En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

"Bénir" les couples homosexuels

Publié le Mercredi 31 mars 2021

 

 

Congrégation pour la Doctrine de la Foi de l’Eglise catholique

Une note récente de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de l’Eglise catholique exclut la possibilité d’accorder une « bénédiction » à des couples homosexuels qui le demanderaient, au motif que « Dieu ne bénit pas et ne peut pas bénir le péché. »

Les évêques


De nombreux évêques ont aussitôt réagi, en Australie, aux Etats Unis, en Suisse, en Belgique, en Allemagne (le président de la Conférence des Evêques), en Autriche ; peu, hélas, en France.
Citons seulement quelques phrases  :

Mgr Bonny, évêque d'Anvers : « Je ressens de la honte par procuration pour mon Eglise. Et surtout, je ressens une incompréhension intellectuelle et morale. Je voudrais m’excuser auprès de tous ceux pour qui cette réponse est douloureuse et incompréhensible : les couples homosexuels religieux et catholiques, les parents et grands-parents de couples homosexuels et leurs enfants, le personnel pastoral et les conseillers de couples homosexuels ».

Le directeur du service pastoral de l’évêché de Saint-Gall, en Suisse dénonce le fait que par ce nouveau texte, la congrégation se fait « la contrôleuse de qui peut recevoir, ou non, la bénédiction de Dieu – cela est inadéquat et faux », et il ajoute « Il n’est pas permis d’exclure d’emblée un certain groupe comme “pécheur”, sans tenir compte de chaque individu concerné ».

En France, Mgr Feillet, évêque auxiliaire de Reims souligne que des gens engagés dans l’accompagnement des personnes concernées ont été émus, et désemparés devant cette note ».  En regrettant des amalgames faits entre « homosexualité » et « péché » dans la presse à l’issue de la publication du texte, il rappelle que « les personnes prises chacune pour elles-mêmes peuvent, bien sûr, toujours être l’objet de bénédictions ». 

Enfin le 21 mars, le pape François a fustigé les « prétentions de légalismes ou de moralismes cléricaux » qui ne permettent pas de « voir Jésus ». 

Une Bénédiction ?

En écho à toutes ces protestations, le CETAD exprime son indignation devant cette mainmise sur la bénédiction qui est le fait de Dieu seul, et devant la stigmatisation globale d'une catégorie de personnes, que nous croyons, comme tout être humain, aimées de Dieu. L'utilisation parfois peu réfléchie de la « bénédiction » que l'Eglise catholique fait actuellement nous inquiète, soit quelquefois dans des gestes qui pourraient confiner à la superstition , soit dans une forme de jugement sur les personnes, qui nous semble contraire à l'Evangile.
« Tu es inexcusable, qui que tu sois, toi qui juges l'autre » ( Romains 2, 1).

Isabelle Parmentier

Nous reproduisons ci-dessous quelques paragraphes de la belle tribune d'Isabelle Parmentier, théologienne à Poitiers, pour le journal La Croix le 24 mars. Nous soutenons sa démarche.


 
"L’Eglise dispose-t-elle du pouvoir de bénir des unions de personnes du même sexe ? » Réponse : non. » Voilà, c’est dit. Fin de non-recevoir. Fermez la porte ! Comment ne pas ressentir colère et consternation et révolte devant cette nouvelle violence gratuite faite aux personnes homosexuelles ? Etrange coïncidence : les évêques de France reçoivent, ce même jour, un appel sous forme de lettre ouverte de la part de parents d’enfants homosexuels. Les parents y demandent « la prise en compte de la dignité de leurs enfants par la doctrine de l’Eglise » et supplient les évêques « d’avoir à cœur de diminuer les souffrances provoquées par l’ignorance et l’incompréhension et d’enrichir l’Eglise en reconnaissant une place pleine et entière aux personnes homosexuelles. »  La rencontre aura-t-elle lieu ? Du moins, voici les évêques de France placés devant une alternative claire : accueillir ou exclure. Dit autrement : obéir à l’Exhortation Amoris Laetitia ou à la note de la Congrégation pour la Doctrine de la foi ?


