En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Avent, Fratelli Tutti (2)

Publié avant-hier


 

2. L'abandonné. Une histoire qui se répète

 

 

Vitrail de Chartres, le bon samaritain, 13e siècle

Trois panneaux constituent l'ensemble de la verrière. Dans la partie supérieure est représentée le meurtre d'Abel par Caïn et la partie médiane on voit l'histoire de la tentation et la chute d'Adam et Eve.

La parabole elle-même est illustrée dans la partie basse. Ainsi la verrière veut illustrer la réponse que Jésus fait la question du docteur de la Loi, « Et qui est mon prochain ?». 

Plusieurs parties détaillent les événements de la parabole :

en bas, Le Christ parle aux pharisiens en levant la main en signe d'enseignements. Le Christ lui-même est représenté en gloire au sommet du médaillon supérieur.

A gauche, Le « pèlerin » quitte Jérusalem, passe à travers par la même porte rouge bordée de blanc que celle empruntée par Adam et Eve quand ils quittent le paradis dans le médaillon au-dessus.

Au centre deux bandits se préparent à attaquer le pèlerin, par antithèse avec Dieu représenté au centre du médaillon supérieur , les bandits figurant les forces du mal guettant l'homme en quête de salut.

A droite (détail donné ici), le pèlerin est battu, volé et dépouillé de ses vêtements. A l'arrière plan l'arbre a une forme de croix.

Enfin en haut un prêtre et un lévite passent leur chemin sans porter aide au pèlerin. Ils représentent la Loi et les prophètes, l'Ancienne Alliance.

 

 

La question de fond est de savoir qui est « le prochain ». Benoît XVI commente :

La réponse habituelle, appuyée sur des textes de l'Écriture, était que par « prochain » il fallait entendre les membres du même peuple. Le peuple constitue une communauté solidaire dans laquelle chacun est responsable de tous et réciproquement. Chacun étant soutenu par la collectivité, chacun devait considérer l'autre « comme soi-même », comme une partie de cette collectivité dont procédait l'espace où il vivait. Mais alors, les étrangers, les hommes qui appartiennent à un autre peuple, ne sont-ils pas le « prochain » ? Penser ainsi était contraire à l'Écriture qui, se souvenant qu'en Égypte Israël avait lui-même vécu une existence d'étranger, appelait aussi à l'amour envers les étrangers. Mais ce qui restait en débat, c'était de savoir où tracer les frontières internes. En règle générale, on considérait que seul l'étranger « établi » sur la terre d'Israël et partageant la vie du peuple élu faisait partie de la communauté solidaire, et pouvait donc être considéré comme le « prochain ». D'autres restrictions au concept de « prochain » avaient également cours. Une sentence rabbinique enseignait que l'on n'était pas obligé de considérer comme son prochain les hérétiques, les délateurs et les renégats . De même, il était clairement établi que la notion de prochain ne s'appliquait pas aux Samaritains, qui, quelque temps auparavant, entre l'an 6 et 9, durant les fêtes de la Pâque juive, avaient souillé le Temple de Jérusalem en y répandant des ossements humains.

 Quand Luc fait intervenir le Samaritain, ce dernier ne se demande pas jusqu'où s'étendent ses devoirs de solidarité, ni quels mérites lui assureront la vie éternelle. Les choses se passent autrement : il a le cœur déchiré. L'Évangile emploie le mot hébreu qui désignait à l'origine le sein de la mère et l'attention maternelle. En voyant l'homme dans cet état, le Samaritain est touché au fond de ses « entrailles », au tréfonds de son âme. « II fut saisi de pitié » traduit-on aujourd'hui, ce qui affaiblit la force originelle du texte. Grâce à l'éclair de miséricorde qui frappe son âme, c'est maintenant lui qui devient le prochain de l'autre, sans se poser la moindre question ni se soucier du moindre danger. Cela implique qu'il y a déplacement de la question : il ne s'agit plus de savoir quel autre est ou n'est pas mon prochain, il s'agit de moi-même. Je dois me faire le prochain des autres, et alors, l'autre comptera pour moi « comme moi-même ». (27-12-2007)



Le texte biblique

 

  Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? »

  L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. »

  Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. »

  Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? »

 


Lc 10, 26-29

 

 



Commentaires

Une personne est agressée dans la rue et beaucoup s’enfuient comme s’ils n’avaient rien vu. Souvent, des gens au volant d’une voiture percutent quelqu’un et s’enfuient. L’unique chose qui leur importe, c’est d’éviter des problèmes ; ils se soucient peu de ce qu’un être humain meure par leur faute. Mais ce sont des signes d’un mode de vie répandu qui se manifeste de diverses manières, peut-être plus subtiles. De plus, comme nous sommes tous fort obnubilés par nos propres besoins, voir quelqu’un souffrir nous dérange, nous perturbe, parce que nous ne voulons pas perdre notre temps à régler les problèmes d’autrui. Ce sont les symptômes d’une société qui est malade, parce qu’elle cherche à se construire en tournant le dos à la souffrance.

 

 

Mieux vaut ne pas tomber dans cette misère. Regardons le modèle du bon Samaritain. C’est un texte qui nous invite à raviver notre vocation de citoyens de nos pays respectifs et du monde entier, bâtisseurs d’un nouveau lien social. 

 

 

Par ses gestes, le bon Samaritain a montré que « notre existence à tous est profondément liée à celle des autres : la vie n’est pas un temps qui s’écoule, mais un temps de rencontre ».

 

 

La parabole nous montre par quelles initiatives une communauté peut être reconstruite grâce à des hommes et des femmes qui s’approprient la fragilité des autres, qui ne permettent pas qu’émerge une société d’exclusion mais qui se font proches et relèvent puis réhabilitent celui qui est à terre, pour que le bien soit commun. En même temps, la parabole nous met en garde contre certaines attitudes de ceux qui ne se soucient que d’eux-mêmes et ne prennent pas en charge les exigences incontournables de la réalité humaine.

. Le récit, disons-le clairement, n’offre pas un enseignement sur des idéaux abstraits, ni ne peut être réduit à une leçon de morale éthico-sociale. Il nous révèle une caractéristique essentielle de l’être humain, si souvent oubliée : nous avons été créés pour une plénitude qui n’est atteinte que dans l’amour. Vivre dans l’indifférence face à la douleur n’est pas une option possible ; nous ne pouvons laisser personne rester ‘‘en marge de la vie’’. Cela devrait nous indigner au point de nous faire perdre la sérénité, parce que nous aurions été perturbés par la souffrance humaine. C’est cela la dignité !

L’histoire du bon Samaritain se répète : il devient de plus en plus évident que la paresse sociale et politique transforme de nombreuses parties de notre monde en un chemin désolé, où les conflits internes et internationaux ainsi que le pillage des ressources créent beaucoup de marginalisés abandonnés au bord de la route. Dans sa parabole, Jésus ne propose pas d’alternatives comme : que serait-il arrivé à cet homme gravement blessé, ou à celui qui l’a aidé, si la colère ou la soif de vengeance avaient gagné leur cœur ? Il se fie au meilleur de l’esprit humain et l’encourage, par la parabole, à adhérer à l’amour, à réintégrer l’homme souffrant et à bâtir une société digne de ce nom.

 

 

Fratelli Tutti , n°65-71

 

 

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