En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Semaine de l'unité : hommage à Elisabeth Behr-Sigel

Publié le Vendredi 13 janvier 2006

Élisabeth Behr-Sigel fut la « grande dame » de l'Orthodoxie en Occident au XXe siècle. Née en Alsace en 1907, d'un père luthérien et d'une mère juive, elle acheva ses études théologiques à la faculté protestante de Strasbourg et exerça même le ministère de pasteur intérimaire, non ordonné, dans une petite paroisse réformée (1931-1932).

Dans les années 20, elle se lia aux intellectuels de l'émigration russe à Paris et « déjà intérieurement orthodoxe » elle devint orthodoxe en 1932. Théologienne, conférencière, écrivain, participante à l'histoire de l'Orthodoxie en France pendant plus de 70 ans, elle enseigna à l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge et à l'Institut catholique de Paris. Elle est décédée à Paris le 26 novembre 2005 à l'âge de 98 ans.

Participante et observatrice de l'histoire de l'orthodoxie en France depuis presque quatre-vingts ans, elle a publié de nombreux articles et plusieurs livres portant sur la théologie, l'histoire et la spiritualité de l'Église orthodoxe, dans lesquels elle s'efforçait de provoquer un dialogue constant entre l'orthodoxie et la modernité. Très engagée dans le mouvement oecuménique, elle-même venue à l'orthodoxie du protestantisme, elle a également été la vice-présidente orthodoxe de l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT) de 1982 à 1991.

Refusant les compromissions, réagissant contre les lourdeurs de nos institutions, rappelant l'exigence de vérité et de transparence de l'Évangile, elle était profondément ouverte et attentive au dialogue œcuménique avec tous les chrétiens, et au dialogue interreligieux avec les juifs.

« Elle fut un témoin d'une orthodoxie profonde et libre, un témoin de l'événement qu'est la vie de l'Église plus que de l'institution ecclésiale, une femme qui a eu le courage d'exprimer et de témoigner ses convictions profondes, allant jusqu'à toucher certains tabous », a déclaré le père Boris BOBRINSKOY, doyen de l'Institut Saint-Serge et recteur de la paroisse française de la crypte de la Sainte-Trinité, à Paris. "Elle reste pour tous un exemple, une voix courageuse, ramant souvent à contre-courant, … qu'il s'agisse de son engagement dans toutes les dimensions du mouvement oecuménique ou encore de son thème de prédilection, le rôle de la femme dans l'Église, un thème au demeurant fondamental ".

Dans son dernier ouvrage, Discerner les signes du temps (Cerf, 2002), elle raconte qu’elle a vu dans l’Orthodoxie un « dépassement possible de l’antinomie (entre la foi et le monde) dont le christianisme occidental lui paraissait prisonnier .

Élisabeth Behr-Sigel a pris des positions hardies — pas toujours comprises — en faveur d’une place plus grande des femmes dans l’Église, pouvant aller jusqu’au sacerdoce. Elle connaît les résistances de l'orthodoxie à ce sujet et aussi celles de l'Église catholique romaine. Elle avance donc très prudemment en militant pour une ordination des femmes au diaconat.

Elle était unanimement appréciée dans l’Orthodoxie et chez les « Églises sœurs » par sa culture théologique, sa vigueur spirituelle et son engagement dans les combats séculiers.

Le 27 novembre 1991, en pleine guerre serbo-croate, elle signait dans Le Monde, avec Olivier Clément et d’autres intellectuels orthodoxes, un appel à l’Église de Serbie la suppliant de ne pas devenir « complice de la machine de guerre nationalo-communiste ».

Olga Lossky rédige actuellement une bibliographie d’Élisabeth Berh-Sigel.

Quelques uns de ses livres :
Prière et sainteté dans l’Église russe, Cerf, 1950 ; Bellefontaine, 1982.
Un théologien de l'Église orthodoxe [Alexandre Bouknarev] en dialogue avec le monde moderne, Beauchesne, 1977.
La douloureuse joie (avec Olivier Clément, Boris Bobrinskoy et Myrra Lot-Borodine), Bellefontaine, 1981.
Le ministère de la femme dans l’Église, Cerf, 1987.
Le Lieu du coeur : Initiation à la spiritualité de l’Église orthodoxe, Cerf, 1989; 2004.
Lev Gillet : « Un moine de l’Église d’Orient », Cerf, 1993.
L'Ordination des femmes dans l'Église orthodoxe (avec Mgr Kallistos Ware), Cerf, 1998.
Discerner les signes des temps, Cerf, 2002.

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