En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Confessions. Secrets

Publié le Mercredi 29 janvier 2020

Confessions. Secrets

 

Confessions. Secrets

Deux mots, deux pluriels, pour marquer la diversité de chacun et leur distinction.
Pour tenter de poser autrement la question du « secret de la confession », exacerbée aujourd'hui à l'occasion des procès de pédocriminalité. Pourquoi insister sur le « secret de la confession » ?

I -  De la confession de foi publique à la réconciliation communautaire

Ce sont les communautés chrétiennes qui confessent leur foi.

Les baptisés demandent et reconnaissent le don de l'alliance avec Dieu. Signe communautaire d'un don, qui est « pardon » public, célébré publiquement avec l'invention progressive de la liturgie du baptême. C'est l'onction de l'Esprit qui scelle cette alliance, consentement réciproque et conversion. C'est l'obéissance de la foi, confession de foi.
Va se poser très vite la question des ruptures avec les « apostats » qui ont pu avoir peur du martyre par exemple. En effet leur rupture défigure le visage voulu par Jésus Christ, voulu « sans tâche ni ride » (Ep 5, 27). C'est donc en fonction de la communauté chrétienne et de son témoignage sur la question de la rupture qu'il va falloir « inventer ».

Sans doute est-ce avec la possibilité de la correction fraternelle qui est déjà présente chez Matthieu (Mt 18, 15. 18) ; mais si elle n'aboutit pas, c'est l'exclusion (1 Co 5, 3.5 et 1 Tm 1, 20). Le pardon avec la prière de la communauté chrétienne est peut-être envisagé lors de l'onction d'un malade ( Jc 5, 14-15). Mais, en dehors de ce cas, il est clair que la communauté chrétienne est renvoyée à ses responsabilités.

Après le témoignage du Pasteur d'Hermas (160?), c'est le théologien Tertullien (160-220) qui prend le risque d'un nouveau sacrement «la réconciliation », présenté comme une « seconde pénitence », « qui puisse ouvrir aux pécheurs qui frappent à la porte » (De la pénitence 7, 10), mais « une fois seulement ». C'est alors la communauté qui accueille le pécheur et, donne un signe public de la réconciliation. Le vocabulaire souligne bien le caractère communautaire du pardon pour le péché. Avec des obligations très strictes qui pouvaient amener certains (Constantin par exemple) à réserver « in extremis » cette planche de salut !

 

II - De la réconciliation publique à la confession privée

La réconciliation de la communauté avec le pécheur public reconnu comme tel va perdurer au moins trois siècles. C'est dans le contexte de l'essor missionnaire et monastique en Irlande et dans les pays anglophones qu'une nouvelle étape se révélera nécessaire et possible. Quand les nouveaux monastères avec leur Père Abbé devront accueillir dans leur communauté des candidats à la vie monastique, ceux-ci devront « confesser secrètement » leur passé qui pouvait être considéré comme faute ou péché (brigandage, meurtres...). Tout le vocabulaire devenait nouveau : « aveu secret » des fautes qui pouvaient être tarifiées, avec la pénitence en conséquence. Ainsi « naît » la confession privée. Cette nouvelle forme de démarche pénitentielle fut

contestée dans l’église au nom de la discipline ancienne. Mais cela aboutit à une co-existence-concurrence des deux formes de pardon-réconciliation. A péché grave public, pénitence public. A péché occulte, pénitence secrète.

 

III- La confession, pénitence privée, secrète

C'est la confession, pénitence secrète, qui va se développer. Le concile de Latran en 1215 demande aux chrétiens de se confesser chaque année : « faire ses Pâques ».

Au 16ème siècle, le concile de Trente s'efforcera de montrer que la confession secrète n'est pas étrangère à ce que demande le Christ, à l'intérieur de toute une « construction » de la théologie des 7 sacrements.

Puis, dans le contexte de la Contre-Réforme, on fit porter l'insistance sur le rôle du ministère et l’importance de l'aveu. Le développement de la « direction spirituelle » au 18ème siècle va déplacer le sacrement de la pénitence vers une démarche privée au détriment de son caractère ecclésial, avec des incidences profondes, moralisatrices, sur le sens du péché.

