En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Les vignerons homicides

Publié le Lundi 1er juin 2009


 Miroir du salut de l’homme, Speculum humanae salvationis,  Enluminures,  1450, bibliothèque national de la Haye.

 Ce manuscrit se nomme Miroir parce qu’il met en regard à chaque fois deux passages de la Bible, en principe un de l’Ancien Testament et un du Nouveau Testament.

Ici en face de la parabole de vignerons homicides c’est  la grappe de Canaan qui est présentée.

 

C’est un ouvrage illustré de théologie populaire à la fin du Moyen Âge, dont la version originale est en rimes latines.

 

Après un court prologue et une préface, les deux premiers chapitres traitent de la création, de la chute de Satan et de l’histoire d’Adam et Eve.

Puis suivent plus quarante chapitres où un passage du  Nouveau Testament  est mis en correspondance avec un passage de l’Ancien Testament, ce qui donne chaque fois quatre illustrations et textes en deux colonnes. 

Les trois derniers chapitres contiennent  les Sept  stations du Chemin de Croix, et les  Sept joies et douleurs de Marie.

La représentation de la parabole des vignerons homicides suit de près le texte de Marc.

La vigne est présentée en arrière plan de la miniature. Elle est  stylisée, comme de grands arbres où les grappes de vigne fleurissent, elle est prometteuse de bons profits.

Le champ de vigne est entouré d’une clôture faite de bois tressé. Une tour de garde domine le champ et abrite  un pressoir.

Les vignerons apparaissent comme des  bons vivants ; ils  portent leurs vêtements de travail,  leurs regards et expressions montent qu’ils sont de connivence ; l’un d’eux sourit et pense aux bénéfices qu’il va tirer pour lui après avoir tué le fils de maître.

Les vignerons  sont armés d’outils agricoles, fourche et machettes avec lesquels ils  massacrent le fils du maître de la vigne. Celui-ci est reconnaissable à ses vêtements, il est vêtu comme un seigneur et est étendu mort à l’extérieur de la clôture du champ de la vigne.

Cet épisode est mis en parallèle avec la représentation de l’immense grappe de Canaan portée par deux hommes. La traversée du désert prend fin. Sur l’ordre de Yahvé, Moïse envoie un détachement en reconnaissance au pays de Canaan. Les envoyés reviennent avec une grappe de raisin « qu’ils emportèrent à deux sur une perche ». (Nb 13). Les promesses des richesses du pays de Canaan sont bien réelles. 



Le texte biblique

   Jésus se mit à parler en paraboles aux chefs des prêtres, aux scribes et aux anciens: "Un homme planta une vigne, il l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage.

  Le moment venu, il envoya son serviteur auprès des vignerons pour se faire remettre par ceux-ci ce qui lui revenait du produit de la vigne.
 Mais les vignerons se saisirent du serviteur, le frappèrent, et le renvoyèrent sans rien lui donner.
De nouveau, il leur envoya un autre serviteur ; et celui-là, ils l'assommèrent et l'insultèrent.
  Il en envoya encore un autre, et celui-là, ils le tuèrent ; puis beaucoup d'autres serviteurs : ils frappèrent les uns et tuèrent les autres.
 Il lui restait encore quelqu'un : son fils bien-aimé. Il l'envoya vers eux en dernier. Il se disait : 'lls respecteront mon fils.'
Mais ces vignerons-là se dirent entre eux : 'Voici l'héritier : allons-y ! tuons-le, et l'héritage va être à nous !'
  Ils se saisirent de lui, le tuèrent, et le jetèrent hors de la vigne. 
 Que fera le maître de la vigne ? Il viendra, fera périr les vignerons, et donnera la vigne à d'autres.
 N'avez-vous pas lu ce passage de l'Écriture ?
La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre angulaire. 
C'est là l'oeuvre du Seigneur, 
une merveille sous nos yeux ! »
 Les chefs des Juifs cherchaient à arrêter Jésus, mais ils eurent peur de la foule. (Ils avaient bien compris que c'était pour eux qu'il avait dit cette parabole.) Ils le laissèrent donc et s'en allèrent. 

