En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

MASCULIN - FEMININ : La question du genre (gender)

Publié le Jeudi 16 juin 2011

MASCULIN - FEMININ : La question du genre (gender)

MASCULIN - FEMININ : La question du genre (gender)

 

 

Parmi les questions d’Actualités débattues en France aujourd’hui, celle de l’identité ne fait pas consensus, qu’il s’agisse de l’identité culturelle, nationale, sociale. Mais il est aussi un débat difficile, celui de l’identité sexuelle : c’est la question du genre- gender.

 

La réalisatrice Céline Sciammaa dans son film Tomboy (garçon manqué en anglais) pose un regard personnel et sensible sur une fillette qui se voudrait garçon. Une excellente introduction concrète à la discussion « masculin-féminin », « genre-gender ». Un enfant de 10 ans emménage dans un nouvel appartement avec sa petite sœur, son père et sa mère qui est enceinte. Lisa, une petite voisine demande à l’enfant son nom. Réponse hésitante : « Michael ». Voici donc un enfant qui va jouer avec la bande de garçons du quartier. L’enfant qui est en fait une fille, Laure, multiplie les parades pour éviter d’être démasqué(e), d’autant que Lisa s’est éprise de lui, l’embrasse et le farde. La mère est complice : « Je veux bien que tu joues au garçon, cela ne me fait même pas de la peine ». Mais nous sommes en août avec les inscriptions scolaires et c’est bien le prénom de Laure qui sera donné et non celui de Michael. Avec le dénouement, c’est le drame de l’identité qui est suggéré. Dans le Sylvia Scarlett de Cukor (1935). Katherine Hepburn ne faisait que se déguiser par jeu en garçon. Et combien de petits garçons ont été habillés avec des robes de fillette aux siècles précédents ? Céline Sciammaa va beaucoup plus loin avec une délicate mais suggestive réflexion sur l’identité, sur la liberté de se choisir une vie, sur la manière dont les adultes vous regardent et peuvent vous cloisonner, vous condamner, pour vous ramener à une normalité. C’est la délicate question du « genre ».

 

Le « genre » est la traduction de l’anglais « gender ». Pour les sciences sociales le genre est présenté comme « une construction sociale et culturelle sans détermination par le sexe biologique ». Cette définition met en valeur deux fondements pour qui la défend. D’abord il n’y aurait pas d’essence masculine et féminine fondées en nature. Le masculin et le féminin sont des constructions historiques et sociales. Mais aussi ces constructions assurent la domination du masculin sur le féminin. C’est donc le genre qui précéderait le sexe et contribuerait à le produire. Dès lors l’hétérosexualité n’apparaît plus comme « naturelle », mais comme une norme du genre, sans que la réalité biologique soit nécessairement niée. Différentes formes de militantisme prennent appui sur le concept de genre avec ses diverses acceptions : des mouvements féministes, des mouvements gays ou lesbiens. Mais la réflexion se veut aussi fondamentale (« gender studies »). Pour Françoise Héritier, anthropologue, les différences anatomiques correspondent à une bipartition universelle, alors que pour Judith Butler et de nombreuses auteures américaines, le sexe n’est pas une réalité physique indépendante, il est aussi une construction sociale.

 

Le débat se devait de rejoindre la réflexion théologique. Les questions de genre constituent certainement l’un des deux principaux fronts, avec la bioéthique, sur lesquels se mobilisent aujourd’hui les autorités catholiques romaines. Il y a l’impact politique que ces questions peuvent avoir sur la reconnaissance du mariage gay et de l’homoparentalité. Plus fondamentalement, Rome veut continuer à affirmer une anthropologie « naturelle » comme vient de le faire le document de la Commission théologique internationale sur la théologie naturelle que les Actualités du CETAD ont présenté…

 

Avec l’autorité romaine, les documents sont multiples pour aborder le sujet de face ou de biais : Inter insigniores, Déclaration sur la question de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel ( Congrégation pour la Doctrine de la foi 1976) ; Mulieris dignitate, Lettre apostolique de Jean-Paul II sur la dignité et la vocation de la femme (1988) ; Ordinatio sacerdotalis, Actes du Pape Jean-Paul II, sur l’ordination exclusivement réservée aux hommes (1994) ; Lettre aux évêques de l’Eglise catholique sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Eglise et dans le monde (Congrégation pour la doctrine de la foi, Cardinal Ratzinger 2004).

