En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Expatriation et vie de paroisse

Publié le Jeudi 2 mars 2006

Pour une expatriation, en particulier dans un pays où l’intégration à la vie locale est réputée impossible à court et moyen terme au moins, qu’en est-il de notre vie de chrétien au quotidien ?

Je ne peux me restreindre à une vie de foi strictement intérieure ; il y a longtemps qu’entre Marthe et Marie je sais vers laquelle penche ma personnalité (et j’ai conscience que prendre Marie comme modèle me demande un réel effort d’intériorité …).

J’arrive donc, il y a 5 mois, dans un nouveau pays, le Japon, à la culture complexe, à la langue difficile d’accès, à l’écriture insaisissable mais qui témoigne d’une vie d’Eglise libre et active.

Une caractéristique me frappe lors d’un premier voyage prospectif il y a quelques mois et que je prends contact avec la communauté catholique francophone : elle est très homogène sur le plan social, logiquement composée majoritairement d’expatriés français (cela représente à mes yeux une faiblesse envers laquelle elle n’a aucun recours) et n’est associée à aucune vie locale ou « de quartier » puisque se retrouvent dans cette église des francophones de tout Tokyo. Ce manque de brassage social et d’identité géographique représentent pour moi une difficulté comparé à mes expériences précédentes en France.
Je ne vois toutefois pas comment éviter ces difficultés : toute communauté étrangère se heurte, où qu’elle tente de se constituer, à cet écueil de l’inculturation et ne peut, en aucun cas, s’installer comme une corps étranger sur un corps déjà constitué. Il est bien évidemment impossible de reproduire à l’identique l’organisation paroissiale locale que l’on trouve en général sur le sol français.
J’aurais rêvé, pour ma part, rencontrer une Eglise multiple, riche de ses expériences et de ses origines diverses, riche d’un brassage sans doute plus difficile à gérer, moins forte de ses certitudes, mais où tout alors devient possible, où rien ne va se soi, où tout est à penser, peser, partager, réfléchir ; une Eglise qui nous incite à sortir de notre torpeur confortable et trop assurée, une Eglise qui nous pousse à sortir de notre église, à pousser les murs pour aller vers celui qui ne nous attend pas, pour que notre comportement et notre vie deviennent témoignage. Les barrières culturelle et linguistique sont de taille et difficiles à surmonter.

En échange, je rencontre avec bonheur l’organisation « Emmaüs » gérée par une figure étonnante, Sœur Hatsuki qui se dévoue depuis des années épaulée par une équipe de chiffonnières et de chiffonniers francophones de sensibilités et d’appartenances diverses : travail, repas … sont partagés dans la bonne humeur et la gaîté (on trouve là sans doute un élément positif dû aux expatriations à savoir une grande disponibilité intellectuelle et matérielle). La prise de conscience que nous sommes matériellement des privilégiés nous invite à sortir de notre cocon et à ouvrir les yeux.

Forte de ces premières constatations, je fais le choix de me rattacher à une paroisse locale anglophone « fixe » qui accueille une communauté très américaine mais aussi philippine (beaucoup de philippins effectivement viennent au Japon trouver un travail qu’ils ne trouvent pas chez eux ou qui leur offre un revenu notoirement supérieur ; en échange de quoi ils vivent ici dans des conditions relativement précaires, modestes voire très difficiles sur le plan humain, les familles étant souvent éclatées géographiquement entre les Philippines et le Japon). Peu ou pas de français dans cette paroisse mais plusieurs autres nationalités s’y côtoient, en petits effectifs.
Il va sans dire que l’intégration à une communauté de langue étrangère est plus difficile, moins spontanée, et que mon « efficacité » (mais faut-il être efficace en Eglise ?) est moindre. Je piaffe de ne pouvoir avoir ici le même type d’activités et de disponibilité que ce que j’avais auparavant.

Faut-il en conclure que cela
- représente une période de jeûne riche en fécondité à terme,
- peut être à juste titre l’occasion d’enrichir une vie intérieure atrophiée jusqu’alors,
- donne du recul et un temps de réflexion pour mieux s’ouvrir à toute possibilité à plus ou moins long terme … ?
Seules les années à venir pourront apporter des réponses à ces passionnantes questions…

Marie-Florence Duprieu
Tokyo, le 15 janvier 2006

Posez-nous votre question

cours en ligne

Pour aller plus loin, participez à nos cours en ligne

Voir les cours

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux

© Cetad 2022 - Tous droits réservés