En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Lazare et le mauvais riche

Publié le Jeudi 12 mars 2009


 

Vézelay, chapiteaux , 11ème siècle

 

Dans la basilique de Vézelay, environ 200 chapiteaux romans illustrent des scènes de la Bible, de la vie des saints, de la mythologie, et des chapiteaux symboliques. Curieusement, il n’y a que deux chapiteaux de l’Evangile et tous deux mettent en scène la parabole de Lazare et du mauvais riche. Et ces deux chapiteaux ne sont pas l’un à côté de l’autre. Le début de l'histoire est dans le bas-côté Nord regardant vers le Sud, la suite se trouve au bas-côté Sud regardant vers le Sud.

Sur le premier chapiteau : un riche est attablé dans une salle voûtée ; la table est belle, ornée de colonnes,  richement garnie. Le riche est  entouré d'un homme et d'une femme auxquels il offre un bon repas. Le serviteur apporte les mets, de la droite où pend une marmite à la crémaillère. A gauche, le pauvre Lazare appuyé sur un bâton, est à la porte tout couvert d'ulcères que lèchent les chiens. L'invité fait remarquer au maître du repas sa présence, en pointant au travers de la porte son doigt vers le malheureux que le riche se refuse obstinément de voir.

Le second chapiteau montre la fin de la vie de ces deux personnages : trois tableaux sur les trois faces du chapiteau :

 Le riche mourant est étendu sur son lit de mort, un très beau lit à colonnes avec une belle literie, signes de richesse Il est entouré de ses femmes, à sa tête et à ses pieds. L’une natte ses longs cheveux   avec une belle robe aux superbes plis. L’homme gisant reste enfermé dans la luxure.

Des démons grimaçants s'efforcent d'extraire de sa bouche, à main nue ou avec une pince, la petite âme du riche. Ils sont arc boutés sur son ventre, le riche ne veut rien donner !

Sous son lit, un espace carré (symbolisme de la terre) , pendent ses besaces bien pleines ; elles semblent bien attachées au lit pour qu’on ne les lui volent pas,  mais  des serpents déjà les dévorent.

La seconde face montre le pauvre Lazare. Il est assis par terre, épuisé. Il n’a pas de lit, il tient encore son bâton près de lui, signe du pèlerin qu’il a été toute sa vie. Il arbore un joli sourire, le visage levé vers le ciel représenté par des nuages dans la partie supérieure. Il   meurt lui aussi, mais son âme, symbolisée par un enfant,  est emportée dans une mandorle par un ange. La mandorle symbolise la gloire du Ressuscité.

 

Lazare ira rejoindre les élus qui se trouvent dans le sein d'Abraham, présenté sur l'autre face du chapiteau.  Abraham prend Lazare dans ses bras. Abraham a  le doigt pointé vers la scène centrale. Il  semble mettre en garde tous les riches qui ne prêtent pas attention aux pauvres :  un sujet actuel, souvent dénoncé par les ¨Prophètes et par Jésus.



Le texte biblique

  Jésus disait cette parabole : « Il y avait un homme riche, qui portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux.
  Un pauvre, nommé Lazare, était couché devant le portail, couvert de plaies.
  Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais c'étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies.

 Or le pauvre mourut, et les anges l'emportèrent auprès d'Abraham. Le riche mourut aussi, et on l'enterra.

  Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare tout près de lui.

  Alors il cria : 'Abraham, mon père, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l'eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise.

 Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : Tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur. Maintenant il trouve ici la consolation, et toi, c'est ton tour de souffrir.

  De plus, un grand abîme a été mis entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient aller vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne vienne pas vers nous.'

  Le riche répliqua : 'Eh bien ! père, je te prie d'envoyer Lazare dans la maison de mon père.

  J'ai cinq frères : qu'il les avertisse pour qu'ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de torture !’

  Abraham lui dit : 'Ils ont Moïse et les Prophètes : qu'ils les écoutent !

  Non, père Abraham, dit le riche, mais si quelqu'un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.

  Abraham répondit : 'S'ils n'écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu'un pourra bien ressusciter d'entre les morts : ils ne seront pas convaincus.' »

Luc 16,19-31



Commentaires

Les pharisiens nous dit Luc, aiment l’argent (19,14), et Jésus pour son enseignement, utilise la parabole bien connue du mauvais riche et du pauvre Lazare. Il décrit la vie des deux hommes, puis la scène se passe au séjour des morts : le texte offre un dialogue dense  entre le riche qui souffre dans l'Hadès et Abraham qui a accueilli Lazare ; le riche supplie Abraham de soulager ses souffrances,  et se soucie d’avertir ses frères. Abraham le renvoie, mais tout de même l’appelle « mon enfant ». La parabole se termine brusquement mais c'est aux pharisiens d’en tirer les conclusions pratiques !

