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Exposition Cranach au musée du Luxembourg à Paris

Publié le Lundi 11 avril 2011

Exposition Cranach au musée du Luxembourg à Paris

Cranach (1472-1553), Autoportrait, 1531, Coblence, Château de Stolzenfels

                                  La Loi et la Grâce, 1529 (?), Prague, Národní Galerie v Praze

 

« Aucun autre artiste de son temps n'a été  autant impliqué dans la vie politique et culturelle de l'Europe » écrit Guido Messling commissaire de l'exposition Cranach et son temps qui se tient actuellement au Musée du Luxembourg à Paris.

Cette superbe exposition retrace, sans vouloir être exhaustive, les étapes de sa très longue carrière, tant de sa peinture créatrice d'un type de beauté féminine, tant de sa science du portrait, tant de ses gravures hors pair qui n'avait rien à envier à son grand rival Dürer, jouant avec maestria du blanc du papier. Cranach puise encore dans le gothique et intègre aussi l'univers rationnel de la Renaissance humaniste.

La crucifixion dite des Ecossais (car réalisée pour l'église des Ecossais de Vienne), longtemps considérée comme sa plus ancienne œuvre, fut peinte vers 1500, montre la figure effroyable du Christ martyr, à la blancheur cadavérique marbrée de bleu et maculée de sang, s'opposant à celles des deux larrons, simples gibiers de potence. Les trois croix sont des troncs d'arbre non équarris qui accentuent le style rude et expressif utilisé ici par Cranach.

 

Quelques années après Cranach est engagé comme peintre de la cour de Saxe par Frédéric le Sage, l'un des princes les plus puissants du Saint Empire. Il s'installe donc à Wittenberg qui fut le berceau de la Réforme.

En 1517, l’Europe entre dans l’ère de la Réforme lorsque Martin Luther publie à Wittenberg ses thèses retentissantes contre les iniquités de l’Église catholique. Les bouleversements qui en résultent ne sont pas sans conséquence pour Cranach, qui compte le Réformateur parmi ses amis. Il s’engage à partir de 1520 dans le métier de l’imprimerie, mettant à profit la nouvelle demande d’écrits, exprimée par les partisans de la Réforme. Non seulement il illustre de ses gravures le célèbre Testament de septembre de 1522, la traduction du Nouveau Testament en allemand par Luther, mais il en finance également l’impression.

Avec les portraits de Martin Luther et de ses principaux partisans et adversaires, Cranach donne pour ainsi dire un visage à la Réforme.

Cela ne l'empêchera pas de compter parmi ses mécènes le cardinal Albert de Brandebourg, primat de l'Empire, et de nombreux catholiques. Pour les deux camps, il peint de suaves effigies de la Vierge à l'Enfant, mais réserve à ses commanditaires protestants ses images de la Charité, du Christ et la femme adultère et des compositions didactiques illustrant la doctrine protestante.

 

Dans les années 1510, les représentations féminines se multiplient, tirées de la mythologie, de l'histoire ancienne et de la Bible. Toutes, nues ou habillées, sont avant tout des ensorceleuses ! Judith, la veuve israélite, qui trancha la tête du sanguinaire Holopherne (il traitera le sujet nombre de fois à partir des années 1530) devient une jeune songeuse, vêtue de somptueux vêtements contemporains, avec son chapeau à plumes, son ample décolleté rehaussé de lourds colliers et sa robe brodée de perles : elle présente la tête tranchée du général assyrien et dirige vers le spectateur un regard calme et pensif. La peinture de Cranach ne permet guère de distinguer les figures du bien et du mal, il reprit pour la tête du général le modèle utilisé pour celle de Jean Baptiste !

 

Les œuvres ayant le plus contribué à la renommée de Cranach sont en effet ses représentations sensuelles du nu féminin, qu'admirait Pablo Picasso ! Cranach cherche à la fois à séduire et à mettre en garde le spectateur du cercle des humanistes de Wittenberg. Cranach aborda, à coté de Dürer, avec qui il est clairement en compétition artistique, le thème du péché originel. Un cinquantaine de tableaux d'Adam et Eve sortit de son atelier après 1520 ! L'exposition montre des parallèles intéressants. Ces œuvres ont été appréciées par le public contemporain notamment pour leur aspect décoratif : jardin d'Eden devenu un paysage familier, élégance, beauté sensuelle. Le sujet veut se rapprocher de la doctrine luthérienne : seule la foi en Dieu peut laver l'homme du péché originel. C'est le sujet de ses tableaux « la Loi et la Grâce » : on y voit un homme livré à lui-même, représentant l’humanité, entre deux personnages symboliques, l’Ancien et le Nouveau Testament. Un prophète de l’Ancien Testament et Jean Baptiste pointent tous deux vers la croix en tant que source de salut. Seule la foi en Jésus, qui a triomphé de la mort par la résurrection, permettra à l’homme d'être sauvé. La partie gauche du tableau retrace le péché originel et la remise des commandements à Moïse, et la scène se termine par un mort dans sa tombe.

 

L'impressionnant autoportrait de Cranach découvert il y a une quinzaine d'années à Coblence est présenté à l'exposition. Il date de 1531. C’est par sa taille et sa sophistication que ce tableau se démarque véritablement des autres portraits, pour la plupart minuscules. Le fond noir augmente l’intensité de la scène, la tête est légèrement inclinée et le regard est tourné vers le spectateur. Cranach construit ainsi une image de lui-même à la fois énigmatique, sérieuse et teintée d'une subtile mélancolie. Ce regard songeur est-il le reflet des bouleversements religieux et politiques qu'a traversés Cranach ?

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