En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Après Jésus. L'invention du christianisme

Publié le Mercredi 21 octobre 2020

Après Jésus. L'invention du christianisme

Après Jésus. L'invention du christianisme, sous la direction de Roselyne Dupont-Roc et Antoine Guggenheim, Paris, Albin Michel, 2020 .

 

Après la parution de Jésus. L'Encyclopédie, un second livre s'est imposé à ceux qui y avaient travaillé. Tout que nous avons pu dire de Jésus vient de ceux qui vécu de leur foi en lui, de ce qu'ils ont proclamé et transmis, qu'ils ont mis par écrit et et qu'ils ont porté jusqu'à nous à travers les siècles. De fait les quatre évangiles sont dits « selon », se désignant par là comme une œuvre de transmission et de transmission vivante ; le Nouveau Testament témoigne d'une intense créativité. Il fallait rendre justice à ces témoins des tout premiers siècles après Jésus Christ.

 

Les livres d'histoire, qui présentent la naissance et le développement du christianisme au programme des classes de seconde, commencent à Constantin. Le point de vue est celui d'Eusèbe de Césarée : l'histoire doit se lire à partir de la fin, et l'Eglise dont Eusèbe rêve pour l'Empire, organisée et monolithique, est d'emblée projetée sur l'Eglise des commencements.

Nous avons voulu, à rebours, plonger dans la diversité et effervescence des premiers groupes chrétiens, des décennies largement ignorées du grand public. Pour cela, un travail d'équipe s'est imposé, non pas sous la forme d'une juxtaposition de points de vue, mais sous la forme d'un dialogue entre spécialistes de différentes disciplines : nous avons rassemblé des historiens, des exégètes, des patrologues, des dogmaticiens, des spécialistes de la liturgie, des connaisseurs du judaïsme ancien. Venus d'horizons divers avec des méthodes propres, ils ont confronté leurs approches et leurs perspectives dans un étonnant respect du point de vue de l'autre, sans jamais gommer les divergences d'interprétation que le livre manifeste. A ce titre, plusieurs membres du Comité de rédaction des Cahiers Evangile ont participé à l'entreprise.

 


Nous avons osé le sous-titre « L'invention du christianisme ».

Provocateur, bien sûr, mais surtout volontairement problématique et prenant de front la difficulté. Il n'est pas question d'imaginer une nouvelle religion sortie toute armée du cerveau de Paul ou d'un autre apôtre, ce qui est simplement absurde. Paul lui-même ne cesse d'affirmer qu'il n'y a qu' « un seul fondement Jésus Christ », sur lequel chacun est invité à construire, autant qu'il le peut. Nous employons le mot « invention » en son sens fort, son sens latin : invenire, c'est venir, ou revenir dans, découvrir ce qui était là et que l'on n'avait pas compris ni déployé. Jésus n'a rien écrit, rien institué, il n'a établi ni religion, ni dogme, ni organisation ecclésiale, ni manuel de morale ; il a lu les Écritures de son peuple, et n' a laissé en mémoire de lui que les gestes simples d'un repas et la prière juive du Notre Père. Il a tout confié, tout remis à ses disciples (la scène johannique du disciple bien-aimé et de la mère de Jésus au pied de la croix le dit assez) ; plus encore il leur a laissé le soin d'expliciter plus avant son identité en les confrontant lui-même à la question: « Et vous qui dites-vous que je suis ? »


Ils ont dû alors relire les Écritures, revenir sur leur vie avec lui et découvrir les potentialités inouïes de ce qu'ils avaient vécu, déployer le ferment de nouveauté compris dans cette rencontre sans précédent qui les invitait à une fidélité créatrice.


Les évangiles sont clairs : lorsque Jésus est mort, ses disciples n'avaient rien compris... Après coup, à la lumière de l'expérience qu'ils ont faite de le rencontrer vivant, ils discernent mieux, tentent de mettre en œuvre leur foi et de la dire toujours autrement, à mesure que l'histoire avance, qu'ils s'installent dans des lieux, des milieux et un monde différent. Le Nouveau Testament en témoigne, mais aussi les lettres des premiers responsables d’Église, puis les traités des Pères, et ces textes qu'on a dits « apocryphes », comme les élaborations de ceux qui ont peu à peu été marginalisés comme « hérétiques ». On découvre la richesse d'un environnement gréco-romain et d'une tradition juive dans lesquelles le christianisme s'installe et grandit, dans une multiplicité de pôles et sous des formes diverses.

 


Pourquoi nous arrêter à 250, juste avant la première grande persécution et le premier traité de Cyprien, « De l'unité de l'Eglise » ?

Parce que nous voulions rester dans ces débuts, et surtout dans ces deux premiers siècles où le christianisme n'avait encore rien figé, rien institutionnalisé, où il était encore en pleine effervescence, en recherche, dans une diversité de modes de vie et de célébration, de formes de pensée et d'élaborations théologiques qui n'étaient pas fixées et qui se précisaient en se différenciant, où il n'avait pas pris de forme institutionnelle partout unifiée, où on se séparait lentement du judaïsme, où on s'intégrait comme on pouvait à la société romaine sans s'y opposer frontalement et sans compromission avec quelque forme de pouvoir que ce soit.

 


Nous avons voulu aider le lecteur à découvrir ces débuts riches de tant de possibilités, en y plongeant nous-mêmes : nous avons appris énormément les uns des autres, et nous y avons découvert pour l'Eglise aujourd'hui une étonnante richesse d'inspiration et de renouvellement.


Roselyne Dupont-Roc

 

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