En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Vivre avec nos morts

Publié le Mardi 4 mai 2021

Vivre avec nos morts

Delphine HORVILLEUR,  Vivre avec nos morts, Paris, Grasset, 2021
 
 
Vivre avec nos morts

Ceux qui accompagnent ou ont accompagné des familles en deuil se reconnaîtront dans le beau livre de Delphine Horvilleur, « Vivre avec la mort », dont les récits et témoignages aussi pudiques que profonds viennent rejoindre en eux les difficultés et les émotions de ce qu’ils vivent.

Son expérience juive

L’auteure choisit dans son expérience quelques rencontres et quelques figures remarquables qui ont bousculé et nourri sa propre expérience. Ces rencontres suscitent immédiatement le récit, récit d’une vie, récit maladroit, ébauché ou haché par la famille (celui ou celle qui vient demander la présence du rabbin), récit qu’il faut reprendre, recomposer autrement, et qui, dans la tradition juive, éveille immédiatement en écho des récits de l’Ecriture, des bribes du Talmud et de savoureuses histoires juives. Récits qui réveillent aussi chez l’auteure le souvenir de sa propre enfance, de sa première confrontation à la mort, et de tant d’autres disparues qui ont marqué sa vie.

LeH’ayim, « pour la vie, vers la vie »

De ce bouquet de récits qui se répondent, une seule affirmation forte jaillit : celui qui meurt reste un vivant, l’accompagnement est toujours LeH’ayim, « pour la vie, vers la vie ». Que les chrétiens ne projettent pas trop vite sur cette conviction intense la foi en un après-monde, ou un au-delà de vie éternelle ! Les questions théologiques sont abordées pourtant, mais avec une prudence et une sobriété exemplaire. L’aveu d’ignorance est d’abord respect. Respect infini de la vie et des choix de l’autre, respect devant le mystère d’une personne unique, qui se prolonge dans le mystère de sa mort. Respect devant ce qui nous échappe totalement et sur lequel nous n’avons pas à mettre la main. Magnifique attitude qui souligne ce qui fait le caractère décisivement vivant de chaque existence.

Souvenir de la Shoah et la contestationde Dieu

A l’arrière plan du livre plane évidemment avec insistance le souvenir implacable et nécessaire de la Shoah. Beaucoup de ceux que D. Horvilleur accompagne sont des descendants, enfants ou, plus souvent, petits enfants de disparus dans les camps dont le souvenir avait été totalement occulté. Car la mort fait ici réémerger tout ce qui a été vécu, souffert, traversé, jusqu’à l’insupportable et l’indicible et qui charge ces vies d’un poids d’humanité sans pareille.

La question de Dieu se pose alors, mais comme pour le reste, à la façon juive, dans cet humour décapant et merveilleux qui est le plaidoyer le plus fort pour la vie. Les histoires juives sur l’absence de Dieu à Auschwitz (« tu ne peux pas comprendre, tu n’y étais pas ! ») en disent plus long que bien des traités de théologie. Le mystère s’approfondit alors même que la familiarité est plus grande. Un Dieu interpellé, contesté, un Dieu vivant, à hauteur d’homme.

A la lumière de l'Ecriture

Les récits se poursuivent sur des souvenirs personnels marquants, décisifs, comme l’assassinat d’Itsh’ak Rabin, et la méditation s’arrête sur l’enracinement/déracinement d’un judaïsme issu de l’errance et devenu sioniste. A la lumière de l’Ecriture lue, relue, et merveilleusement diffractée à la manière rabbinique, une Ecriture qui vient percuter notre quotidien. Là encore, la vie s’impose, comme avenir toujours promis à ceux qui acceptent de ne rien posséder définitivement mais d’inscrire de toutes leurs forces et de toute leur foi leur vie dans ce monde éphémère et d’avancer vers l’avenir, LeH’ayim !

 


Un livre à lire et à faire lire en cette période où la pandémie nous a fait retrouver la présence menaçante d’une mort trop souvent opaque et douloureuse ; il nous aide à rendre à la mort son poids réel qui est un poids de présence et d’espérance, et nous invite à reprendre sans cesse la route de demain, avec nos morts, accompagnés par des récits de vie, accompagnés par le récit biblique.

Pour le CETAD
Roselyne DUPONT-ROC

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