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CHAGALL (1887-1985) ET LA BIBLE

Publié le Mercredi 1er juin 2011

CHAGALL  (1887-1985)  ET LA BIBLE

Chagall (1887-1985) Dieu crée l’homme, 1931, Gouache sur papier, Nice, Musée national Marc Chagall

 

 

« Je me suis référé au grand livre qu'est la bible. Dès mon enfance elle m'a rempli de visions sur le destin du monde et m' a inspiré dans mon travail. Dans les moments de doute, sa grandeur et sa sagesse hautement poétique m'ont apaisé. Elle est pour moi comme une deuxième nature » (1970)

 

Le musée d'art et d'histoire du judaïsme présente une exposition sur le rapport de Chagall et la Bible.

Chagall n'a cessé d'illustrer des pages de la Bible tout au long der sa longue vie (il meurt presque centenaire), et ce d'une manière très originale.

 

Ainsi, la Bible est centrale dans son imaginaire pictural, au-delà même de ses travaux précisément dédiés à l'illustration de la Bible, comme si, au fil de son œuvre, il clamait que le plus grand trésor du peuple juif, c'est la Torah.

Son œuvre est passionnante pour qui s'intéresse aux histoires de la Bible, il les interprète avec liberté et audace. Il explore de multiples épisodes, à partir desquels il aiguise son imagination et affine son regard sur le monde qu'elle décrit. Chagall dit lui-même que la Bible est pour lui la plus grande source de poésie de tous les temps.

 

On peut regarder l'œuvre de Chagall très simplement, comme si on regardait une bande dessinée, mais aussi avec un regard de théologien, ou de bibliste, ou d'historien des commentaires ou autres textes juifs (Talmud, Midrash, haggadah). Chagall bondit facilement du texte à la légende, de l'interprétation savante à la tradition populaire, des hommes de la Bible aux habitants de villages juifs. Il mêle la poésie du rêve à la richesse de la réalité.

 

Chagall paraît adepte d'un judaïsme moins juridique que piétiste, porté au mysticisme, à la dévotion individuelle, qui pourrait être assez proche de l'orthodoxie chrétienne du début du 19e, connue avec Les récits d'un pèlerin russe.

 

Une caractéristique de Chagall est tout autant sa polychromie, parfois aux dépens du dessin, sa peinture est un véritable jaillissement enchanteur de la couleur, que sa liberté totale vis à vis de l'espace pictural. En effet il défie les points de fuite et la perspective, il s'affranchit des lois de la pesanteur et des échelles. Il fait intervenir des êtres oniriques et des animaux auprès de personnages historiques, ça plane dans tous les sens.

 

Son œuvre est luxuriante, il a pratiqué toute les techniques artistiques sur papier, sur toile, en sculpture ou en vitrail (hôpital Hassadah de Jérusalem, cathédrales de Metz ou de Reims par exemple). Chagall n'a pas de problème à exécuter une œuvre pour une église chrétienne, il a le sentiment de l'universel, il croit en la fraternité humaine, il croit que la bible fait que les hommes sont capables de se rejoindre malgré les multiples partitions religieuses. En effet, le but de Chagall fut moins de produire un document historique sur le peuple juif que d'exprimer une spiritualité commune à tous les hommes suivant en cela l'exemple de Rembrandt (voir notre article sur l'exposition Rembrandt et le visage du Christ).

 

Après la Shoah, Chagall a repris pas moins de 360 fois le thème de Jésus crucifié, avec le châle de prière autour des reins : en arrière plan apparaît une humanité mal traitée, des juifs persécutés. Mais le crucifié garde un visage pacifié. Chagall s'insère dans le mouvement initié dans les années 1950 par le Père Marie-Alain Couturier, qui après les horreurs de la Shoah, déclarait que tout artiste, qu'il soit chrétien, juif ou communiste, est doué d'un potentiel créateur qui dépasse les limites de sa confession ou de ses convictions, et que l'art est de nature à véhiculer la spiritualité, sa contemplation menant le fidèle à Dieu. Chagall dit par exemple : «  Ces tableaux, dans ma pensée, ne représentent pas le rêve d'un seul peuple mais celui de l'humanité... et tous, quelle que soit leur religion, pourront y venir et parler de ce rêve, loin des méchancetés et de l'excitation ».

 

Fr F. Boespflug, professeur d'histoire des religions à la faculté de théologie catholique Marc-Bloch de Strasbourg publie un passionnant essai dans le catalogue de l'exposition, sur les théophanies bibliques dans l'œuvre de Chagall qu'il présente comme l'un des rares peintres modernes « à avoir donné un prolongement têtu et inventif à certains sujets théophaniques qui trouvent leur source littéraire dans le Pentateuque ou les livres prophétiques de la Bible, alors que ces thèmes étaient délaissés par les artistes occidentaux depuis la fin du 19e ». Ces sujets sont traités en toute liberté, avec leur portée sacrée et leur caractère d'intervention divine chargée de sens et de promesses. Le buisson ardent est un sujet presque aussi fréquent que l'hospitalité d'Abraham dans l'œuvre de Chagall. L'image de Dieu offerte est celle d'un Dieu d'amour et de paix. « L'ange qui porte dans ses bras Adam endormi, et qui se retourne pour suivre des yeux et interroger la volonté du Créateur, dit tout, c'est le charme unique des œuvres d'art de faire tout comprendre sans mots. [..] Cette gouache exprime de manière condensée les sentiments de profonde confiance que l'artiste a reçu de sa famille et du hassidisme, ce mouvement de mystique juive populaire fondé sur le sentiment de la présence de Dieu en tout chose, la sincérité et l'élan du cœur, et de fait, très éloigné d'une perception analytique et érudite de la Bible. L'alliance que Dieu a conclue avec l'humanité, affirme Chagall à travers son œuvre, est irrévocable depuis le déluge et l'arc en ciel de la décrue des eaux. Elle permet aux humains de s'abandonner dans les bras de l'Eternel. La création artistique elle-même est un acte de confiance et d'abandon : « Quand Chagall peint, on ne sait pas s'il dort ou s'il est réveillé. Un ange se trouve certainement quelque part dans sa tête » (Picasso). »

 

L'œuvre de Chagall donne à rêver et à espérer.

 

 

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