En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

la vie est-elle sacrée ?

Publié le Lundi 14 mars 2011

la vie est-elle sacrée ?

LA VIE EST-ELLE SACREE ?

L’humain est sacré

 

Compte-rendu du livre de Jean-Didier Vincent, Jacques Arnould

Controverses, Salvator, 2009

 

A l’heure du débat à l’Assemblée Nationale, puis au Sénat, des lois de bioéthique, il est utile de bien situer le débat, tel qu’il se présente. Déjà depuis trois ans des positions se sont affirmées, des argument s’opposent. Il est donc urgent de bien définir les termes de la confrontation pour qu’elle ne soit pas bloquée mais féconde. Au Moyen-âge c’était le bénéfice des « disputationes », « disputes » qui n’étaient pas des querelles mais des questions disputées. Il fallait pour cela que les deux controversistes tiennent des propositions contrastées et que leur autorité soit incontestée, chacun dans leur discipline. C’est le cas de Jean-Didier Vincent et Jacques Arnould. Le premier est professeur de physiologie à l’Université Paris XI, membre de plusieurs Académies. Le second, docteur en histoire des sciences et en théologie, est chargé de mission au Centre National d’Etudes Spatiales, sur la dimension éthique, sociale et culturelle des activités spatiales, auteur de nombreux ouvrages traitant de la science et de la théologie (Dieu versus Darwin, Albin Michel, 2007).

Ces deux protagonistes ont déjà amicalement dialogué au Couvent dominicain Le Corbusier à l’Arbresle, pour une première « dispute », La dispute sur le vivant (D.D.B, 2000). Pour cette nouvelle fois c’était l’association Disputatio et le Centre Théologique Universitaire de Rouen qui invitait deux maîtres reconnus à s’affronter dans le cadre prestigieux des Fêtes Jeanne d’Arc, à s’affronter pour une meilleure compréhension des nuances, des implications et des conséquences des problèmes de la vie et du sacré. Un volume reprend l’argumentation de la « dispute » tenu en public le 26 mai 2005: La vie est-elle sacrée ?, Salvator, 2009.

Voici donc quatre-vingt pages pour présenter successivement les interventions de Jean-Didier Vincent et Jacques Arnould, leur débat avec deux conclusions étonnantes.

Jean-Didier Vincent commence par présenter notre ancêtre, la cellule, « celle qui a résisté à l’épreuve terrible de la sélection naturelle » (p.18). La vie est donc le résultat d’une évolution, de la sélection naturelle. S’il y a du sacré, il faut que ce sacré aille aussi avec un processus naturel. C’est alors que le biologiste trouve une définition de la vie qui permet de ne pas s’enfermer dans les présentations habituelle : « La vie c’est quand l’amour vient à la matière » (p.22). Mais qu’est-ce-que l’amour si ce n’est une reconnaissance de l’autre avec qui j’ai une affinité élective…Tout le jeu de la vie est un jeu de reconnaissance. « La reconnaissance est le premier grand principe qui pose radicalement la matière vivante » (p.20). La progression du discours est irréversible. « La matière vivante qui n’est pas rassemblée dans une cellule n’est pas vivante » (p.21). Or une des caractéristiques essentielles de la cellule c’est la membrane qui oppose le dehors et le dedans. Va s’établir alors le premier dialogue qui constitue la vie, et, selon l’expression audacieuse de l’auteur, « l’échange qui peut être appelé la pensée » (p.23). La vie peut donc être vécue (elle ne se définit pas) comme “reconnaissance du divers “. La troisième reconnaissance c’est la reconnaissance de l’autre… L’homme qui va se construire se nourrit de la présence de l’autre » (p.25). L’un et l’autre c’est le mâle et la femelle mais cela pourrait être aussi la proie et le prédateur ou l’hôte et le parasite » (p.25). « C’est où la présence de cet autre est reconnue que se construit l’humain » (p.26). Un duo qui devient triade avec l’enfant. Ces nombreuses citations étaient nécessaires tant est original ce discours sur la vie. Mais pour parler de la vie il faut parler de la mort qui est au cœur de la vie. « Je suis mortel parce que je connais la mort en vivant la mort de l’autre » (p.26). Cela permet à Jean-Didier Vincent de faire l’éloge de « la religion chrétienne qui est à la fois fondée sur l’amour et sur la mort » (p.28).

