En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

saint Pierre et saint Paul

Publié le Lundi 29 juin 2009


 Plaque émaillée, élément de châsse ,  Le Christ remettant les clés à saint Pierre, Angleterre,  1170 -  1180, musée des beaux arts de Dijon

 

Cette plaque émaillée se trouve sur une châsse décorée par des émailleurs anglais.   Elle fait partie d’une série de plaques oblongues aujourd’hui dispersées entre Londres (St Paul discutant, Paul s'évade), New York (Epitres de St Paul,), Dijon (Le Christ remettant les clés à saint Pierre), Lyon (Conversion de Saint Paulon) et Nuremberg (St Pierre marchant)  

Elles étaient fixées  sur une âme en bois par quatre perforations aux angles.

 

Les thèmes des scènes  sont des épisodes de la vie de saint Pierre et de saint Paul. Ce  sont les mêmes que ceux que l’on peut voir à  Palerme, à la chapelle palatine et de Monreale. Certaines attitudes ont été transposées trait pour trait.  On connaît les relations de tout ordre de la Sicile avec l’Angleterre, pendant les dernières années du 12e.

 La plaque représentée ici illustre la scène de Jésus remettant les clés à saint Pierre, après que celui-ci ait énoncé sa profession de foi sur la personne de Jésus.

Des inscriptions sur des phylactères situent précisément  la scène.   tu es Xrs (Christus) filius d(e)i vivi .  et  Do tibi claves regni celor(um)

 

 

 

La scène est composée symétriquement par rapport à un arbre stylisé au centre

d’un coté Pierre à l’allure vive,  tient d’une main le phylactère et tend l’autre pour recevoir les clés. Il esquisse un mouvement de marche, les yeux froncés, les traits sévères, une lourde responsabilité va lui incomber. Il est seul de ce côté, il a parlé en son nom propre, c’est un arbre qui équilibre la scène.

De l’autre côté,  Jésus est aussi de face, plus calme et tient aussi le phylactère indiquant ses paroles. Il porte une auréole bleue qui lui donne toute son importance de Seigneur, fils du Dieu vivant. Il tend la clé à saint Pierre.

Derrière lui un apôtre qui suit la scène. Il porte un livre, s’agit-il de l’évangile de saint Matthieu ?

Les couleurs de l’ensemble sont riches, les violets et les mauves au manganèse jouent dans la palette un rôle majeur. La composition est dense. La tension décorative des pans des vêtements participe de la même charge dramatique. On peut rapprocher ces caractéristiques de celles des enluminures anglaises.

 



Le texte biblique

 Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes ? » Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. » Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »

 

  Mt 16,13-19



Commentaires

 Cette scène achève la première grande période du ministère de Jésus. Elle se divise en deux parties, la confession de foi de Pierre puis un bref discours adressé à Pierre, le qualifiant de pierre, roc sur lequel Jésus bâtira son Eglise. Ce discours de Jésus est propre à Matthieu.

Question lancinante pour nous chrétiens, qui est Jésus ?  A chacun de nous la question est adressée : « que dites-vous que je suis » !  Depuis la guérison d’un possédé sourd et muet (Mt 12,22-24), Jésus s’est révélé, en paroles et en actes, au cercle restreint  de ses disciples.

C’est le « Fils de l’Homme » qui interroge, terme solennel, dont l’origine se trouve dans le livre de Daniel (ch 7), expression qui porte l’espérance des croyants. Que disent les « hommes » qui ne sont pas de son cercle immédiat ?

Quelques uns parmi la foule ont reconnu en Jésus un prophète, mais Pierre au nom du groupe le proclame plus que le Prophète, le Messie ou le Christ.  Il affirme « tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Il est Fils, lié à Dieu par une relation sans pareille, Fils du Dieu vivant, une formule biblique (cf Os 2,1) évoquant le Dieu qui donne la vie, et pour les chrétiens, le Dieu qui a ressuscité Jésus.

Jésus y reconnaît la plénitude de la foi chrétienne telle que les apôtres la découvriront  peu à peu après la Résurrection. Au baptême  c’était le Père qui proclamait lui-même l’identité de Jésus. Maintenant il le fait par l’intermédiaire de son Eglise.

Pierre répond en son nom propre, il est moins le porte parole des disciples que leur modèle pour une foi chrétienne authentique.

Jésus évalue cette réponse : la foi correcte de Pierre ne vient pas de son intelligence, mais d’une révélation du Père et c’est à cause de cela que Jésus fait de Pierre la fondation de son Eglise à venir qui résistera aux forces infernales. A l’opposé des scribes et des pharisiens (cf Mt23,12) dont l’autoritarisme ferme l’accès au Royaume, Pierre aura les clés de l’entrée dans ce royaume.

Jésus qualifie Pierre d’ « heureux », ce qui est propre à Matthieu, c’est une sorte de béatitude. Cela nous avertit qu’il s’agit d’une révélation du Père et cela donne un sens fort à la déclaration de Pierre.

Puis vient le temps d’une promesse : La nomination de Simon désormais appelé Pierre indique, comme à chaque fois qu’intervient un changement de nom dans l’Ancien Testament, une mission nouvelle. Le nom de ‘pierre’ ou de ‘roc’ rappelle cette « pierre de fondation » qui désigne le Messie chez Isaïe (26,16). Simon reçoit la mission d’être le fondement de la communauté. Sur cette pierre Jésus bâtira son Eglise. Le mot reprend le « qahal » hébreu, l’assemblée de Dieu. Ce qui est nouveau c’est l’adjectif possessif « mon ». Le sens du mot en est changé : c’est toujours le rassemblement que Dieu opère, mais il l’opère pour et par le Christ, dans sa mort et sa victoire sur la mort. Aussi la puissance de la mort sera sans force devant elle : dans la lutte que l’Eglise devra mener pour le monde contre les puissances du mal, la mort a déjà été vaincue par la résurrection du Christ.

Jésus confie à Pierre les clés c'est-à-dire qu’il en fait, d’après Isaïe 22,22 par exemple, son premier ministre. Il lui confie ce pouvoir qu’il détient lui-même d’après l’Apocalypse (3,7). Le rôle de Pierre est bien terrestre.

Le binôme ‘lier/délier’ exprime chez les rabbins, la totalité du pouvoir soit de défendre et de permettre, soit de condamner et d’absoudre (exclure de la communauté et y faire rentrer).

Le pouvoir des clés est confié à Pierre mais aussi à l’ensemble  de la communauté (Mt 18,18) c’est un pouvoir spirituel. Le chapitre 18, peu après, reprenant ce même pouvoir de lier et délier pour les responsables de la communauté montrera qu’il ne peut contraindre qu’à pardonner ‘soixante dix sept fois sept fois » (Mt 18,18-22).

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