Au 20ème siècle, ce sera l'importance de la confession qui sera remise en cause du fait, sans doute, de la déchristianisation, mais tout autant de la « mal-façon » de la présentation du sacrement, devenu obligation disciplinaire, plus sociale qu'ecclésiale, pénitentielle que « pénitente », avec une pseudo-théologie du péché et du mérite.
Que dire du « billet de confession » nécessaire pour la première eucharistie de l'enfant et de la confession avant la communion eucharistique ? Toute une théologie des sacrements a pu ainsi dénaturer la démarche chrétienne. Le pardon n'est-il pas premier pour dévoiler le péché, plus que tout examen de conscience ? On doit reconnaître aussi de grosses « perversions » dans la pratique de la confession, notamment dans certains monastères, avec de nouvelles congrégations, mais aussi pour des laïcs et laïques, avec des enfants...

 

IV -  Restauration ou renouveau de la confession

Devant la désaffection de la pratique de la confession, il y a eu dès 1950 des tentatives pastorales intéressantes. Dans de nombreuses paroisses, en France notamment, ont été élaborées des « dimanches communautaires de pardon ». C'était la communauté qui était invitée, mais il ne s'agissait pas d'absolution collective. Présence de ministres du pardon, échanges fraternels entre voisins et invitation à des rencontres personnelles pour qui le souhaiterait. Lectures bibliques choisies, avec monitions ou prédications. Ce qui était souligné, c'était la célébration communautaire, ecclésiale, avec insistance sur la théologie de la Parole retrouvée à Vatican II.


Par contre, c'est la confession individuelle qui est demandée et soulignée dans les « plages » de confession, le plus souvent à l'occasion de rassemblements forts comme les Journées Mondiales de la Jeunesse. Le rassemblement souligne le caractère ecclésial, peut-être plus encore que le ministre du pardon lui-même, ce qui est vrai dans toute confession qui doit être ecclésiale pour être sacramentelle. Le pénitent ne se confesse pas à Dieu directement. Cependant les jeunes attendent aussi un « dialogue personnel ». On peut supposer que, dans un univers très collectivisé, en même temps que très individualisé, il y ait pour beaucoup une demande d'intériorité, alors même qu'ils-elles sont submergés d'informations éclatées et massives à la fois.
Il se peut qu'il y ait alors une demande de silence autant que d'écoute dans ces « nouvelles confessions » ? Mais cette demande ne pourrait-elle pas relever de la psychologie thérapeutique ?

Comment peut être mise en valeur la dimension « théologale » de la confession ? IL ne saurait s'agit du soulagement de l'absolution, ce qui serait une réduction très psychologique. Le don de Dieu n'est pas postérieur à une confession, il est antérieur à celle-ci. C'est le don de Dieu qui a suscité la démarche de pardon. La pénitence n'est pas « peine » : pénitentiale, mais « manque encore » paenitentia.

La réaction théologale est celle de ce qu'il faut bien entendre : « Encore ! Encore ! Il manque, il n'y a jamais assez de ce don de Dieu qui est pardon (paene- : pas assez, encore!).

Il ne s'agit plus de « se confesser », mais de « confesser Dieu », un Dieu toujours prêt à pardonner le fils perdu, avec une attente miséricordieuse. Confesser Dieu doit être le point de départ d'une démarche de confession.

 


V- Confessions privées, confessions secrètes, secret de la confession.

C'est le caractère privé de la confession qui va lier confession et secret (de la confession). Secret : « mettre à part, garder à part » ; il y aura un sceau du secret. Secret d'état, « secret défense ». Mais aussi « secret du cœur », « fonds secrets ». Le secret de la confession sera d'autant plus « secret », si la confession devient un des sept sacrements confirmés par le concile de Trente.

« Secret, sacré ». Mais n'est confirmée que la confession privée (pénitence et réconciliation). Le rappel de l'inviolabilité du secret de la confession par la Pénitencerie apostolique (01/07/2019) peut être regretté alors qu'un Motu proprio imposait aux prêtres l'obligation de dénoncer les abus sexuels dont ils auraient connaissance (La Croix 10/05/2019).

La sagesse ne serait-elle pas celle de Luther, ne reconnaissant que les sacrements du baptême et de l'eucharistie ? Ce qui n'exclut pas la reconnaissance publique du pardon de la communauté chrétienne.


Patrick Jacquemont, CETAD,  

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