Sur cette question de la mort, trop vite effleurée à Rouen il y a bénéfice à revenir sur la dispute du couvent de l’Arbresle La dispute sur le vivant  (2000). Jean-Didier Vincent citait déjà Xavier Bichat : « La vie c’est tout ce qui résiste à la mort » et Claude Bernard : « La vie c’est la mort ». Il refusait alors d’opposer mortel et immortel préférant parler d’« amortalité » (op.cit. p.90). « Non pas que la mort n’existe plus, mais plutôt cette idée que si tout être vivant reste périmable, il n’est pas pour autant mortel, c’est-à-dire, programmé pour mourir ». Car il reste le risque de l’accident. Ce qui pose les problèmes de l’eugénisme et de l’IVG, nom qui convient mieux que celui d’avortement. Peut venir alors l’introduction par Jacques Arnould de la proposition de la résurrection avec la référence à la communion des saints. Jean-Didier Vincent enchaine aussitôt : « La Résurrection ce ne serait que la communion des saints. La communion des saints commencerait avec la première cellule, programme plus vaste que la vie » (op.cit. p.99). Jacques Arnould se risque à parler de résurrection de la chair. « La résurrection de la chair pour moi, c’est cet être à venir ressuscité par Dieu qui n’aura pas oublié ce que nous sommes en train de vivre, ce que j’aurai vécu dans ma chair, éprouvé de tendresse, de caresses » (op.cit. p.107).

Dans le nouveau livre qui nous occupe, c’est à Jacques Arnould de traiter du « sacré » après ce qui a été dit de la « vie ». Il commence naturellement par s’expliquer sur la vie lui aussi : « La vie ne se prouve pas, elle s’éprouve tout simplement » (p.34). Que dire alors du sacré ? « Il n’existe pas de sacré sans transgression, une transgression prévue et ritualisée » (p.35). De quelle transgression peut-il s’agir concernant le sacré de la vie ? Jacques Arnould développe alors une référence à Jn 14,5. Croire au Christ c’est croire qu’il est le « Chemin, la Vérité et la vie ». C’est avancer que la Vie pour les vivants a partie liée avec la Vérité et le Chemin. « Si la Vérité est Vérité ; Vérité de l’Amour, vérité de la Mort est elle aussi le Chemin » (p. 38), les vivants sont en état de cheminement. Ne faut-il pas dire comme Jeanne d’Arc que « les chemins de Dieu on ne les comprend que quand on est arrivé au terme » (p.39). La question plus précise du sacré ne sera traitée que dans le Débat, extrêmement suggestif.

Jacques Arnould est très catégorique. « N’oublions pas que la tradition chrétienne a été le lien d’une véritable entreprise de désacralisation de la nature. La tradition biblique, hébraïque puis chrétienne s’est attachée à dépouiller la nature, la vie, de tout caractère sacré » (p.48). Jean-Didier Vincent peut surprendre : « Moi, je suis pour une socialisation de l’humain, s’il doit y avoir du sacré quelque part… Le rapport à l’autre, l’amour et la compassion… Il n’y a pas de vie de l’homme possible en niant l’autre » (p.50). « L’humain, il est anthropophage, il se nourrit de l’autre humain, il est jusque dans le sacré et dans le sacrifice de l’Eucharistie » (p.52). C’est cette référence à l’humain qui permet alors à Jean-Didier Vincent de revenir à la transgression. « La transgression fait partie du parcours sacré de la relation à l’autre. La personne serait ce qui permet à l’humain d’avoir une relation avec l’autre » (p.65). Une conclusion s’ébauche au cœur du Débat. Pour Jean-Didier Vincent « il ne faut surtout pas porter atteinte à l’humain. Pas à la vie, à l’humain » (p.71). C’est alors la confession de foi du biologiste, inattendue : « Oui, je crois que la vie est sacrée tant que la vie est amour et tant que la vie est au service de l’homme et pas l’inverse… en tant qu’elle conduit à la communion des saints… C’est le partage de la jouissance et de la souffrance entre tous les humains » (p.73). Le théologien n’est pas en reste pour nous étonner : « La vie n’est pas sacrée. Le sacré est fait pour la vie et non la vie pour être enfermée dans le sacré ». Comme Jésus a pu dire « le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat » (Mc 2,27)

Avec ces deux conclusions conjointes apparait le bénéfice de cette « disputatio ». Elles permettent d’échapper aux affirmations abruptes dans le débat sur la vie, « Laissez les vivre », la vie est sacrée. Pour cela il a été nécessaire de préciser ce qui est mis sous les mots, vie, sacré. Non la vie n’est pas sacrée, en un sens et s’il est possible dire qu’elle est sacrée, c’est en tant que la vie est au service de l’homme et non l’inverse.

 

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