 

Il était indispensable qu’au vu de la place donnée progressivement à la femme dans la société et la culture, l’autorité romaine affirme que les femmes ont une identité égale à celle des hommes. Mais cette dignité est-elle d’ordre biologique, social et ecclésial ? Le discours romain veut ne parler que du principe d’égalité en dignité des hommes et des femmes. Pour la différence des fonctions elle est présentée comme fondée en nature. Ce propos différentialiste peut apparaître comme déséquilibré. Le théologien Christian Duquoc s’interroge même sur l’aspect tactique de l’exaltation des qualités dites féminines chez Jean-Paul II pour mieux leur refuser des fonctions ministérielles (Mulieris dignitatem). Il y a une distinction entre ce qui est valable dans le monde (droits économiques, politiques, sociaux, égaux pour les hommes et pour les femmes) et ce qui marque l’exception de l’institution ecclésiale. Au sein même de l’Eglise catholique romaine la situation des femmes reste subalterne. Ainsi le fait de l’ordination réservée aux hommes célibataires est rappelé sans cesse. L’accès au diaconat pour les femmes est resté problématique et sans décision pour la Commission théologique internationale (2002) et celui du Ministère de lecteur, pourtant suggéré par Benoit XVI lors du Synode Romain sur La parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise (2008) a recueilli une opposition significative lors du vote des évêques.

 

En deçà de cette résistance répétée à la reconnaissance plénière de la femme dans la vie de l’Eglise, l’opposition au « genre » est frontale. Face aux combats féministes « radicaux » anglo-saxons (Judith Butler déjà citée) mais aussi aux courants « réformistes » (Elisabeth Schüssler Fiorenza) tels qu’ils apparaissent dans l’association  Femmes et hommes dans les Eglises (FHE) liée aujourd’hui à  Droits et libertés dans les Eglises  (DLE).

 

L’argumentation se trouve développée dans un volumineux « Lexique des termes ambigus et controversés sur la vie et les questions éthiques » du Conseil pontifical pour la famille  (2003, Tequi 2005). S’il y a bien des occurrences du terme genre et même une entrée propre, les affirmations peuvent apparaître caricaturales : position catholique fondée sur l’idée de nature elle-même identifiée à la biologie, le sexe réduit au génital. Si les particularités naturelles « étaient contrariées » cela induirait à « se rendre malheureux » et « ouvrirait au pathologique ».

 

Pour conclure, deux exemples illustrent très concrètement comment la question du genre apparaît sur le terrain liturgique. D’abord la question du choix de petites filles comme servantes d’autel. Il y aura dans l’Eglise de France selon le discernement de l’évêque, l’exclusion pure et simple des filles, ou bien des tâches mixtes aux tâches différenciées, ou la constitution de deux groupes (garçons avec aube, au service de l’autel, filles, sans aube, au service de l’assemblée, distantes de l’autel) !

 

Le second exemple est moins anecdotique et concerne l’accès des femmes au ministère réinstauré du « lecteur ». Il s’agit du Comité de la jupe  à la suite de propos tenus par l’Archevêque de Paris à l’antenne de Radio Notre-Dame. « Le plus difficile est d’avoir des femmes qui soient formées. Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête! » Protestation véhémente et mise en route d’un procès ecclésiastique qui sera retiré après excuses de l’Archevêque de Paris, reconnaissant sa maladresse, en fait révélatrice. Les Actualités du CETAD ont relaté la formation et le développement du Comité de la jupe avec Anne Soupa et Christine Pedotti. La proposition de la création d’une Conférence nationale des baptisés, ne dissociant pas les femmes et les hommes dans la vie ecclésiale, semble ne pas avoir été suivie d’un accord unanime de l’épiscopat de la Conférence nationale des évêques de France.

 

Quel avenir pour la reconnaissance du « genre » dans l’Eglise catholique romaine et surtout des vraies questions qu’elle pose ? Il faudrait que se traduise dans des actes le discours de Benoit XVI à l’occasion du 20ème anniversaire de Mulieris dignitatem où il évoque la nécessité « d’une recherche anthropologique renouvelée qui, sur la base de la grande tradition chrétienne, intègre les nouveaux progrès de la science et les données concernant les sensibilités culturelles d’aujourd’hui, contribuant ainsi à approfondir non seulement l’identité féminine mais aussi masculine » (Documentation catholique, n° 2402, 4.05.08, p. 405).

 

 

 

 

P.J.

Bibliographie :

 

à partir de Céline Béraud, « Quand les questions du genre travaillent le catholicisme », Etudes, février 2011, n°4142.

 

Céline Béraud, disciple de Danièle Hervier Léger est sociologue, auteure de Prêtres, diacres, laïcs, révolution silencieuse dans le catholicisme français, P.U.F., 2007.

 

On peut aussi consulter, « La problématique du genre », Documents Episcopat, n° 12, 2006.

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