En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Notre Dame de Lourdes - les noces de Cana

Publié le Mercredi 11 février 2009


 

GIOTTO di Bondone (1267-1337) Mariage à Cana; 1304-06  fresque; Chapelle Srovegni, Padoue


Au début du XIVe siècle, Giotto décore la chapelle de l'Arena qui appartient à une grande famille de Padoue, les Scrovegni. Il y réalise une cinquantaine de fresques représentant les épisodes de l’histoire du salut, avec des scènes de l’Ancien Testament et l’histoire de la vie de Marie et de Jésus. Giotto connaît la tradition iconographique chrétienne antique et médiévale avec toutes ses richesses symboliques, et il est aussi marqué par la spiritualité franciscaine.

La composition de la scène s’inscrit dans un espace intérieur représenté en perspective, entièrement ouvert sur l’avant. Il s’agit ici d’une salle élégante aux parois couvertes d’un tissu rayé qu lequel se détachent les trois nimbes dorés de Jésus, du disciple et de Marie, avec une galerie de bois ajouré.

 Giotto reprend la disposition de la table en L venue de la tradition médiévale byzantine – avec le Christ à l'extrémité gauche. Ce dernier paraît négligé par l’ensemble des convives. A coté de lui sont assis le marié et un apôtre, André ou Pierre ? . 

Le centre de la partie longue de la table est occupé par la mariée assise à droite de Marie. Elle se trouve ainsi  au centre de deux groupes assez massifs de personnages. Elle représente la figure de l’Eglise : d’après la tradition, on considérait les Noces de Cana comme une prophétie annonçant l’union à venir du Christ et de l’Eglise. La mariée est représentée de face, elle semble de tenir dans ses mains une nourriture précieuse.  

Devant la table dans la partie gauche se tiennent deux servantes dont une fait face au Christ qui la bénit, tandis que l’autre est présentée de dos, tournée vers la mariée dans une attitude d’expectative.

Dans la partie droite, l’alignement des cruches ventrues qu’une servante est occupée à remplir.

Le maître du repas goûtant le vin nouveau, une des figures les plus modernes du cycle,  est ventru  et lourd pas très raffiné. On peut souligner un certain humour, en faisant un paralllèle entre la forme de la cruche et la forme de l’homme.  Les personnages de Giotto ont quelque chose de naturel, de profondément humain. Remarquer les détails de la nappe, de la vaisselle et des vêtements des époux, très élégants et à la mode. Giotto porte attention aux détails de la vie quotidienne. Le majordome ne semble pas apprécier à sa juste valeur le breuvage et Marie pose sur lui un regard attristé. Il forme contraste avec l'accueil et la beauté de l'Épouse et pourrait être la figure de l'Ancienne Alliance qui ne perçoit pas la richesse du don du Christ. Cette lecture allégorique est soulignée par un médaillon placé à gauche du panneau des Noces de Cana (et non représenté ici) où Moïse fait jaillir l'eau du rocher.

Les couleurs sont d’une rare vivacité et des figures dotées d’une grande force expressive.  Chacun de ces personnages, en particulier ceux de la partie droite, la Vierges et les mariés,  exprime des sentiments de tendresse, de souffrance, de compassion etc.. Giotto ne se contente pas de narrer une histoire. Il transmet des émotions.



Le texte biblique

 

 Il y avait un mariage à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là.  Jésus aussi avait été invité au repas de noces avec ses disciples.
 Or, on manqua de vin ; la mère de Jésus lui dit : « Ils n'ont pas de vin. » Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est pas encore venue. » Sa mère dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu'il vous dira. »
Or, il y avait là six cuves de pierre pour les ablutions rituelles des Juifs ; chacune contenait environ cent litres.
 Jésus dit aux serviteurs : « Remplissez d'eau les cuves. » Et ils les remplirent jusqu'au bord.
08  Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent. Le maître du repas goûta l'eau changée en vin. Il ne savait pas d'où venait ce vin, mais les serviteurs le savaient, eux qui avaient puisé l'eau. Alors le maître du repas interpelle le marié et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier, et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant. » Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C'était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.

Jn 2,1-11



Commentaires

 

Ce récit est connu de tous. Tant de commentaires, de peintures …Il est évident que l’intention du récit de Jean va au-delà de l'anecdote elle-même, même s'il est déjà étonnant  que Jésus et ses disciples soient invités, eux disciples de Jean Baptiste, l’ascète, à une noce ! On peut se demander aussi comment il est possible que  la gloire attendue de Jésus commence dans cette humble fête de village.

Quelle est cette fête qui, sans Jésus, n’était plus une fête ?

Rappelons que les temps messianiques étaient souvent envisagés  sous forme d’un festin de noces. Dans le christianisme primitif Jésus est dépeint comme l’Epoux (Mt 25,1-13). Jean Baptiste appartient à la période de jeûne et de préparation, tandis que Jésus inaugure les épousailles de Dieu et de son peuple (Mc 2,19), l’Apocalypse invite au festin de noces de l’Agneau (Ap 19,9).

On attendait pour les temps messianiques la prodigalité de la terre : huile, vin et blé couleraient à flots. Or Jésus donne une quantité de vin incroyable, cette profusion annonce la prospérité messianique.

Les invités à la noce n’ont plus de vin, mais on s'aperçoit aussi qu' ils n’ont pas connu le vrai vin, celui que donne Jésus. Par Jésus ils obtiendront un vin supérieur à tout autre, la vie nouvelle ; ce vin s’oppose au vin ancien qui est moins bon, et qui représente la loi juive 

La réponse de Jésus à Marie ne semble pas être un refus, mais elle l’oblige à passer à un autre niveau, celui de la foi qui fait confiance de manière inconditionnelle à la personne de Jésus. La consigne donnée aux servants est d’obéir à Jésus, sans précision, dans l’ignorance de ce qui va suivre. L’acte de foi enclenche une suite imprévisible.

Son heure n’est pas venue, l’heure de sa passion et de sa glorification, pourtant Jésus accepte de donner un avant-goût de la joie messianique, il accepte de préfigurer le salut par un geste  qui l’engage de façon irréversible sur la voie des « signes » qui lui attachent des disciples.  

Partagez cette page :

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux

© Cetad 2020 - Tous droits réservés