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Rembrandt et la bible

Publié le Mercredi 26 avril 2006


Les eaux fortes de Rembrandt dans la collection Frits Lugt à l’Institut néerlandais

Rembrandt (1606-1669) fut toute sa vie un lecteur assidu de la Bible, son regard sur le Livre est très personnel et profond, et a évolué au cours de sa vie. Le centre néerlandais de Paris à l’occasion du 400e anniversaire de sa naissance de Rembrandt, propose d’admirer les gravures à sujets bibliques qui font partie du fond Frits Lugt.
Frits Lugt (1884-1970) était un collectionneur et connaisseur hors pair, sur qui Rembrandt exerça une fascination toute particulière ; il acheta sa première gravure tout en rédigeant une biographie détaillée.
Les gravures montrent la maîtrise incontestable de l’artiste : il est généralement reconnu comme l’un des plus grands aquafortistes de tous les temps. Rembrandt avait une réputation européenne, ce type d’œuvre étant facilement reproductible.

Les sujets étaient variés, les illustrations de l’Ancien testament et du nouveau testament en représentent une part prépondérante.
Ses premières œuvres graphiques représentent des scènes du nouveau testament datent de 1625-26, Circoncision au temple, œuvre encore maladroite, mais déjà très libre et vigoureuse. Dix années plus tard Rembrandt fait preuve d’une totale maîtrise de sa technique, notamment dans l’Ange apparaissant aux bergers : il contrôle parfaitement les jeux d’ombre et de lumière, illustrant le texte de Luc « l’Ange du Seigneur leur apparut et la gloire du seigneur les enveloppa de sa clarté » (Lc 2,13-14). Le paysage est grandiose, le ciel est lumineux avec les anges ainsi que le premier plan avec les bergers, le reste étant plongé dans une profonde obscurité.

Puis Rembrandt diversifia sa méthode, utilisant simultanément le trait au burin la pointe sèche et à l’eau forte, par exemple dans la gravure dite des Cent florins à laquelle il travailla 6 ans, 1643-1649. Cette gravure est inspirée de divers événements décrits dans le chapitre 19 de saint Matthieu et montre une infinité de détails : des malades viennent chercher la guérison (v 1-2), des mères emmènent et leurs enfants pour qu’ils voient le Christ (v 13-14) et entre deux groupes on voit le jeune homme riche qui demande la vie éternelle ( v 16-26) Un dromadaire fait probablement allusion à la parabole où le Christ déclare qu’il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu (v 24). Il y a aussi les pharisiens avec lesquels Jésus a débattu du mariage (v 3-12). La foule de spectateurs de tous âges, riches et pauvres réagissent aux paroles du Christ avec toute une gamme d’attitudes et d’émotions : la foi, l’étonnement, la stupeur, la stupéfaction, mais également l’apathie, l’horreur et l’incrédulité. L’expression des visages est animée, les gestes parfois dramatiques. Le figure centrale du Christ créée une zone de calme et le traitement subtil de la lumière unifie la complexité de la composition.

Les gravures de Rembrandt sont traitées avec grande réalité : les mendiants sont d’un réalisme frappant, les nus peuvent être présentés avec des défauts et des imperfections : dans La chute de l’homme Rembrandt est en rupture totale avec la tradition, Adam et Eve sont montrés non pas comme de beaux jeunes gens mais avec des corps déjà marqués par le vieillissement et la décrépitude. Le serpent est un dragon griffu agrippé au tronc de l’arbre, selon la Bible ce n’est qu’après la chute qu’il fut obligé de ramper sur le ventre.
L’œuvre de Rembrandt se rapportant à la Bible intègre la mémoire du temps et la traversée de l’espace, traduit la présence du drame de la nuit biblique ; on y trouve l’homme, la foule : l’histoire du salut s’inscrit dans l’histoire du monde. Jésus est présent parmi les hommes, il vit avec eux. Les tableaux illustrent le verbe en action. Dieu parmi les hommes.

Quand on regarde ces gravures, on assiste à un événement auquel on est convié à participer. Dans les gravures Les pèlerins d’Emmaüs la surpuissance de Jésus, illuminé fortement, presque terrifiante, mais d’une « merveilleuse » densité qui nous convie à la table ouverte vers le spectateur.

Les scènes représentées ouvrent à la vie, à l’existence, c’est le Christ qui est au centre. On peut faire partie du monde de Rembrandt, celui du Christ, présence au milieu des hommes. La rencontre d’Abraham avec les anges est représentée de manière originale : l’un des anges, outre ses ailes, est petit, chauve, barbu : il y a superposition incroyable de l’humain (représentation réaliste) et du divin (les ailes).

En mettant en rapport les tableaux avec le texte biblique, on découvre combien Rembrandt met au jour le cœur même du message biblique, dépouillant tout le superflu pour se concentrer sur l’essentiel.



NB : quelques définitions :
- La gravure : est un dessin fixé avec de l’eau forte, généralement sur une mince planche en cuivre. Le cuivre est recouvert d’un vernis, le dessin est tracé à l’aide d’une pointe, ainsi le cuivre est exposé aux endroits qui ne sont plus protégés par le vernis. On plonge la planche dans un bain d’acide dilué ( d’où le nom de eau-forte). Puis on nettoie la planche et on l’enduit d’encre, on l’essuie et il ne reste que l’encre aux creux des sillons. Enfin on étend une feuille de papier, on presse et on obtient le dessin inversé.
- La pointe sèche est une aiguille assez dure pour tracer des lignes sur le cuivre. Elle rejette une barbe qui retient l’encre lorsqu’on essuie la planche, cela rend le dessin légèrement trouble ou flou. Ce velouté disparaît à mesure qu’on utilise la planche, elle s’use sous la pression de la presse.
- Le burin est un outil de gravure qui a une pointe en V qui taille des lignes aux bords nets d’un point à un autre.
Chaque artiste peut jouer avec ces différentes techniques, les associer, les faire disparaître, les racler, les dupliquer de manière inversée, mettre plus ou moins d’encre, utiliser des papiers divers (Rembrandt utilisa souvent le papier japonais, etc.

« La maison de Rembrandt » d’Amsterdam, publie un Catalogue des eaux fortes de Rembrandt, Eva Ornstein-van Slooten and Marijke HoltropWaanders Publishers – Zwolle, Museum Het Rembrandthuis – Amsterdam. http://www.kunstboeken.nl/books.asp?zoekveld=instelling&zoekterm=Het+Rembrandthuis%2C+Amsterdam&rubriek=art)

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