D’où vient la question posée ? Qui a bien pu la poser ? Elle ne vient pas de nulle part. Elle n’arrive pas non plus n’importe quand, mais quatre jours avant le 5 ème anniversaire de la publication de l’Exhortation apostolique Amoris Laetitia et l’ouverture, le jour de la Saint-Joseph, par le pape François, d’une année mondiale consacrée à la famille. Comment ne pas percevoir ici un geste politique de résistance ouverte au pape François, un démenti glacial et insultant à la démarche de l’Exhortation, le contrepied de la conversion pastorale appelée de ses vœux parle pape ?
Amoris Laetitia invite à renoncer aux jugements intempestifs, aux questions/réponses lapidaires, toutes faites, à portée universelle, jetées « comme des pierres lancées à la vie des personnes ». (A.L. 305) Où est passée l’éthique du discernement, de l’accompagnement et de l’intégration qui implique la nécessaire durée, le ‘pas à pas’ et le ‘cas par cas’, à la lumière de l’Évangile ? D’ailleurs, où est l’Evangile dans cette note autoréférencée ? Tout voir dans le regard du Christ, est la démarche-clé de l’Exhortation : Jésus, le seul maître, se comporterait-il ainsi ? « Que nous importe, c’est ton affaire » ont dit lâchement les grands-prêtres à Judas regrettant son méfait. « Que nous importe, c’est votre affaire » semble dire la note romaine, abandonnant du même coup les couples homosexuels à leur désespérance, allant jusqu’à leur refuser la bénédiction de Dieu.
Que reste-t-il, alors, à ces couples qui tentent de s’aimer dans la fidélité et la stabilité ? N’y a-t-il pas plus grand péché que de voler l’espérance à quelqu’un ? Ce que le pape François n’a pas fait pour les personnes divorcées remariées, la congrégation pour la doctrine de la foi ose donc le faire pour les personnes homosexuelles. Contre le pape.


Mais une intention peut en cacher une autre. On sait aujourd’hui à quel point le pape François est cerné par des oppositions de plus en plus virulentes. Les propos qu’il a tenus récemment, estimant que les personnes homosexuelles ont le droit d’être en famille et qu’elles ont droit à une couverture civile légale, a provoqué une vive polémique. Le Vatican (mais qui est le Vatican ?) avait précisé en hâte que le pape François n’avait en aucun cas voulu remettre en cause le dogme du mariage entre un homme et une femme. Evidemment. Chaque pas en avant du pape semble provoquer deux pas en arrière chez certains prélats de la Curie. 

(…)


Une attaque camouflée, où il se retrouve pris de court et piégé, obligé de donner son accord. Il n’a cependant pas signé cette note. Un air de déjà vu : dans l’évangile de Jean, la femme prise en flagrant délit d’adultère jetée en pâture par les pharisiens était elle aussi apparemment au centre, seule accusée officielle. Apparence trompeuse ! En vérité, elle n’était qu’un prétexte car, souligne le rédacteur lui-même, c’est bien le procès de Jésus que fomentent les gardiens de la Loi. « Ils parlaient ainsi dans l’intention de lui tendre un piège, pour avoir de quoi l’accuser ». (Jn 8, 6) Une Eglise divisée.

(…)

Rares sont les couples qui réclament une bénédiction nuptiale, et en France, la majorité des chrétiens missionnés dans les diocèses pour les accompagner, ne la pratiquent pas non plus. À ma connaissance, il s’agit d’une tout autre démarche, pas forcément liturgique, mais qui peut être liturgique, qui vise à reconnaître simplement Dieu présent, mystérieusement présent dans l’amour particulier que ces couples vivent. Qu’avons-nous à proposer ? Quelles symboliques, quels gestes nouveaux inspirés de l’Ecriture, quels rituels simples et parlants pourrions-nous inventer, en fidélité à l’Ecriture et à la tradition, sans célébration d’aucun sacrement ? Pour sortir du « sacrement ou rien ». Une discrimination juste ? Quelle espérance reste-t-il aux couples homosexuels si la bonté de Dieu leur devient interdite ? Le pape a beau répéter que la réalité est supérieure à l’idée, c’est ici leur réalité de couples homosexuels essayant de construire un amour stable et durable qui est nié. On ne peut pas dire qu’ils n’ont pas élevé la voix ces dernières années, mais qui les écoute vraiment, en dehors du pape ?

