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Vers un concile panorthodoxe 2012 ?

Publié le Mercredi 4 mai 2011

Vers un concile panorthodoxe 2012 ?

Patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomée 1er
 

 

 

L’Eglise catholique en France revitalise les réalisations synodales depuis Vatican II. Les synodes font partie de la vie habituelle des églises protestantes. Les églises orthodoxes pour qui les synodes sont une richesse de longue date au plan local souhaitent aboutir à la convocation d’un Concile panorthodoxe. De manière quasi inaperçue le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomeos a annoncé, au cours de l’été 2010, que la préparation du grand Concile panorthodoxe touchait à sa fin. Ce rendez-vous historique devrait permettre à l’Eglise orthodoxe, forte de ses 200 millions de fidèles, de réaffirmer sa présence dans le monde. Peut-être pour 2012, mais l’histoire a maintes fois prouvé que la mise en œuvre conciliaire restait fragile et incertaine.

 

L’événement attendu est très important. « Aux yeux des orientaux, il n’y a pas eu de concile œcuménique depuis Nicée en 787 », rappelle Bernard Le Laënnec, assomptionniste, qui fut pendant quinze ans curé de la paroisse Saint-Louis des Français à Moscou. Le projet d’un concile panorthodoxe est celui d’une « réunion officielle de toutes les familles issues du grand schisme de 1054 ». Il fut lancé au début des années 1960 par le patriarche œcuménique Athënagoras. Les Eglises orthodoxes se sont alors engagées à travailler ensemble sur une série de sujets qui pourraient être source de tensions entre elles. La cause officielle du schisme en 1054 avait été l’introduction dans le credo de la « procession du Saint Esprit du Père et du Fils » (Filioque). Plus concrètement ce fut une méconnaissance réciproque des Eglises orientales avec Rome, ne serait-ce que pour une question de langue. Aujourd’hui le Saint Esprit est un trésor très valorisé en Orient. Au Concile Vatican II les invités orthodoxes firent naturellement remarquer au frère Y. Congar, actif rédacteur de Lumen Gentium (Constitution dogmatique sur l’Eglise, 21.11.1965) que ce renouveau essentiel de l’ecclésiologie latine ne donnait à l’Esprit Saint qu’un rôle de « saupoudrage ». Ce qui mit le théologien au travail sur la place du Saint Esprit dans ses trois derniers ouvrages, en un seul volume aujourd’hui.

 

Pour ce qui est des discussions internes à la théologie orthodoxe il y a surtout le statut canonique de la diaspora (les orthodoxes dans le monde occidental), la primauté du Patriarcat de Constantinople et la hiérarchie entre les Patriarcats. L’essentiel du conflit venait de la rivalité entre Moscou et Constantinople. Elle est apparue encore en 1996 dans une querelle au sujet de l’Eglise en Estonie : une Eglise orthodoxe sous la juridiction de Constantinople et l’autre (plus importante numériquement) sous celle de Moscou. A tel point que les deux Eglises ont rompu pendant un certain temps la communion qui les unissait. Les problèmes politiques sous-jacents jouaient leur rôle, avec l’hégémonie soviétique et le rôle du Patriarche Alexis. Mais sont venus des « vents favorables » qui ont soufflé tant sur le bord du Bosphore que sur les rives de la Moskova. C’est le patriarche Kyrill, chargé des relations extérieures du Patriarcat de Moscou qui a succédé au Patriarche Alexis. De même en quelques années ont été élus de jeunes primats souvent présentés comme des personnalités déterminées et ouvertes : Chrysostomos à Chypre (2006), Daniel en Roumanie (2007), Hieronymos à Athènes (2008), Irinej en Serbie (2010). « Aujourd’hui la conjoncture orthodoxe est favorable à une meilleure coopération » a déclaré Carol Saba, porte-parole de l’Assemblée des évêques Orthodoxes de France. « Les Eglises ont compris que la stratégie de confrontation était nuisible à tout le monde. Dans le contexte de globalisation, de crise morale et financière, l’orthodoxie a une voix et un témoignage à faire entendre ».

 

Ce concile panorthodoxe préparé par de nouvelles réunions et discussions depuis 2008, donne des présages prometteurs, comme la visite du Patriarche œcuménique Bartholomeos à Moscou, côte à côte avec le Patriarche Kyrill de Moscou dans une procession à Saint Petersbourg (La Croix, 30/09/2010). Mais « ce devrait être le Patriarche de Constantinople qui aura la primauté d’honneur du Concile organisé par Bartholomeos, Kyrill prenant le leadership de l’orthodoxie quel que soit le rang qui lui serait reconnu » (B. Le Leannec). Le patriarche de Moscou est un fin diplomate, plus jeune que ses interlocuteurs de Rome et de Constantinople et il est sans doute significatif qu’il ne ménage pas ses efforts de rapprochement avec Rome pour une éventuelle rencontre avec Benoît XVI qui manifesterait son rôle de leader.

 

Au-delà de ces questions personnelles de primauté patriarcale, il pourrait y avoir une question grave qui grève le Concile Panorthodoxe. Il peut risquer d’être et de paraître comme un « concile de fermeture » face au monde actuel sous influence des écrivains antimodernistes qui traversent la majorité des églises orthodoxes. Des positions sont manifestées concernant la morale, spécialement la bioéthique. Quelle place sera donnée aux jeunes orthodoxes, quelle place pourrait être reconnue aux femmes jusqu’à un ministère? Les théologiens représentent une chance d’ouverture car ils sont le plus souvent des laïcs, compétents et œcuméniques.

 

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