En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

IL Y A 40 ANS : VATICAN II (suite)

Publié le Mercredi 15 octobre 2003

Les deux précédents articles de cette rubrique donnaient une introduction générale(§1) puis un aperçu sur Jean XXII et l'ouverture du concile Vatican II (§2)
Nous vous proposons ci-après quelques éléments sur le fonctionnement du Concile.
Si vous souhaitez approfondir le concile Vatican II, ou relire les articles précédents contactez-nous soit par ce site (rubrique "Dialoguer avec des théologiens") soit directement par mail adressé à cetad@libertysurf.fr

3) Comment fonctionne le concile Vatican II ?

Comment réussir à faire travailler ensemble plus de 2000 évêques venus de toutes les parties du monde ? A cet effet, regardons quelques aspects du fonctionnement du concile.

Congrégations générales et commissions
La majorité des évêques ne sont physiquement présents à Rome que pendant les sessions qui ont lieu d’octobre à fin novembre ou début décembre.
Les congrégations générales qui réunissent l’ensemble des évêques (« les pères du concile ») ont lieu dans saint Pierre de Rome où des tribunes sont disposées en vis-à-vis tout au long de la nef centrale ; dans cette aula (salle), les évêques sont placés selon leur date de première nomination, les plus récemment nommés se trouvant au plus loin de l’autel. Cette assignation de place fait que les pères d’un même pays sont dispersés.
Les congrégations générales ont lieu le matin et se terminent vers 13 heures. Elle débutent par une messe, célébrée dans les divers rites de l’Eglise. Ce n’est qu’à partir de la 3ème session du concile, suite au vote de la constitution sur la liturgie, que cette messe sera concélébrée. Aussitôt après la messe, a lieu l’intronisation de l’Evangile lequel est solennellement placé sur un support bien en vue, façon de rappeler que c’est le Christ qui préside au concile.
Pour intervenir en cours de congrégation il faut s’être fait inscrire au préalable. Le temps de parole est limité : de dix minutes au début du concile, il sera ramené à huit minutes. Outre les interventions orales dans l’aula, les pères peuvent déposer leurs observations par écrit pour traitement par la commission concernée. Si le temps de parole alloué à un évêque reste le même, le poids de son intervention varie selon qu’il s’exprime en son nom propre ou au nom d’un groupe d’évêques, par exemple au nom de la conférence épiscopale d’un pays. A partir de la 3ème sessiondu concile, les évêques de la « minorité » (conservatrice) occuperont souvent le terrain dans l’aula mais avec une représentativité faible par rapport à ceux qui dans le même temps alloué s’exprimaient au nom d’un groupe plus ou moins important.

En dehors des sessions, le concile ne s’arrête pas : à partir des documents préparés en vue des débats, ou à partir des éléments issus des débats, les commissions travaillent pendant les inter-sessions et aussi pendant les sessions. Pendant les intersessions, les évêques membres des commissions viennent occasionnellement à Rome lors des réunions de leur commission, dont la plupart des experts et théologiens restent le plus souvent présents à Rome.

Le latin, langue commune ?
La langue commune du concile est le latin, langue officielle de l’Eglise, qui est utilisée dans les débats en congrégation générale et en principe dans les commissions. C’est en latin que sont rédigés les textes préparatoires remis aux pères. De même la version officielle des textes adoptés par le concile est en latin. Une langue commune offre de grands avantages, et de plus la langue latine permet une précision (juridique) de l’expression que ne rendent pas toujours les traductions dans les langues des divers pays.
Cela dit, les pères ne maitrisent pas tous le latin de la même façon. On estime qu’environ un tiers seulement des pères peuvent s’exprimer directement en latin ; les autres, qui n’en ont qu’une maitrise approximative, font soit traduire préalablement leur intervention orale par un expert, soit remettent leur intervention ou demandes de modification (modi) par écrit à la commission compétente. A la difficulté de s’exprimer en latin, s’ajoute celle de la prononciation qui varie beaucoup selon les pays d’origine et qui constitue une dificulté supplémentaire pour la compréhension mutuelle.
L’emploi d’une traduction simultanée a été envisagée (une société l’avait proposée gratuitement) mais n’a pas été retenue. Les observateurs du concile, en revanche ont pu en bénéficier, en sorte qu’ils suivaient les débats parfois plus facilement que certains pères !
A noter que certains pères d’Eglises orientale rattachées à Rome se sont volontairement exprimés dans une autre langue que le latin, en l’occurrence en français.

