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Exposition le Cantique des cantiques illustré par Kupka

Publié le Mercredi 11 janvier 2006

František Kupka (1871-1957), à la fois connu comme peintre symboliste et comme précurseur de l’abstraction, a consacré une part importante, peu connue du grand public, de son énergie créatrice à l’illustration. Kupka a trouvé dans Le Cantique des Cantiques une source d’inspiration qui ne tarira pas. Il a repris sans cesse son ouvrage pendant plus de 25 ans.

Le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme vient d’acquérir un ensemble de 134 dessins pour L e Cantique des Cantiques. Kupka a réalisé plusieurs séries de dessins sur ce thème, elles sont rassemblées aujourd’hui pour l’exposition afin de présenter tous les stades de création depuis des esquisses au crayon jusqu’à des aquarelles très détaillés pour l’édition du Cantique de 1931.

František Kupka est né en 1871 en Bohême orientale, il s’installe Paris à l’âge de 25 ans après avoir obtenu son diplôme à l’académie des beaux arts de Prague. Il vit à Puteaux avec sa femme Eugénie Staub, jusqu’à sa mort en 1957.

Il tenta de gagner sa vie comme illustrateur tout en continuant de peindre. Il a réalisé des dessins pour des revues de mode ou satiriques, des affiches pour les cabarets de Montmartre et des illustrations pour des livres, notamment pour les milieux anarchistes.
A partir de 1905 Kupka s’attellera à l’illustration de divers chefs d’œuvre de littérature comme le Prometheus d’Eschyle et Lysitratè d’Aristophane. Et auparavant il travailla à l’illustration du Cantique des cantiques qui avait été traduit et mis en scène par jean de Bonnefon à Paris le 22 mai 1905. Une première édition paraît aux éditions de la Librairie universelle le 15 novembre 1905. Cette édition montre la très forte influence de la Secession viennoise, en particulier la revue Ver sacrum ainsi que celle de Gustave Moreau.
Mais très vite Kupka se remet à l’ouvrage et s’engage dans un second projet beaucoup plus audacieux d’illustration du Cantique des cantiques dans sa version hébraïque qui aboutira en 1931 à l’ouvrage publié aux éditions Piazza. Après plusieurs projets qui n’ont pas abouti mais cette dernière version est renouvelée à la suite de la rencontre de Kupka avec la version de Paul Vulliaud nourrie par la tradition juive. Kupka créée une suite originale de trois décors purement ornementaux pour accompagner le texte hébreu. La typographie hébraïque qui présente des particularités stylistiques, en fait une tentative tout à fait originale d’une très grande élégance. Kupka a peut-être appris à écrire l’hébreu avant son exil français ; ses passions d’autodidacte, alliées à son puissant attrait pour le Cantique des cantiques ont pu cependant l’engager dans ce défi spécifique , exceptionnel pour un artiste qui n’a pas été élevé dans la tradition juive.

Pour le décor Kupka se lance dans des recherches savantes, du côté de l'archéologie et de la photographie, il veut pénétrer le Moyen-Orient antique dans lequel il souhaite incarner sa lecture du Cantique. L’exposition montre quelques unes de ses sources, plans architecturaux, costumes orientaux etc.. Il se tient également au courant des nombreuses hypothèses sur son origine et des multiples traductions. Son travail documentaire a été fort important comme il le faisait ses autres ouvrages illustrés. Ce qui distingue peut-être le travail de Kupka pour le Cantique des cantiques, c'est l'effort qu'il a consacré pour l'apprentissage de l'écriture hébraïque puisqu'il a non seulement fait le projet d'illustration mais il a mis aussi en page le texte et il l'a calligraphié lui-même.

La tradition juive dit que l’histoire du monde est accompagnée de 10 chants. Le premier fut lancé par Adam et le dernier le sera dans les temps à venir. Le plus grand est le Cantique des cantiques. Composé de chants échangés entre une fiancée et son « bien-aimé », le poème est, à travers des images et des métaphores, un chant inspiré par la beauté d’un monde de merveilles où soufflent tous les parfums, et où, comme dans la Terre promise , ruissellent le lait et le miel. Ce court livre a donné lieu à une extraordinaire diversité d’interprétations, d’études savantes, de méditations, de transpositions littéraires, picturales ou musicales. (l’exposition est d’ailleurs l’occasion de manifestations théâtrales, musicales et littéraires nombreuses).
Différents niveaux de lecture sont possibles pour le Cantique des cantiques. Kupka n’en a pas eu une approche religieuse de ce texte, mais il a eu une approche que l'on ferait d'un poème amoureux et sensuel, qui appartient à la littérature universelle. Ce n'est pas une allégorie, Kupka décrit très précisément le monde visuel que le Cantique lui évoque, le monde qui est d'ailleurs plus assyrien que hiérosolymitain et biblique. La profusion des personnages, des décors, qu'il s'agisse des palais de Jérusalem et de la nature des monts de Judée, montrent qu'il est resté vraiment dans une description très littérale de ce poème sensuel.

Il nous fait découvrir un monde qui est un monde oriental. Ce qui est merveilleux dans cette oeuvre de Kupka, c'est la symbiose qu'il crée entre le monde de l'Antiquité orientale, le temple de Jérusalem, une nature luxuriante, une attention au détail et à l'ornement. C'est cette fusion de styles, un style assyrien, parfois égyptien, et un style beaucoup plus proche de nous, qui est le goût pour le décoratif et qu'il a sans doute appris à Vienne, qui donne une oeuvre extrêmement riche, plaisante, à la fois documentée et totalement imaginaire chez Kupka.

Le livre du Cantique des cantiques est bien intrigant ! C’est un texte qui a attiré aussi bien de grandes œuvres de la mystique chrétienne que nombre d’œuvres profanes, écrits ou autres œuvres d’art. Il célèbre les paroles d’amour échangées entre le Bien Aimé et la Bien aimée. Mais la Bible parle certes d’expérience humaine mais aussi l’éclaire par ce que Dieu en dit, alors quelle est la signification de ce texte où le nom de Dieu n’est pratiquement pas prononcé ?
Ce cantique des cantiques, ce chant des chants (Shir ha shirim en hébreu) se désigne d’entrée de jeu comme une parole incandescente. C’est ainsi que les traditions juive et chrétienne l’ont considéré au long des siècles. « Le monde entier ne vaut pas le jour où le cantique fut donné à Israël, car tous les écrits sont saints, mais le Cantique est le saint des saints » disait rabbi Aqiba au 1er siècle. Et en même temps des écrits attestent que le Cantique était lu dans les cabarets comme chanson à boire. Et aujourd’hui il est un texte de prédilection pour des grands mystiques et d’autres y lisent exclusivement l’expression libre de l’érotisme pur. Dans la liturgie il n’est lu que rarement, le 21 décembre et pour les fêtes de sainte Madeleine et de saint Bernard.

On comprend donc que Kupka ait pu aborder ce texte de manière très personnelle.

Les lectures exégétiques et théologiques modernes permettent de déceler dans les chants d’amour du bien-aimé et de la bien-aimée, la puissance de l’amour qui soutient le monde et conduit l’histoire. (on peut lire une étude sur le Cantique des cantiques dans les cahiers Evangile n° 85)

L'exposition a été organisée du 28 septembre au 8 janvier 2006 par Le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme. Le catalogue est en vente à la librairie du musée, 71 rue du Temple, 75003 Paris

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