En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

le baptême chrétien

Publié le Dimanche 6 septembre 2020

le baptême chrétien

Le baptême chrétien depuis les premières communautés

 


L'affaire du prêtre américain dont le baptême aurait été reconnu brusquement invalide et qui a été re-baptisé a scandalisé nombre de catholiques.

 

On se contentera de renvoyer au bel article de Christian Delorme, « Quand théologie rime avec folie » (La Croix 31 août 2020), et aux sages remarques de canonistes et de spécialistes des sacrements qui ont calmé le jeu en rappelant que seul le Christ est ministre du sacrement, et que, malgré les imperfections de celui qui baptise en son nom, il n'est de baptême que dans la foi du baptisé et dans celle de l'Eglise qui, selon l'adage, « Ecclesia supplet », c'est-à-dire vient au secours de l'indignité de ses serviteurs (La Croix 28 août).

 

Faut-il encore citer Augustin : « Que Judas baptise, c’est le Christ qui baptise » ? Ou Thomas d’Aquin : « Dieu s’est lié aux sacrements, mais Dieu n’est pas lié par les sacrements » ?

 

Il nous paraît inutile de revenir davantage sur la regrettable confusion entre les gestes de la foi et la répétition scrupuleuse de formules magico-religieuses qui relèvent d'un paganisme superstitieux.

 

Plutôt, nous voudrions nous appuyer sur cet événement pour revisiter les sources premières de la tradition chrétienne et de la mise en route du rite baptismal, accompagnée de la riche signification théologique aussitôt déployée par Paul dans la lettre aux Romains. (1)

 

Très tôt, dès que des femmes et des hommes venus soit du judaïsme soit du monde païen se sont rassemblés pour former les premiers groupes chrétiens, ils ont dû « inventer » un signe pour marquer l'entrée dans la communauté : ils ont choisi la forme baptismale dont le noyau est une immersion dans l'eau accompagnée de l'invocation du nom de Jésus, de Jésus Christ, ou des trois personnes divines, Père, Fils, Esprit saint.

 

Il est à peu près impossible de rattacher cette pratique à un ordre ou à une pratique de Jésus lui-même : si l'évangile de Jean évoque de façon confuse le fait que Jésus a pu pendant quelques temps « baptiser » dans la mouvance de Jean Baptiste, qui invitait à une « plongée » (baptisma) dans les eaux du Jourdain en signe de conversion et de purification des péchés, la chose est rapidement oubliée (Jn 4, 1-3). Quant au fait très probablement historique que Jésus lui-même a reçu le baptême de Jean, il n'offre pas d'origine au baptême chrétien, dont le Baptiste est chargé de souligner la différence : « lui vous baptisera dans le feu et dans l'Esprit saint » (Mt 3, 11) ; ce qui ne favorise pas l’institution d’un rite ! Citons G. Rouwhorst : « Pour résumer, tout indique que le baptême chrétien a été essentiellement une « création » des premières communautés chrétiennes. Une création presque immédiate cependant, puisque Paul, au début des années 50 fait état du fait qu’il a baptisé à de nombreux Corinthiens comme d’une évidence dont il n’a pas besoin de rappeler la nécessité. »

 

Et, à l'évidence, le rite chrétien a emprunté à bien des pratiques contemporaines : au-delà de la culture balnéaire très développée des gréco-romains, les chrétiens s’inspirent des nombreux rites de purification et ablutions requis par la Loi juive, et surtout de la pratique des groupes baptistes, comme celui de Jean dit « le Baptiseur » (« Baptiste »), qui immergeaient dans le Jourdain, en vue d’un pardon des péchés. 

 


Pourtant il est très difficile de repérer un processus de ritualisation, le Nouveau Testament restant étonnamment discret. Le baptême de l’éthiopien par Philippe en Actes 8, 38 montre une préférence pour l’eau vive, ce que confirmera la Didachè (7, 2-3) à la fin du siècle, tout en rendant possible d’autres formes d’immersion. Les quelques récits des Actes des Apôtres insistent davantage sur le fait du baptême (« que chacun se fasse baptiser », Ac, 2, 38) que sur les ministres qui sont nommés incidemment ; quant à Paul qui, certainement, a été le premier à baptiser des païens sans leur imposer d’observer la Loi juive, il minimise autant qu’il peut son rôle (« Christ ne m’a pas envoyé baptiser » 1 Co 1, 13-17).

 

Pourtant, un élément est clair et constant : si aucune formule n’est explicitement requise, le baptême est donné « au nom du Christ » ou encore « en invoquant le nom de Jésus-Christ », ou enfin « au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint ». L’expression « au nom de », typiquement paulinienne, vient des actes notariés dans la vente d’esclaves et indique un changement d’appartenance : désormais le baptisé appartient au Christ, il est sa propriété. L’expression « en invoquant le nom de » fait appel à la venue de l’Esprit saint sur le nouveau baptisé, et selon Actes 8, 17 et 39, seul ce don de l’Esprit reçu dans la foi qualifie le baptême chrétien comme un chemin qui s’ouvre de conformation à la vie, à la mort et à la résurrection du Christ.