Le concile ne fonctionne pas seulement pendant les congrégations générales
Les congrégations générales ont lieu le matin et elles n’ont pas lieu tous les jours, il y a des wzeek-end … les Pères ont donc du temps libre en dehors des congrégations, et si certains en profitent pour faire un peu de tourisme, globaleemnt ce temps « libre » est aussi important pour le concile que les congragations officielles.
Les pères en profitent pour se recycler théologiquement, notamment pendant les deux premières sessions du concile : il y a alors, un peu partout dans Rome, des conférences où s’expriment ces théologiens mis à l’écart à la fin du régne de Pie XII et qui sont présents à Rome, soit à titre d’expert d’un évêque, soit nommés par Jean XXIII comme expert dans une commission. Les pères de Lubac, Congar, Rahner, Danielou, Chenu, pour ne citer qu’eux, se multiplient ainsi en conférences auxquels les évêques se pressent nombreux.
Et puis il y a les rencontres entre évêques, d’abord là où ils habitent : dans une même maison sont souvent hébergés des évêques de divers continents ; et puis dans les multiples réunions et manifestations qui ont lieu un peu partout. C’est aussi cela le concile : les évêques, qui ne se connaisaient pas avant le concile, se rencontrent, discutent … la collégialité se met en place dans les faits avant d’arriver, non sans difficulté, à se dire dans les textes.

Un concile ne fonctionne pas comme une assemblée parlementaire
Contrairement aux apparences, l’assemblée conciliaire ne fonctionne pas comme une assemblée parlementaire. Sans doute, comme dans tout groupe humain important, y a-t-il des tendances, des lobbys, des groupes de pression etc, et la psychologie des groupes s’applique dans un concile comme dans toute assemblée. C’est ainsi, par exemple, que les applaudissements, théoriquement proscrits par le règlement, jouent leur rôle quand ils éclatent spontanément : ils font connaître connaître le « sentiment » d’approbation d’une assemblée qui n’a pas en fait d’autres moyens de l’exprimer sur le champ. De même, à l’opposé, les « murmures » de l’assemblée.
Mais entre une assemblée parlementaire et un concile, il y a une différence fondamentale. En effet dans une assemblée parlementaire c’est la loi du plus fort qui prévaut, étant admis que le plus fort est le plus nombreux : nous sommes là dans un système de pouvoir où une majorité l’emporte sur une minorité, il y a un vainqueur et un vaincu dans un système politique de régulation de la violence. S’il y a bien dans un concile, comme dans tout groupe humain, des jeux de pouvoirs, néanmoins un concile ne fonctionne pas fondamentalement sur le registre du pouvoir, mais bien sur celui de l’expression d’une vérité. Il s’agit, en effet, de mettre au point un texte dont la formulation recueille finalement le « consentement unanime des Pères ». A cet effet, le texte est progressiveemnt « bricolé », suivant une procédure originale (très différente des procédures parlementaires) et complexe jusqu’à obtenir ce consensus des Pères. Tout au long de la mise au point les Pères doivent s’exprimer en conscience. Lorsqu’une version du texte a été approuvée (parfois laborieusement) dans ses grandes lignes, les Pères ont encore la possibilité de faire jusqu’au bout des demandes de modifications de détail ou de manifester leur refus par un vote négatif. La ou les commissions compétentes amendent progressiveemnt le texte jusqu’à aboutir à une version qui recueille le consensus de pratiquement tous les Pères. Au vote final, il ne reste que quelques Pères (en général moins d’une dizaine par rapport à plus de 2000 votants) dont le vote reste en conscience négatif. On considère alors que le consensus est acquis et le Pape promulgue le texte, puis tous les Pères approuvent le texte par leur signature, même les quelques Pères qui en conscience ont voté négativement, et qui alors apposent leur signature en signe de communion avec toute l’Eglise.
A la différence d’une loi parlementaire, un texte conciliaire ne résulte donc pas d’une majorité qui l’emporte, parfois de quelques voix seulement, sur une minorité. Au concile il n’y a en final ni vainqueur ni vaincu, ni majorité ni minorité, car, répétons-le, l’on n’est pas dans un système de pouvoir, mais d’expression de la vérité à un moment de l’histoire. Or cette vérité ne peut dépendre de quelques voix pour ou contre. D’où le poids singulier des textes conciliaires qui, s’ils ne sont pas « inspirés » (seule la Bible est inspirée), sont « assistés » par l’Esprit Saint.

Partagez cette page :

Posez-nous votre question

Articles récents

Vivre avec nos morts
Projet de loi sur l’euthanasie
Projet de loi sur l’euthanasie
Publié le Vendredi 16 avril 2021
"Bénir" les couples homosexuels
Publié le Mercredi 31 mars 2021
Le voyage du pape à Our et à Ninive (Irak)
Le voyage du pape à Our et à Ninive (Irak)
Publié le Vendredi 5 mars 2021
Tous les articles
cours en ligne

Pour aller plus loin, participez à nos cours en ligne

Voir les cours

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux

© Cetad 2021 - Tous droits réservés