En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

PRESENTATION DE JESUS AU TEMPLE

Publié le Jeudi 25 février 2021

PRESENTATION DE JESUS AU TEMPLE

PRESENTATION de JESUS au Temple de l’Ancienne Alliance

PRESENTATION à JESUS des trésors de la Nouvelle Alliance

 

Nativité, le 25 décembre, la crèche
Présentation de Jésus le 02 février, la Chandeleur

 


Voici deux illustrations populaires pour traduire en images et en lumière deux facettes de la foi chrétienne. Deux mises en valeur, comme premières et primordiales, même si leur mise en scène peut être postérieure. Et comme préparant les élaborations théologiques qui se préciseront peu à peu :
La crèche : Jésus, Dieu fait homme, naissance humaine pour que l’humanité soit divinisée (Athanase d’Alexandrie). Cela conduira peu à peu à présenter Marie non seulement comme la jeune accouchée de la Nativité, mais comme la « mère de Dieu », Theotokos.
Mais l’urgence avant cette progression théologique est celle d’accomplir pour le Nouveau-né ce qui est prescrit par la Loi de l’Ancienne Alliance. Ce sera la circoncision, le huitième jour (Lc 2, 21). Vient alors le jour de la Purification qui ne s’imposait qu’à la mère. L’enfant devait être « racheté » (Lc 2, 24 ; Ex 13, 2), « consacré », avec l’offrande en sacrifice d’un couple de tourterelles ou de deux jeunes colombes, offrande des pauvres. Purification devient alors Présentation : Présentation de Jésus au Temple (Lc 2, 24-37).

 

La chandeleur

 La signification de cette Présentation sera popularisée par la fête de la Chandeleur ; « chandelles » en procession, évangélisation d’une fête païenne.

 La présentation

C’est le mot de « présentation » qui est le mot-clé de cette fête devenue mariale. Elle est en réalité une fête christologique essentielle. Une facette primordiale de la foi des premières communautés judéo-chrétiennes. Marie avec Joseph, le jour fixé, va présenter Jésus nouveau-né au Temple de la Première Alliance ; la présentation est une insertion dans le peuple, un acte de reconnaissance pour Jésus qui vient de naître. Il s’agit donc de beaucoup plus qu’une déclaration de naissance à l’Etat civil aujourd’hui. Les signes et images de cette insertion officielle de Jésus dans l’Ancienne Alliance sont marquants théologiquement avec Syméon et Anne, l’un et l’autre, tels le patriarche et la matriarche.

Syméon

n’est pas le grand-prêtre du service du Temple. Ce jour-là comme cela aurait pu être un autre jour -c’est l’Esprit qui le pousse (Lc 2,27). C’est l’heure dite, l’heure longtemps attendue par le peuple de l’Ancienne Alliance. Soulagement et surprise sans doute ; mais Syméon est prêt et le geste d’accueil est spontané. Il a accueilli le Nouveau-né dans ses bras. Avec sur ses lèvres le Cantique d’action de grâce tel le Magnificat de Marie (Lc 1, 49-55). Pour ce chant de Marie, Luc avait su retrouver et reprendre le chant d’Anne, la mère de Samuel (1 S 2, 11) : il s’agit bien de tisser du neuf avec l’ancien, Nouvelle Alliance avec l’Ancienne. Et la Tradition chrétienne orchestrera à son tour le chant dans les Complies de la prière des moines à la fin du jour, à la veille d’un nouveau matin : « Nunc dimittis ».

Faire du neuf avec l’ancien, c’est l’œuvre de l’Esprit, tel l’Esprit-souffle de la création, dès l’origine, avec le potier créateur insufflant le souffle au santon d’argile qu’il a modelé ( Gn 2, 7).


C’est le même souffle qui signe les mots de Syméon pour souligner le sens de cette scène de la Présentation. La bénédiction de Syméon est aussi prophétie, comme réservée à Marie : « cet enfant doit être un signe en butte à la contradiction » (Lc 2, 34) ce que Luc précisera « occasion de chute » (Lc 7, 23), de division (Lc 12, 5). Faut-il parler de « relecture » après le déroulement de ce qui sera vécu par Jésus ? Et une annonce de ce que va être le baptême de Jésus annoncé par lui-même : «je dois recevoir un baptême, et qu’elle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé » (Lc 14, 49) ?

Mais pour l’heure, c’est l’heure de Syméon le « patriarche » ; c’est l’équilibre de son action de grâce. Des yeux qui « voient » le salut qui n’avait pas pu être vu par Moïse. Syméon démonte tous les aveuglements qui n’accueillent pas le salut. Et le salut a une double facette : « Gloire du peuple d’Israël » ; et solidairement « annonce de la lumière pour les nations ». Accomplissement et annonce. La Présentation de Jésus est l’accomplissement. Mais il faut l’associer à ce que nous appellerons la Présentation à Jésus de l’offrande des nations, celle des bergers et des mages, dite communément adoration des mages.


