En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

4ème DIMANCHE DE CAREME : LE FILS PRODIGUE

Publié le Dimanche 18 mars 2007

Rembrandt (1606-1669), Retour du fils prodigue, 1669, Musée de l’Hermitage, Saint Petersbourg. Le fils, après s’être aventuré dans le monde, est revenu, il est en paix, au calme, contre son père il ne bouge pas. Il est reconnu comme fils et retrouve la paix de la maison. Il ne lui reste plus rien, qu’une vieille tunique usée et rapiécée, des chaussures qui ne protègent plus ; il n’a gardé que son épée, seul reste de sa dignité de fils qui le distingue d’un esclave. Maintenant il peut reposer sa tête, dans une attitude de totale confiance, il peut naître à une vie nouvelle. Mais c’est le Père qui est le personnage central du tableau : des mains qui ont attendu et qui se tendent pour bénir, pour consoler, pour soulager, un visage creusé par la souffrance de l’attente du fils (« C’est encore le père qui pleurait le plus » écrit Ch. Péguy). ; mais au centre une lumière qui transfigure le visage, descend sur les mains, enveloppe le fils, une lumière qui donne vie.



Le texte biblique

Cette parabole célèbre a reçu divers noms, le plus courant étant « l’enfant prodigue » ; on insiste alors sur la figure du fils pécheur et de son repentir. On a parlé plus justement des « deux fils », car la parabole construit bien deux figures parallèles de fils qui ne comprennent pas l’attitude de leur père ; ce qui nous rappelle qu’il s’agit aussi bien de la parabole du père miséricordieux, figure d’un Dieu qui accueille et réhabilite le pécheur qui revient vers lui.
Il s’agit de fait de méditer sur l’attitude d’un père envers ses fils, des fils envers leur père. Ce qui est commun aux deux fils est leur incapacité d’imaginer l’amour que recèle le cœur du père.
Le plus jeune qui a exigé son héritage revient tout simplement parce qu’il a faim. Et il imagine son père comme un maître sévère (ou tout simplement juste) dont il se propose de devenir le serviteur ! C’est méconnaître que le père, qui lui a tout donné une première fois, l’aime et l’attend inlassablement ! Et que l’amour du père ne mesure et ne compte pas, il ne punit pas, il ne récompense pas, il accueille et se réjouit de la seule présence de celui qu’il aime !
L’aîné, à qui son père partage sans compter tout son bien tout au long des jours, a la même attitude marchande et conçoit aussitôt de la jalousie. Il se représente le père comme un maître dont les commandements doivent être observés ; incapable d’entrer dans l’amour du père pour son plus jeune fils, il est incapable aussi d’entrer dans la fraternité !
Avec délicatesse le père le restaure dans sa situation de fils (« tout ce qui est à toi est à moi »), le rétablit dans sa situation de frère (« ton frère que voici était mort, et il est vivant »).
Ni l’un ni l’autre n’ont pu comprendre ce qu’était l’amour du Père ; un amour qui ne veut ni ne peut tenir compte des refus et des offenses, un amour qui jaillit du cœur du Père comme une sorte de nécessité interne, impérieuse : « ne fallait-il pas se réjouir ? », car le cœur du père est amour, don et pardon, joie partagée de la présence, et c’est cela que d’être père !
Les pères de l’Eglise ont vu dans les deux fils la figure des nations païennes et du peuple juif, les unes enfermées dans leur peur d’un Dieu maître impitoyable, l’autre dans sa crainte d’un Dieu imposant sa Loi. On peut aussi penser que Luc ici relit le récit de la Genèse : Dieu a tout donné aux hommes dans une confiance sans limite ; mais les hommes n’ont su répondre que par le soupçon et la méfiance, la fascination d’une liberté illusoire, qui les ont conduits à la jalousie et au désespoir.
A la fin de la parabole, le père, qui est sorti à la rencontre de ses deux fils, leur a ouvert toute grande la porte de sa maison. A chacun d’entre eux, à chacun de nous, de savoir et de décider si nous serons capables de reconnaître le vrai visage du père qui est amour et liberté, et d’entrer dans la filiation.



Commentaires

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l'écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : 'Père, donne-moi la part d'héritage qui me revient.' Et le père fit le partage de ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu'il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. Il alla s'embaucher chez un homme du pays qui l'envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il réfléchit : 'Tant d'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils. Prends-moi comme l'un de tes ouvriers.' Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l'aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : 'Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils...' Mais le père dit à ses domestiques : 'Vite, apportez le plus beau vêtement pour l'habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.' Et ils commencèrent la fête. Le fils aîné était aux champs. A son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait. Celui-ci répondit : 'C'est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu'il a vu revenir son fils en bonne santé.' Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d'entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait. Mais il répliqua : 'Il y a tant d'années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras !' Le père répondit : 'Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »
Lc 15, 1-3,11-32

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