En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Déclaration des évêques de France sur la laïcité du 5 juin 2005, quelques extraits

Publié le Dimanche 26 juin 2005

Le 5 juin dernier, les évêques de France réunis à Chevilly la Rue, se sont exprimés sur les rapports de l’Eglise catholique et de l'Etat en France depuis la Loi du 9 décembre 1905 à la suite d’une lettre envoyée par Jean Paul II le 11 février dernier qui proposait un éclairage sur des points qui restent encore en débat actuellement.

La loi du 9 décembre 1905 a été ressentie, au moment où elle a été votée, comme une violence et un véritable traumatisme par beaucoup de catholiques français après la guerre de l’école, le refus de reconnaissance légale de beaucoup de congrégations, l’expulsion de leurs membres et la rupture unilatérale des relations diplomatiques de la France avec le Saint-Siège. Cette loi a été jugée inacceptable en 1906 et 1907 par le pape Pie X dans ses encycliques Vehementer nos, Gravissimo officii et "Une fois encore ". Le pape Pie XI lui-même en 1924 dans son encyclique Maximam gravissimamque, dans laquelle il préconise la création d’associations diocésaines, ne reviendra pas sur la position de son prédécesseur.

Beaucoup de contacts, dialogues, recherches communes entre l’Eglise Catholique et l’Etat devaient faciliter la recherche de calmer les passions, de se découvrir et de s’apprécier mutuellement.

Aujourd’hui, les pouvoirs publics et l’Eglise Catholique sont ainsi parvenus à des relations plus sereines, comme le soulignait le pape Jean-Paul II : "Cette paix, acquise progressivement, est devenue désormais une réalité à laquelle le peuple français est profondément attaché. Elle permet à l’Eglise qui est en France de remplir sa mission propre avec confiance et sérénité, et de prendre une part toujours plus active à la vie de la société, dans le respect des compétences de chacun" (n. 2).

Cette expérience d’un siècle de relations entre l’Eglise catholique et l’Etat nous permet aujourd’hui de mieux définir ce que les évêques de France entendent par laïcité et d’expliciter ce qu’ils affirmaient en 1996 dans la Lettre adressée aux catholiques de France : comme catholiques, nous nous situons "dans le contexte culturel et institutionnel d’aujourd’hui, marqué notamment par […] le principe de la laïcité" (Proposer la foi dans la société actuelle, p. 20).

Le régime de laïcité est lié à la non-confessionnalité de l’Etat et à sa non-compétence en matière de foi religieuse et d’organisation interne des communautés religieuses. Ainsi les pouvoirs publics n’interviennent pas dans la vie interne de l’Eglise, et l’Eglise n’a pas vocation à gérer le politique. Cependant cette autonomie ne signifie pas ignorance mutuelle puisque l’Etat et l’Eglise sont "au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes" (Gaudium et spes). De même l’Etat de droit n’est pas indépendant vis-à-vis de l’éthique, puisqu’il est au service des droits de l’homme. Ainsi, l’Eglise ne sort pas de sa responsabilité quand elle interpelle les pouvoirs publics lorsque l’être humain ou les droits de la personne humaine et son aspect transcendant ne sont pas respectés. Donc la séparation n’empêche pas une connaissance mutuelle et le dialogue
Cette conception de la laïcité assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes. Selon cette laïcité, l’Etat a le devoir de promouvoir le droit civil à la liberté religieuse (cf. Déclaration conciliaire Dignitatis humanae). Conformément à la loi de 1905, il a le souci de la juste intégration de ces confessions religieuses dans le jeu de la vie sociale, en respectant l’inviolabilité des consciences.
Le régime de séparation, qui "ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte" (article 2 de la loi du 9 décembre 1905), établit l’exercice des cultes dans le domaine des libertés publiques, dans la foulée de la liberté d’association reconnue en 1901.
Cent ans après la promulgation de la loi, le paysage français a bien changé. Des questions nouvelles se posent… : le fonctionnement des associations cultuelles remis en question par les modifications apportées à la loi de 1901 sur les associations, l’implantation d’autres religions, notamment de l’islam, dans notre pays, notamment.

Les évêques ne pensent pas qu’il faille changer la loi de 1905. Mais, alors que la loi n’utilise pas le mot "laïcité", on en est venu à la considérer comme l’expression d’un équilibre satisfaisant des relations entre l’Etat et les organisations religieuses ; elle a acquis par là une valeur symbolique certaine.

l’Eglise catholique a proposé sa conception de la liberté de conscience et de la liberté religieuse.
La Déclaration conciliaire Dignitatis humanae rappelle la liberté de l’acte de foi : "Par sa nature même, l’acte de foi a un caractère volontaire. […] Il est donc pleinement conforme au caractère propre de la foi qu’en matière religieuse soit exclue toute espèce de contrainte de la part des hommes" (n. 10). Dans sa présence au sein de la société, l’Eglise catholique privilégie le dialogue, la rencontre, l’échange et le partage (cf. Gaudium et spes, 16).

Refusant toute attitude sectaire, elle désire contribuer à maintenir vivantes les valeurs religieuses, morales et spirituelles qui font partie du patrimoine de la France et ont contribué à son identité. Si elle intervient dans les débats de notre temps, c’est pour faire entendre sa conception de l’homme et témoigner de l’expérience dont elle est porteuse.
Elle apporte avec d’autres sa participation dans des domaines divers : la solidarité, la culture, le vivre ensemble dans les cités, la participation à de multiples associations, la présence dans le domaine de la santé, de l’éducation, de la politique, le soutien aux familles, la consolidation des liens avec l’ensemble des Eglises chrétiennes et les autres religions… Mais elle offre surtout ce qu’elle a en propre et qui est sa raison d’être : faire connaître le Christ, source de renouvellement intérieur et de fraternité ouverte à tous.

Jean-Paul II demandait que le centenaire de la loi du 9 décembre 1905 soit l’occasion pour tous les catholiques d’un engagement renouvelé et d’un plus grand service de tous : "J’encourage les catholiques français à être présents dans tous les domaines de la société civile, dans les quartiers des grandes villes comme dans la société rurale, dans le monde de l’économie, de la culture, des arts, comme de la politique, dans les oeuvres caritatives comme dans le système éducatif, sanitaire et social, avec le souci d’un dialogue serein et respectueux avec tous. Je souhaite que tous les Français travaillent main dans la main à la croissance de la société, afin que tous puissent en bénéficier" (n. 8).



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