Il pourrait paraître étonnant, après avoir analysé la richesse de l’apport théologique de la Présentation de Jésus au Temple de l’Ancienne Alliance, de reculer dans le temps pour revenir, ou plutôt en venir à une scène évangélique antérieure. Le temps des approfondissements théologiques n’est pas nécessairement chronologique. C’est une des raisons pour lesquelles il n’est pas opportun de présenter une « vie de Jésus » comme un déroulement historique, sinon pour le faire à la manière critique de Renon, et non pas pseudo-historique comme il peut être encore tenté.

Sens théologique de la Présentation

Cherchons donc une présentation théologique de la « figure » de Jésus, pouvant se dévoiler peu à peu, éventuellement de manière inattendue. C’est pour cela qu’après avoir mis en valeur la « Présentation » de Jésus au Temple pour souligner l’insertion, l’enracinement de Jésus dans l’Alliance d’Abraham, de Moïse, de David, il peut être suggestif de manifester la reconnaissance de Jésus par ceux et celles qui en donnent un signe. Ce signe peut être souligné par les « présents » présentés à Jésus. Après la présentation de Jésus au Temple, la présentation des présents à Jésus. N’oublions pas la première visite des bergers, sur invitation orchestrée d’une voix lumineuse qui les rassure : « Un sauveur vous est né ; une grande joie qui sera celle de tout le peuple. Gloire à Dieu » (Lc 2, 8-14), le premier des « Gloria » de la foi chrétienne. « Allons voir » se disent les bergers (Lc 2, 15). Ce qu’ils vont apporter, c’est leur hâte à venir, à voir, à raconter leur émerveillement. Comme des présents précieux qui sont ceux mêmes de la foi première. Avec celle de Marie de l’Annonciation, qui devient Marie de la Nativité, celle de Joseph, l’adoptant silencieux. Faut-il ajouter qu’ils ont apporté un agneau de leur troupeau comme aiment à la suggérer les santons de certaines crèches de la Tradition chrétienne ? Au risque de leur donner une interprétation moralisatrice selon l’empressement ou la paresse des enfants devant la crèche familiale à la prière du soir ! Mais ce qui est souligné, c’est la présence première des bergers, que certains exégètes-sociologues considèrent comme des « brigands » méprisables ! Présence fondatrice du nouveau peuple de Dieu, de la nouvelle Alliance : les pauvres, les petits.


D’autres visites vont prolonger la visite des bergers, lignée qui se développera depuis des siècles. Visiteurs et visiteuses. Visite qu’aurait voulu être celle d’Hérode, mais que « la fuite en Egypte » pourra éviter. Au prix d’un voyage « touristique » et « théologisé », pour que s’accomplisse l’oracle du prophète Osée (Os 11, 1°.
Quelles visites allait retenir la Tradition ? Le choix sera très riche de suggestion. Trois mages, marcheurs à l’étoile dont on pourra dire qu’ils sont des astrologues. Quels présents apportent-ils à Jésus ? L’or, l’encens et la myrrhe. C’est Matthieu, le témoin du Premier Testament qui puise dans ses références (Mt 2, 11). La Tradition développera les choix des parfums d’Arabie comme présents à Jésus. Ce n’est plus l’offrande des pauvres, celle des bergers et des proches. Mais les présents seront interprétés à la manière des prophètes : l’or de la Royauté du Christ, l’encens pour la Divinité, et la myrrhe pour la Passion. La mémoire exégétique trouvera aussi d’autres interprétations avec les trois portraits des visages des mages-visiteurs. Les trois âges de la vie : jeunesse, maturité, vieillesse. Pour la commodité, la Tradition présente cette visite des mages comme une visite à la crèche. Ils n’ont pas dû arriver si vite,Pa car Matthieu précise « qu’ils entrèrent dans le logis où se trouvait alors l’enfant » (Mt 2, 12). La « présentation des présents » au logis est peu illustrée dans l’iconographie, mais elle permet de situer le retour d’Egypte, très imagé, lui, dans une ville de Galilée, Nazareth. On appellera Jésus « le Nazaréen » (Mt 2, 24 et 26, 71).

Le lien ancienne et nouvelle Alliance

Il aura donc été possible, quoique inhabituel, d’évoquer la double signification de la « présentation » pour une théologie du lien entre les Alliances. Ancienne Alliance avec la Présentation de Jésus au Temple, et la crèche, le logis de la Nouvelle Alliance pour la Présentation des présents de tous les trésors du Nouveau Temple, édifié sur le Christ, pierre angulaire et pierre vivante, lieu de la rencontre entre Dieu et l’humanité, de la double et unique présence manifestée par la double présentation que nous avons voulu lier théologiquement.

Note : Pour autant, point n’est nécessaire d’inventer une « présentation de Marie au Temple » (Evangile apocryphe de Jacques). Mais qu’elles sont belles, les images de Marie, robe déployée sur le marches du Temple pour l’accueil du grand-prêtre (Le Tintoret ci-dessus), le Titien).


Patrick Jacquemont o.p.
CETAD, février 2021

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