 


La situation reste assez floue et diversifiée : comme pour le repas du Seigneur, le baptême chrétien fait partie des évidences constitutives du groupe -Eglise, dont les procédures ne sont pas précisées car seule la signification spirituelle compte. En Romains 6, Paul n’évoque même pas le rite d’eau (le verbe baptizô, « plonger » parlant de lui-même), mais il déploie une magnifique théologie du baptême comme plongée dans la vie et la mort du Christ, pour grandir et « pousser » avec lui vers la vie nouvelle. Le baptême fait donc mourir à tout ce qui est appartenance au monde du péché et de la mort, pour permettre au croyant de se laisser désormais réajuster à l’amour de Dieu ; parce qu’il a été rétabli à la suite et à cause de Jésus Christ dans le juste flux de la puissance créatrice, il peut entrer dans le combat contre les forces du mal et de la mort toujours à l’œuvre, mais que dans la foi il sait déjà vaincues.

 

L’élaboration d’un rituel se fit lentement au cours des deuxièmes et troisièmes siècles. En dehors de l’exceptionnelle affirmation d’un épiscopat monarchique chez Ignace d’Antioche (Smyrn.  8, 2), pour lequel rien de la vie chrétienne ne peut se vivre en dehors de l’évêque, on repère diverses pratiques, plus riches de significations symboliques, que de précisions rituelles. Justin nous apprend que, pour se préparer au baptême, les candidats recevaient une instruction brève sur les conséquences que le choix du baptême aurait pour leur manière de vivre. Ils devaient jeûner un ou deux jours, puis, avant de descendre dans l’eau, ils déclaraient par une formule brève ou déjà un peu plus longue qu’ils croyaient en Jésus ou au Père, au Fils et au Saint Esprit (Apo 61). Déjà les Actes des Apôtres attestent que l’immersion était – ou pouvait être en certains cas - suivie d’une imposition des mains par celui qui baptisait sur la tête du nouveau-baptisé comme signe de la transmission de l’Esprit saint (Actes 8, 15-19 ; 19, 2-4). Puis, au cours du deuxième siècle, on repère l’usage d’oindre certaines parties du corps, à la fois pour se conformer Christ « oint », avec l’ébauche d’un symbolisme royal, et parce que l’huile est dans l’Antiquité gréco-romaine à la fois signe de force et de bonne odeur.

 

Mais ce qui frappe plus que tout, c’est la riche diversité de la symbolique baptismale, déployée par les responsables et les pères de l’Eglise durant les premiers siècles. Autour de la signification axiale telle que Paul l’évoquait ; le chrétien meurt à la vie ancienne pour entrer dans une vie nouvelle, et être « création nouvelle », se greffent les conséquences les plus évidentes d’abord : le chrétien est mort au péché, et le baptême rejoint ainsi les rites juifs anciens de purification. Le baptême est aussi illumination, puisqu’il permet de voir le monde avec un regard neuf, et d’y lire le dessein de bénédiction du Dieu créateur et sauveur ; et, par-dessus tout, le baptême est vie nouvelle animée par l’Esprit saint, Esprit de Dieu et de Jésus, qui transforme les cœurs et fait toutes choses nouvelles ; le baptême est enfin entrée dans la communauté de frères et de sœurs du Christ, Fils de Dieu, « premier-né d’une multitude de frères » (Rm  8, 29).

 

En effet, le baptême a aussi joué le rôle recherché d’intégration à la communauté ecclésiale, au Corps du Christ que constituent les croyants assemblés pour partager le repas du Seigneur. Mais tout en jouant se rôle d’inclusion dans la communauté, le baptême manifestait aussi largement l’ouverture du groupe chrétien à quiconque venait professer son adhésion au Seigneur Jésus. Selon « l’Evangile » de Paul, il manifestait qu’il n’y a plus « ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, qu’il n’y a plus l’homme et la femme, mais que tous sont uns dans le Seigneur Jésus Christ » (Ga 3, 28). Ou encore, comme le reconnaît Pierre devant les autres responsables de l’Eglise de Jérusalem : « puisque Dieu leur a fait le même don qu’à nous qui croyons au Seigneur Jésus Christ, qui étais-je pour empêcher Dieu ? » (Ac 10, 47 et 11, 17). Chacun, alors, sera invité à conformer sa vie au « style » de Jésus, selon l’unique parole qui résume toute la loi : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Rm 13, 9), en écoutant ce que l’Esprit désormais ne cesse de dire aux Eglises.

 

Roselyne Dupont-Roc

CETAD septembre 2020

 


Pour approfondir le sens du baptême chrétien, inscrivez vous à la session de 4 semaines sur Le baptême, qui commence le 22 septembre (http://cetad.catholique.fr ; section Théologie)

1) Nous nous appuyons ici sur les résultats de la recherche contemporaine menée par des spécialistes de l'histoire de l'Eglise et des sacrements, notamment par les professeurs Gérard Rouwhorst et Patrick Prétot, ainsi que sur les spécialistes du Nouveau Testament, notamment l’exégète Michel Quesnel.

 

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