Mc 12,1-12



Commentaires

 Cette parabole est insérée au sein des polémiques qui opposent Jésus aux responsables d’Israël et Jésus se met à parler en paraboles.

Selon Marc dans cette parabole des vignerons homicides, Jésus vise directement les chefs juifs, grands prêtres, scribes et anciens qui à la fin se reconnaissent sans hésiter. Pour eux,la parabole est transparente.

 

Cette parabole est en fait une allégorie  (l’allégorie est un récit imagé qui permet de parler d’autre chose, chaque trait du récit prend une signification propre).

 

Le tout début du récit reprend le début du chant d’amour de Dieu pour Israël, dans un poème du prophète Isaïe qu’on  appelle le chant du bien-aimé pour sa vigne (Is 5,1-7).

 La vigne, c’est Israël, le peuple élu. Dieu l’a plantée avec amour, et y a donné beaucoup de soins : clôture, pressoir, tour de garde. Dans le texte d’Isaïe, Dieu intente alors un procès à son peuple infidèle : il attendait de beaux raisins, et la vigne en a produit des mauvais.

 

Jésus s’en prend lui non au peuple mais à ses dirigeants. Les vignerons sont les responsables d’Israël , ici les grands prêtres, les scribes et les anciens. Dieu leur a confié sa vigne en fermage puis s’est absenté. Cette absence de Dieu est sans doute empruntée aux conditions sociales de la Palestine du 1er siècle : les grands propriétaires fonciers louaient leur exploitation à des paysans locaux et vivaient à l’étranger.  Ils ne s’intéressaient qu’à la récolte. Le propriétaire envoie par trois fois des émissaires, mais chaque fois un mauvais sort leur est réservé.

 

Les serviteurs sont les prophètes. Tout au long de l’histoire d’Israel Dieu les a envoyés pour recueillir les fruits de l’Alliance : la foi et la fidélité. Certains des serviteurs  déjà ont été maltraités, mis à mort,  préfigurant le sort qui sera réservé au fils bien-aimé, l’héritier, qui, bien sûr, est Jésus.   Au temps de Jésus le thème des prophètes assassinés est florissant dans la littérature juive. Dès lors les responsables d’Israël peuvent lire leur avenir dans le châtiment des vignerons.

Jésus continue : que fera le maître de la vigne ? Dieu châtiera les coupables et confiera la vigne à d’autres, sans doute Marc évoque les païens qui sont en train d’entrer en nombre dans l’Eglise à la place des juifs. Toutefois la leçon porte plus loin : chaque fois que des responsables de communautés croyantes seront infidèles au projet d’amour de Dieu, la vigne sera confiée à d’autres vignerons.

Mais l’essentiel vient ensuite : Jésus ajoute une citation du psaume 118, psaume qui célèbre l’entrée du Roi-Messie à Jérusalem. A l’origine l’image de la pierre rejetée par les bâtisseurs désignait Israël méprisé par ses ennemis mais restauré et glorifié par Dieu. Les chrétiens y virent  une image de la mort et de la résurrection de Jésus.

Jésus en appelle à l’Ecriture. Avec l’image de la pierre rejetée par les bâtisseurs et que Dieu replace comme pierre angulaire de l’église, la résurrection de Jésus est annoncée. Dieu ne peut laisser défigurer son œuvre, il réhabilite pleinement son Fils.

 

Cette parabole résume, en quelques images, toute l'histoire du salut, vue sous le regard de Dieu. Dieu veut à tout prix sauver l'humanité et Il est prêt à en payer le prix, fût-ce d'exposer son fils à périr. Dieu ne peut rien faire face à la liberté de l'homme : Il ne peut le forcer ni à lui rendre l’hommage qui lui est dû, ni même à respecter ses envoyés.

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