En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Guy Coq : La laïcité et l’école de la République

Publié le Dimanche 26 juin 2005

Cette semaine et dans les semaines à venir, vous nous vous proposons parmi les Actualités une suite de trois articles sur le thème de la laïcité. Il s'agit de notes rédigées à partir de conférences de M. Guy COQ, (journaliste, agrégé de philosophie, président d’Emmanuel Mounier) qui nous a aimablement autorisé à les mettre sur notre site CETADNET".

Introduction

Les phénomènes religieux reviennent à la une de l’actualité, manifestant aujourd’hui que, plus radicalement que l’appartenance aux Eglises ou aux confessions religieuses, le sentiment religieux, l’expérience religieuse ne peuvent plus être enfermés dans la vie privée comme l’aurait voulu une conception trop étroite de la laïcité. La question du sens de la vie est l’une des dimensions fondamentales de l’existence humaine. La religion, comme faculté de vivre et de dire cette espérance, doit pouvoir trouver plus sereinement sa place dans le concert de convictions qui fait la République.

L’Eglise n’a pas toujours été ouverte sur la religion des autres. Dans le passé, elle avait une position prépondérante, en particulier dans le système scolaire et c’est contre elle que s’est élaborée la notion de laïcité. En 1905, l’Eglise catholique a perçu la laïcité et les lois de la République comme une machine de guerre pour limiter son influence sur les consciences et son poids sur les institutions. Le politique a revendiqué et organisé son autonomie. Depuis un siècle un certain équilibre a été trouvé où chacun des partenaires, Eglise et Etat, a finalement trouvé son intérêt.
Et surtout, l’Eglise catholique a largement révisé sa compréhension de la liberté religieuse, d’abord pour ses membres, puis pour la religion des autres. Vatican II a explicité et officialisé une évolution considérable sur ce point, notamment dans le décret sur la liberté religieuse, en apprenant à lire l’œuvre de l’Esprit Saint en toute recherche spirituelle, croyante ou non croyante
Dès lors, 100 ans après les lois de la séparation, l’Eglise catholique, en raison de son expérience et de ses convictions, n’est-elle pas en mesure d’apporter une contribution originale à l’invention d’une laïcité plus ouverte au moment où d’autres religions, en particulier l’Islam, prennent une place plus manifeste dans notre société ? Les chrétiens peuvent-ils avoir un apport spécifique dans le débat public ?

La question de la laïcité a déjà une longue histoire derrière elle. Si nous nous en tenons à la seconde moitié du XXeme siècle, la querelle laïque a été un élément structurant de la vie politique française. Elle était centrée sur la question des deux écoles dès après guerre et se posait en ces termes : l’Etat doit-il financer l’école privée catholique ?
La loi Debré a tranché cette question. Elle reconnaît une fonction utile à l’école privée et offre des contrats, transgressant ce qui était plus ou moins un slogan à l’époque : « pas de fonds publics pour le privé ».
La dureté des affrontements (10 millions de signatures contre la loi Debré) ne se retrouve pas dans la poursuite de cette querelle, par la suite centrée strictement sur la question de la dualité du système scolaire. Cette lutte va se heurter à deux butoirs : le mouvement pour la liberté de choix s’opposant à la volonté de la gauche, au début du septennat de François Mitterrand, d’unifier le système scolaire : « un seul service public, une seule école » ; et la limitation obtenue par l’opposition autour de 1993-94 d’une mise à égalité du service privé et du service public au regard de la république proposé par F. Bayrou.

Depuis lors, nous vivons sur les acquis de ces deux butoirs. D’un côté, on a abandonné le projet d’unification du service public en matière scolaire ; de l’autre, on reconnaît que la laïcité implique un lien particulier de la République avec l’école.

Dans les années 1980-90 cependant, un tournant se produit. On voit s’affirmer un retour de la laïcité comme enjeu important de la société. Ce renouveau de la réflexion sur la laïcité est suscité par trois questions : la religion à l’école, question posée en premier par la Ligue de l’enseignement en 1982 ; les racines religieuses de l’Europe en débat ; la question de l’Islam et de la place plus manifeste que prend cette religion dans le cadre classique de la laïcité.
Plus profondément, ce qui provoque le retour de la réflexion sur les grands principes de la laïcité, c’est l’effondrement de toutes les utopies qui pousse à réviser ses fondamentaux, y compris l’idée de République.


Une définition de la laïcité

La définition communément admise de la laïcité fait référence à la globalité du peuple (en grec « laos »). Or cette définition fait déjà problème du point de vue étymologique. En effet « laos » ne renvoie pas à un ensemble global mais, en grec, au peuple opposé au chef voire distingué des clercs ; et dans la tradition judéo-chrétienne, ce terme renvoie au peuple élu, au peuple d’Israël. Cette définition n’est donc pas aussi évidente qu’elle n’en paraît.
Pour que soit affirmé clairement et consciemment le principe de laïcité qui renoue avec l’idée première de la philosophie grecque et du christianisme, trois niveaux de sens complémentaires sont à distinguer.
La laïcité est d’abord un cadre neutre de coexistence de pluralité de religions, de philosophies et de cultures. Elle signifie un certain mode de construction de la société de telle manière que cette pluralité soit accueillie.
A un deuxième niveau, se pose la question de la fondation de cet accueil du pluriel. Et la réponse s’impose : la laïcité est structurellement liée à la définition d’un certain nombre de valeurs : la laïcité appelle l’ouverture à l’autre, le désir de le reconnaître dans son altérité, mais aussi le goût de cette rencontre, la liberté de conscience, de pensée, la liberté religieuse. C’est bien un ensemble de valeurs qui entrent dans la définition de la laïcité. Ce niveau, l’un des plus négligés du système éducatif actuel, ne doit pas être réduit à trop peu de mots.
Enfin, à un troisième niveau, on désignera la laïcité comme une forme d’institution de l’espace social. On peut y expliciter alors deux principes jumeaux : l’autonomie et la distinction. La société laïque est autonome : elle ne se fonde pas sur l’hétéronomie d’un sacré, d’une religion qui la surplomberait. Elle se présente comme le produit de l’interaction des êtres humains entre eux et par conséquent du ressort de leur responsabilité. A cet égard, la laïcité est très liée à la démocratie, car celle-ci renvoie à la souveraineté du peuple. En même temps, s’il y a autonomie de la société, il est impossible de confondre ses institutions avec celles d’une religion. De ce niveau découle un principe de distinction.
Dans l’histoire, la distinction s’est appelée « séparation ». C’est la loi de 1905, loi mal connue, notamment l’article 4 qui accorde aux religions le droit d’une organisation propre. De ce fait, reconnaître qu’une religion est de statut privé, c’est exprimer la distinction mais ce n’est pas interdire une expression dans l’espace public, une visibilité sociale. Le principe de la laïcité n’est pas le laïcisme tout comme il est différent de la sécularisation puisque ce terme désigne un recul global de l’influence des religions.

(A suivre…)

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