Le récit montre que le pauvre et le riche sont en contact par le porche de la demeure, mais la description détaillée du luxe ( vêtements fastueux, festins somptueux)  de l’un et de la misère de l’autre (ulcères, famine) montre que le grand abîme dont parlera Abraham existe déjà sur terre. C’est sa pauvreté qui vaut à Lazare d’entrer à sa mort dans la joie éternelle. Le seul point commun des deux hommes était leur condition mortelle, et quand la mort lui met un terme, un grand abîme les sépare pour toujours.

Pour le monde juif, le séjour des morts n’était pas seulement le lieu d’une vie diminuée, mais aussi un lieu de châtiment pour les méchants. Pour Luc, la sanction portant sur les actes de chacun durant la vie suit immédiatement la mort. Le riche entre en dialogue avec Abraham  et la réponse d’Abraham affirme fortement le retournement des situations qui s’accomplit au moment de la mort. C’est le premier enseignement de ce récit.

Le riche ne reconnaît dans les cieux que Lazare. Conformément à l’orientation égoïste de sa vie, il supplie pour lui-même, demandant l'intervention de Lazare pour le soulager de ses souffrances, mais aussi pour ses proches.  Le riche réclame un signe, la résurrection de Lazare, pour convertir ses frères. Mais Abraham refuse un signe qui serait inutile, et il affirme que les vivants n'ont qu'à écouter Moïse et les prophètes et mettre en pratique ce qu’ils entendent (Dt 15,7-11). La surprise est donc qu'il n’est pas besoin d’attendre le message évangélique : l’exigence divine a été sans cesse rappelée par de nombreux Prophètes, la Loi a gardé avec Jésus toute sa valeur. Un miracle ne pourrait obtenir plus que l’Ecriture ! Un miracle  - une résurrection - ne parviendrait pas à convertir ceux qui refusent de recevoir dans la foi le message de la Loi et des Prophètes.

Et nous, changerions nous de vie si nous voyions Jésus ressuscité ?

Luc nous rappelle ainsi avec force que la Résurrection du Christ ne suffit pas à conduire les hommes à la conversion. La foi ne peut naître que de l'écoute de la Parole de Dieu, et de sa mise en pratique.

 

POUR PROLONGER, PRIONS

 

Abraham, Abraham, toi qui sais intercéder avec succès auprès de Dieu, écoute la prière du pauvre qui est dans pain, sinon les miettes, sans toit, sous la table. Accueille nous dans ton sein, le gra,nd tablier de ta miséricorde où tous les pauvres seront ramassés.

 

Abraham, Abraham, toi qui reçois Lazare, le pauvre, que je n’avais pas écouté, entends ma supplication depuis la fournaise du séjour des morts. Laisse Lazare me rafraîchir d’une goutte d’eau au bout de son doigt. Accueille nous dans ton sein, la source de vie pour les assoiffés.

 

Abraham, Abraham, toi  qui as reçu les promesses de l’alliance, renouvelées quand ton peuple se détournait de toi pour la richesse devenue idole, ouvre, encore une fois, ton sein, offre de pardon pour les riches qui retrouvent les pauvres réunis dans ta miséricorde.

 

 

 

Tu n’attaches d’importance qu’aux mains vides

 

 

 

Seigneur Dieu notre Père,

Tu connais jusque dans les moindres détails

La vie, la pensée et le cœur de chacun ;

A tes yeux il n’y a plus de juste, pas un seul.

Cependant tu n’as oublié, repoussé personne.

Tu aimes chacun de nous, tu sais

Ce dont il a besoin et tu veux le lui donner ;

Tu n’attaches d’importance qu’aux mains vides

Que nous tendons vers toi,

afin de nous les remplir abondamment.

 

Dans la passion, et la mort de Jésus

Ton Fils bien aimé,

tu as pris sur nous nos ténèbres et notre misère,

et en  faisant de nous tes enfants,

tu nous fais accéder à la lumière et à la joie.

C’est en son nom que nous te prions

D’accorder à chacun le Saint Esprit,

Que nous soyons réconfortés et encouragés

A faire un pas en avant dans la joie

Où tu nous as placés.

 

K. Barth  (1886-1968) théologien protestant suisse

 

 

 

 

 


 

 

 

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