(...)
Quelle crédibilité, quelle autorité peut être reconnue à cette partie d’Eglise sûre d’elle-même qui juge et tranche du haut de sa cathèdre ? Le pape le premier affirme une attitude pastorale christique opposée : « Personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile ! Je ne me réfère pas seulement aux divorcés engagés dans une nouvelle union, mais à tous, en quelque situation qu’ils se trouvent. » N° 297 Tous… ? Y compris les couples homosexuels ?

Oser discuter les arguments théologiques. La quasi-totalité de la note est occupée par la question de la bénédiction. Mais avant d’y arriver, comme le font la presse et les médias, c’est le paragraphe de la fin qui donne la clé de compréhension de la longue page qui le précède. « L’Eglise rappelle que Dieu lui-même ne cesse de bénir chacun de ses enfants en pèlerinage dans ce monde, car pour Lui « nous sommes plus importants que tous les péchés que nous pouvons commettre ». Mais il ne bénit pas et ne peut pas bénir le péché : il bénit l’homme pécheur, afin que celui-ci reconnaisse qu’il fait partie de son dessein d’amour et se laisse changer par Lui. Car il nous prend comme nous sommes, mais il ne nous laisse jamais comme nous sommes. » –

L’homosexualité, un péché ? Le terme « péché » est ici dévastateur. Il survient à la fin, par surprise, sans bruit. « Dieu ne bénit pas et ne peut pas bénir le péché » : mais de quel péché parle la note à ce moment du texte ? Ce n’est pas précisé, alors, forcément, on comprend : « Dieu ne peut pas bénir le péché de l’homosexualité. »
Sous-jacente à cette notion de péché homosexuel, une théologie du Dessein de Dieu dans la création qui exclut la réalité de l’homosexualité présente pourtant dans la nature depuis l’origine. Qui peut prétendre connaître les desseins de Dieu sur la création ? Dans le livre de la Genèse, il est écrit que Dieu bénit l’homme et la femme créés à son image et appelés à se multiplier. Personne ne remet en cause ce fondement de la vie humaine « homme et femme il les créa ». Mais qu’on le veuille ou non, si Dieu est le créateur de toutes choses, visibles et invisibles, c’est donc bien lui aussi qui a créé des hommes qui aiment des hommes, et des femmes qui aiment des femmes : cette réalité résiste à tous les efforts pour la nier. « C’est toi qui m’as créé Seigneur, qui m’a tissé dans le sein de de ma mère, je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis : étonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait. Mes os n’étaient pas cachés pour toi quand j’étais façonné dans le secret, modelé aux entrailles de la terre. » Ps 138, 13-15
(….)

En France, que je sache, beaucoup d’entre nous ne parlent même pas de bénédiction, mais de prière. Prière d’action de grâce, prière de pardon, prière de supplication, prière universelle. Il n’y a pas que des prêtres qui offrent ce temps de prière à des couples qui se marient à la mairie. Il y a des laïcs, je suis une femme et j’ai animé moi-même, au nom de l’archevêque de Poitiers, un temps de prière dans une salle des fêtes pour deux femmes qui avaient déjà 33 ans de vie commune. J’ai pu dire que ces deux femmes désiraient inviter Dieu à la célébration de leur amour. Nous n’avons parlé ni d’alliance, ni de bénédiction, ni de mariage, mais de Dieu présent dans leur amour. Dieu toujours fidèlement présent à ceux qui se fient à lui. La vie est une longue histoire qui chemine, et Dieu ne nous attend pas seulement au terme d’une histoire rendue parfaite. Il marche pas à pas avec nous, et il nous dit : « Viens comme tu es. Deviens qui tu es! » Conclusion Pour finir, je rejoins tous ceux qui, dans l’Eglise, demandent pardon pour ce texte régressif qui ne fera aucun bien et beaucoup de mal. « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » dit le psaume 84."

 


 
 

 

 

 

 

 

 

 

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