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Arrestation de Paul

Publié le Jeudi 28 mai 2009


 Luca di Tommè ou Luca Thome (1356-1389) Prédication de saint Paul,  Pinacothèque Nationale de Sienne.

Ce panneau fait partie d’une prédelle d’un polytpique installé originellement dans l’église de Pérouse. Cette prédelle est constituée de 5 panneaux, dont quatre dédiés à la vie de saint Paul qui ont été dispersés (la conversion, aujourd’hui à Seattle, la prédication devant l’aéropage et Paul mené au martyr, aujourd’hui à Sienne, et la décapitation, aujourd’hui à Esztegom en Hongrie). Au centre un panneau plus grand représente la crucifixion.

 

Luca di Tome est un peintre siennois, sur qui on a peu de documentation. Ce panneau date de la dernière partie de sa carrière, des années 1360-1370 . Ses premières œuvres étaient rattachées au style des primitifs siennois, comme Pietro Lorenzetti (voir l’article d’Actualités, sur l’exposition actuellement présentée au musée Jacquemart André à Paris). Puis Tommé évolue vers les nouveautés de la première Renaissance, les personnages remplissant toute la surface du tableau prennent de la profondeur en étant placés sur des motifs architecturaux.

 

Ici  la scène est représentée devant  un décor architectural de la ville , où les plans s’échelonnent.

Paul, auréolé, se tient debout sur une tribune, il prêche la parole symbolisée par son épée (qui rappelle aussi l’instrument de son supplice), il comparait et s’explique devant une assemblée d’anciens.

Les personnages sont représentés simplement, leurs corps ont  un volume nouveau pour l’époque. Ils apparaissent robustes et lourds. Les visages sont noirs et ombragés, tandis que les vêtements sont multicolores, de couleurs acidulées qui soulignent la diversité des personnages. Au premier rang ils écoutent P     aul avidement, d’autres discutent. A l’arrière plan  la foule est présente et semble commenter les paroles de Paul ; ils semblent divisés quant aux dires de Paul.



Le texte biblique

 Paul avait été arrêté à Jérusalem. Le lendemain, le commandant romain voulut savoir à quoi s'en tenir sur les accusations des Juifs contre lui. Il lui fit donc enlever ses chaînes, puis il convoqua les chefs des prêtres et tout le grand conseil, et fit descendre Paul pour l'amener devant eux.

Paul se rendit compte qu'il y avait là le parti des sadducéens et celui des pharisiens. Alors, devant le conseil, il déclara d'une voix forte : « Moi, frères, je suis un pharisien, fils de pharisiens. C'est à cause de notre espérance en la résurrection des morts que je passe en jugement. »

A peine eut-il dit cela qu'une dispute éclata entre pharisiens et sadducéens, et l'assemblée se divisa.

  En effet, les sadducéens prétendent qu'il n'y a ni résurrection, ni ange, ni esprit, tandis que les pharisiens y croient.

09  Cela fit un grand vacarme. Quelques scribes du parti pharisien intervinrent pour protester vigoureusement : « Nous ne trouvons rien de mal chez cet homme. Un esprit ou un ange lui a peut-être parlé. »

  La dispute devint très violente, et le commandant craignit que Paul ne se fasse écharper. Il ordonna à la troupe de descendre pour l'arracher à la mêlée et le ramener dans la forteresse.

La nuit suivante, le Seigneur vint auprès de Paul et lui dit : « Courage ! Le témoignage que tu m'as rendu à Jérusalem, il faut que tu le rendes aussi à Rome. »

 

Ac 22,30 ;23,6-11



Commentaires

 Paul se trouve confronté aux grands prêtres et au Sanhédrin. Il comparaît donc en accusé devant la juridiction suprême de son peuple, comme avant lui, Jésus, les apôtres ou Etienne.

Paul prend le premier la parole, avant même qu’on l’interroge, il se décrit comme un juif fidèle, la conscience tranquille quant à sa conduite devant Dieu.

Le passage proposé par la liturgie de ce jour omet les premiers versets du chapitre 23 : Paul fixe les yeux sur ceux qui doivent le juger ; c’est le signe d’un homme sûr de lui, mais cette attitude, interprétée comme une manifestation arrogante, a amené Ananias (grand prêtre de 47 à 59) à frapper Paul sur la bouche.

Mais Paul n’entend pas se laisser brutaliser, au mépris de la Loi. Il ne refuse pas de souffrir pour son Seigneur , mais pour lui, l’humilité chrétienne ne consiste pas à tout accepter passivement.

Il ne se démonte donc pas, et garde la maîtrise du débat ; la connaissance du judaïsme de son temps et de la composition du Sanhédrin lui inspirent une parade très habile.

Il s’affirme, d’une voix forte, pharisien, fils de pharisien et ajoute : « C'est à cause de notre espérance en la résurrection des morts que je passe en jugement ». Si Paul à la suite de Pierre et des apôtres, proclame que Jésus est le Messie, lui le crucifié, c’est parce qu’il est ressuscité des morts. Et cette résurrection de Jésus est le prémice de la Résurrection générale, confessée comme un article de foi par le mouvement pharisien (cf Jn 11,24) : pour Paul, il y a continuité entre sa foi juive et sa conversion à Jésus Christ.

Mais la foi en la résurrection est considérée comme une innovation moderniste par le parti conservateur des Sadducéens. On n’en trouve pas trace dans la Loi de Moïse. C’est un point de dispute entre eux et les Pharisiens. Paul sait que les deux mouvements sont présents dans l’assemblée ! Ainsi sa parole provoque la division du Grand Conseil.  Et le vacarme s’installe !

Et voilà que quelques scribes, théologiens consacrés à l’enseignement de la Loi, se mettent à prendre la défense de Paul et déclarent qu’ils ne trouvent rien à reprocher dans les dires de Paul. (on se rappelle l’attitude de Pilate devant Jésus en Luc 23).

La fin de l’affaire ne manque pas d’ironie : la dispute entre les Juifs devenant trop violente, le tribun romain, soucieux de protéger la vie de ce prisonnier peu ordinaire, qui est citoyen romain, intervient pour arracher Paul à la mêlée et lui fait réintégrer la forteresse !

 

Le récit se termine par la vision de Paul qui donne sens à tout l’épisode. Dans la nuit, Paul reçoit la visite du Seigneur qui le réconforte et l’assure qu’il rendra un jour témoignage à Rome. C’était le projet que formait Paul lorsqu’il avait sa liberté de mouvement. Les évènements contraires ne sauraient contrecarrer la volonté du Seigneur : la mission de Paul est bien de porter la Bonne Nouvelle depuis le monde juif (Jérusalem) jusqu’au coeur du monde païen, Rome la capitale de l’Empire romain.

 

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