégèse soi-disant mystique. Elle précédait et d’une certaine façon annonçait le grand texte, clé de voûte des travaux des exégètes, théologiens et pères conciliaires, la Constitution dogmatique sur la Révélation, « Dei Verbum. » D’excellentes précisions plus audacieuses devaient être apportées par la publication, par la Commission Biblique Pontificale de « L’interprétation de la Bible dans l’Eglise » 15/04/1993).
En outre Benoît XVI a voulu relever que le témoignage de l’Apôtre Paul a accompagné le Synode durant l’année consacrée à la grande figure de l’Apôtre des gentils. Enfin Benoît XVI a souhaité une référence constante au prologue de saint Jean. C’est la citation de Jean 1, 1-14 qui est en exergue des deux parties de l’Exhortation apostolique, et celle de Jean 1, 18pour la troisième partie. Mais c’est la relation entre l’Esprit Saint et l’Ecriture qui est nécessaire et soulignée avec Jean-Chrysostome et les Pères de l’Eglise (n°18).
 
La première partie de l’Exhortation (« Verbum Dei ») veut être une théologie du Verbe. Mais si, dans l’Eglise catholique, la place des Saintes Ecritures a été retrouvée, la foi chrétienne n’est pas une « religion du Livre ». Le christianisme est « la religion de la Parole de Dieu ». Il faut donc prendre conscience d’une expression analogique probable de l’expression « parole de Dieu » : les différents sens doivent être articulés par la théologie. LeCatéchisme de l’Eglise catholique (n°11B) reprend le célèbre quatrain des Médiévaux : « le sens littéral enseigne les événements, l’allégorie ce qu’il faut croire, le sens moral ce qu’il faut faire, l’anagogie ce vers quoi il faut tendre ». C’est redire qu’il faut dépasser la lettre et renvoyer aux précisions de la Commission Biblique Pontificale, « L’interprétation de la  Bible dans l’Eglise »(1993). Benoit XVI dans son tableau de l’interprétation de l’Ecriture dit la place des saints et des saintes qui ont vraiment vécu la Parole de Dieu (n°48). Fallait-il, pour ce qui est de la lecture de la Parole, citer Saint Pio de Petulcina, saint José Maria Escriva les martyrs du nazisme et du communisme ? Si la place de Marie qui « gardait la Parole en son cɶur » (Luc2, 51) est évidente, si la Tradition a présenté Marie comme figure de l’Eglise à l’écoute de la Parole de Dieu qui se fait chair en elle, faut-il proposer comme sous-titre au paragraphe 27 « Marie, mère du Verbe de Dieu », de même pour la finale de l’Exhortation,n°124 :  « Mater Verbi et Mater laetitiae » ?

Déjà pour l’herméneutique de la Parole, l’Eglise était présentée comme le lieu originaire de cette interprétation de la Bible ( n°29, 30), mais c’est la deuxième partie de l’Exhortation qui développe cette place de l’Eglise, « Verbum in Ecclesia, la Parole dans l’Eglise ».  Le Préambule rappelle bien que dans l’Eglise c’est l’Esprit Saint qui est à l’ɶuvre pour l’écoute et l’approfondissement des Ecritures, et qu’il est le principe et la source d’une vie nouvelle dans le monde, ce que soulignera Benoît XVI en relisant l’encyclique « Veritatis Splendo »r(Jean-Paul II, 6/08/1993, n°25). On comprend l’insistance sur le rôle de la liturgie comme lieu privilégié de la Parole de Dieu. Le lien essentiel de la Parole de Dieu avec l’Eucharistie amène nécessairement à parler de la sacramentalité de la Parole. La référence à un texte de saint Jérôme est-elle suffisante ? « Nous lisons les Saintes Ecritures. Je pense que l’Evangile est le corps du Christ... Le Corps et le Sang du Christ sont vraiment la Parole de l’Ecriture quand nous nous référons au Mystère eucharistique et qu’une miette du pain tombe, nous nous sentons perdus. Et quand nous écoutons la Parole de Dieu, c’est le Corps et le Sang du Christ qui tombent dans nos oreilles, et nous, nous pensons à autre chose » (In Psalmum 147, CCL 78, 337-338). L’analogie de saint Jérôme est pastorale pour réveiller l’attention à l’écoute de la Parole. Faut-il dire qu’elle sacramentalise la Parole de Dieu, ou qu’elle désacramentalise le pain perdu, car le Pain et le Vin sont sacrements du Corps du Christ quand ils sont partagés aux fidèles qui deviennent le Corps du Christ ? De même, pastoralement, faut-il insister sur la « norme du Missel romain (1.57) qui précise que les lectures de la Sainte Ecriture ne doivent jamais être remplacés par d’autres textes, aussi significatifs soient-il du point de vue pastoral ou spirituel (n°69) ?  D’une manière intéressante, des exégètes de l’Ecole Biblique de Jérusalem cherchent à mettre en valeur la réception de la Parole de Dieu jusque dans les oeuvres littéraires, picturales, musicales (Olivier-Thomas Venard). Le vocabulaire de la réception est, qui plus est, absent apparemment de cette Exhortation, « La Parole du Seigneur ».
 
La troisième partie, Verbum pro mundo, veut présenter la mission de l’Eglise comme annonce de la Parole de Dieu. « La mission d’annoncer la Parole de Dieu est le devoir de tous les disciples de Jésus-Christ, comme conséquence de leur baptême (Proposition18). « L’homme a besoin de la ‘grande Espérance’ pour vivre son présent » (Lettre encyclique « Spe Salvi » du 30/11/2007). « Il s’agit d’une parole de rupture qui invite à la conversion » (n°93). Il ne s’agira pas seulement d’une annonce devenue « nouvelle Evangélisation », mais d’un engagement dans le monde,la culture, jusqu’au dialogue interreligieux. Suffit-il cependant de constater la « syntonie » des Ecritures avec les valeurs exprimées dans les Livres des autres religions (n°119) ?  Celles-ci ne peuvent-elles pas aussi interroger les Ecritures elles-mêmes, les enrichir en mettant en valeur les différences, éventuellement les désaccords ? C’est la conclusion sur « le respect et le dialogue qui requièrent la réciprocité dans tous les domaines » (n°120). Ne peut-on pas alors faire du Verbum pro mundoun Verbum cum mundo qui mettrait mieux en valeur l’Incarnation du Verbe, Dieu fait homme pour que l’homme parle Dieu ?
 
 
P.J., CETAD, 14/02/2011.
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