En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

La laïcité

Publié le Mercredi 5 novembre 2003

Il ne s’agit pas ici d’entrer dans un débat qui remplit les colonnes de nos journaux, ni d’ajouter un texte à une abondante littérature. Nous souhaitons seulement mener une réflexion par des questions plutôt que par des réponses qui ne pourraient être que de principe.

L’actualité de la question de la laïcité est due à un anniversaire, événement factuel du centième anniversaire de la loi de 1905, mais plus encore, due à l’évolution de notre société face à la question religieuse, en particulier devant l’Islam.

Nous ne reprendrons pas ici en détail l’histoire tourmentée de la séparation de l’Église et de l’État, histoire passionnelle dont il reste encore des traces. Nous dirons aujourd’hui que la laïcité vue comme institution étatique est de moins en moins anticléricale car la sécularisation a fait son oeuvre et surtout que l’Église vue comme assemblée de croyants pratiquants, est devenue minoritaire dans notre pays. La laïcité d’aujourd’hui est le résultat d’un long processus juridique et politique. Nous sommes maintenant dans la phase suivante, celle de l’indifférence. La société a elle-même changé. De la société bipolaire du début du siècle dernier, référencée l’une par l’État et l’autre par l’institution ecclésiale, nous nous trouvons aujourd’hui dans une société tripolaire, l’État, la société civile et les institutions religieuses multiples (l’Église catholique restant la plus importante). D’autre part, les difficultés de l’institution scolaire sont révélatrices des malaises de la transmission des valeurs fondamentales. Il n’est pas anodin que ce soit sur la demande d’un ministre de l’éducation nationale que R.Debray ait sorti son rapport. De nombreux enseignants se posaient des questions quant aux connaissances religieuses. Le fait religieux réapparaissait par le biais du culturel.

La loi de 1905, dite de séparation de l’Église et de l’État est vue maintenant comme la séparation du public et du privé. Cette loi a voulu « privatiser » le religieux au niveau du choix personnel en lui retirant toute expression possible dans l’espace publique. Il s’est avéré dans les faits que cette séparation ne pouvait pas tenir dans toute sa rigueur théorique. Ou bien l’État prenait le risque d’une « répression » contraire aux droits élémentaires du citoyen, ou bien il fallait trouver des arrangements au cas par cas, car il fut vite reconnu par tous les acteurs que le religieux est dans son essence sociale et ne pouvait pas se réduire au service cultuel. Pensons au rôle culturel, au rôle caritatif et à la gestion d’un patrimoine non seulement de l’Église catholique, mais du judaïsme et des Églises protestantes et maintenant de l’Islam. Progressivement, nous sommes passés d’une laïcité de séparation et de combat (celle de la Troisième République) à une laïcité ouverte et parfois à une laïcité de collaboration en maintenant une laïcité de droit de la part des pouvoirs publics. (Avis du Conseil d’Etat, jurisprudence des tribunaux) C’est l’esprit de la reconnaissance mutuelle entre l’État et l’Église qui a permis cette évolution, ainsi qu’une certaine demande de la société civile.

Si le rapport entre État et Église s’est amélioré, il n’en reste pas moins quelques poches de résistance qui doivent inciter à la prudence. Le problème le plus difficile à résoudre est le rapport à la société civile par l’intermédiaire des médias. Le déficit de communication de l’Église y est pour une certaine part, mais n’est pas suffisante pour expliquer toute la difficulté de la question. Dans la mesure où les médias « vendent » une information, celle-ci doit être ou bien absorbable pour l’opinion soit au contraire, scandaleuse pour créer l’effet « scoop ». Cette boucle d’asservissement ne favorise pas la transmission d’un message qui demande réflexion et s’oppose souvent à des évidences formulées en slogans.


L’État est arrivé à reconnaître le rôle culturel et socialisant de l’Église pour le citoyen. Nous sommes dans un régime de partenariat où chacun doit tenir son rôle. L’Église doit se libérer du champ politique ce qui l’autorise à interpeller un gouvernement sur une question précise. Elle doit demander que l’État soit vraiment laïc pour qu’elle puisse remplir sa mission de proposition de la foi. Quant à l’État, il a intérêt à ce que les Églises soient participantes à la citoyenneté et qu’elles puissent appuyer le non-délibérable constituer par les droits de l’homme et tous les fondements d’une démocratie. En d’autres termes, il faut considérer que les Églises peuvent contribuer au débat démocratique en rappelant ce qui n’est pas discutable, ce qui n’est pas délibérable à moins de remettre en cause toute sociabilité. Il est alors nécessaire que les Églises soient séparées de l’État.





Les problèmes actuels

Nous ne pouvons pas répertorier ici toutes les questions que pose la laïcité dans son application, nous resterons que sur les points essentiels.


Du coté de l’État

La laïcisation s’est faite et reste sur le modèle Église, ce qui aujourd’hui pose problème face à d’autres formes religieuses n’ayant pas d’institutions structurées. Comment assurer la liberté du citoyen devant des entreprises sectaires ?

L’enseignement du religieux peut-il être neutre ? Donner le goût implique un engagement personnel, ou alors l’enseignement du religieux sera t-il réduit à quelques chapitres de notre histoire ?

Le laïc se pose comme citoyen « hors » Dieu. La paix sociale étant l’objectif premier de tout responsable politique, la tolérance devient le maître mot quitte à laminer les religions sous un même Dieu puisque toutes les religions se valent. C’est oublier qu’à toute théologie correspond une anthropologie qui s’exprime en termes politiques par les droits de l’homme. Cette rationalisation du religieux par la nécessité de la recherche de la paix sociale est débordée par les questions que posent l’Islam. Le social éclaté incite une population à rechercher son identité au-delà de la simple citoyenneté.

L’urbanisation croissante a eu des conséquences sur le rapport à la laïcité, même si elle ne touche pas en son principe. Le fait est d’abord d’ordre social, culturel, économique et politique. L’urbanité plus ou moins contrainte pour certaines populations, crée des villes dont le projet de vivre ensemble est d’un équilibre précaire. La société moderne a brisé les clivages rigides des castes qui sont remplacés par des groupes très différenciés par le revenu, le statut social et culturel, acquis suivant des trajectoires personnelles. La cohabitation forcée se fait au prix d’une concurrence qui s’exacerbe créant toujours plus de différentiation. La crise structurelle de l’urbanisation laïque ne permet pas l’émergence d’une appartenance. Comment appartenir à un quartier que l’on déteste ? L’appartenance citoyenne peut disparaître au profit d’une appartenance à une communauté religieuse. Inversement dans les campagnes, il n’est pas rare de voir un élu local, se lamenter, en constatant aussi une désertification religieuse. (Fermeture d’église, absence de célébration cultuelle)

Du coté du religieux

La laïcité est difficilement acceptable pour un musulman qui par tradition fait gérer l’espace religieux par le politique d’une part et par le fait que l’Islam ne possède par de clergé structuré. Un Islam à la française peut-il avoir un sens pour un musulman qui revendique l’universalité de sa foi ?

La laïcité nécessaire à cause du pluralisme religieux en France, n’est plus réductible à la séparation de l’Église catholique et l’État. Comment répondre à toutes les demandes des croyants et éviter le communautarisme destructeur d’unité nationale ?

En fin du coté des Églises catholique et protestantes : quelle attitude adopter devant une décision publique jugée fondamentalement contraire à ces convictions. Est-ce le renvoi à un choix personnel, à une liberté de conscience sacralisée instaurée par la laïcité ? Ou est-ce une action de lobbying auprès des institutions étatiques ?

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