En lien avec l'Institut Catholique de Paris et la Conférence des Évêques de France

Croix glorieuse

Publié le Lundi 14 septembre 2009


 

Aubin VOUET ,  1595-1641, Musée des augustins de Toulouse


Premier peintre à la cour du roi Louis XIII, Simon Vouet contribua à faire de Paris l'une des grandes capitales artistiques de l'Europe, grâce à l'appui d'un roi qui était un grand amateur d'art moderne.

Avec son pendant L'invention de la vraie croix, cette toile fut commandée pour orner la nef de la chapelle des Pénitents Noirs de Toulouse au frère de Simon,  Aubin Vouet.

Dans cette vaste composition, deux groupes s'opposent :

A gauche, les enfants d'Israël qui avaient douté de Dieu sont la proie des reptiles.

A droite, Moïse, entouré de suppliants, en pleine lumière, montre de sa baguette le serpent d'airain qu'il vient d'élever au-dessus d'une croix, sur les ordres de Dieu, pour écarter le fléau.

Le rassemblement autour de Moïse et de la croix s’oppose à la dispersion des israélites attaqués par les serpents.

Vouet utilise dans cette toile une palette aux coloris frais, soulignée par une lumière claire, qui donne de l'ampleur aux drapés.

Les gestes amples et parfois un peu maniérés des personnages, et en particulier des femmes, accompagnent des formes opulentes.

Les accents décoratifs de cette toile de grande dimension s'accompagnent du lyrisme baroque qui constitua le grand apport de Vouet à la peinture du XVIIe siècle



Le texte biblique

   Au cours de sa marche à travers le désert, le peuple d'Israël, à bout de courage,

 récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d'Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n'y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! »
Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d'Israël.
 Le peuple vint vers Moïse et lui dit : « Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu'il éloigne de nous les serpents. »

Moïse intercéda pour le peuple, et le Seigneur dit à Moïse : « Fais-toi un serpent, et dresse-le au sommet d'un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu'ils le regardent, et ils vivront ! »

 Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet d'un mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu'il regardait vers le serpent de bronze, il conservait la vie !

Nb 21,4-9

 



Commentaires

 Le Livres des Nombres fait partie des livres de la Loi. Il mêle des récits et des textes législatifs. Notre texte fait partie de la section racontant la marche des fils d’Israël dans  le désert du Sinaï.

 

Moïse annonce à son peuple que le trajet de la marche du peuple à travers le désert, devra prendre la direction de la mer Morte et ce détour est très mal accueilli. La liberté est un fardeau trop lourd à porter, Moïse et Dieu sont  très critiqués : « Pourquoi nous avoir fait monter d'Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n'y a ni pain ni eau ? ». Manque de nourriture, manque d’eau, le peuple s’est déjà révolté plusieurs fois.

 

Mais ici il n’y aura pas de débat, et le Seigneur applique directement sa punition, il envoie  des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup d’israélies vont en mourir.

 

Moïse intercède donc pour son peuple. Le Seigneur ne chasse pas les serpents, mais demande à Moïse, de construire un « saraf » (brûlant) et de le mettre sur un mât et toute personne mordue qui regardera le mât, aura la vie sauve.  

 

Le serpent était dans le monde de l’Antiquité le symbole d’un dieu guérisseur, ou le moyen d’écarter toutes sortes de malheurs. Ce récit  fait allusion à des pratiques archaïques et peut-être syncrétiques auxquelles les réformes d’Ezéchias  et de Josias ont mis un terme (après 622) : le passage du livre des Rois (2 R 18,4) fait allusion à un serpent d’airain qui aurait été placé dans le temple de Jérusalem, avant d’être détruit par Ezéchias qui y voyait le symbole des cultes idolâtres.

Notre texte montre de façon extraordinaire que des idoles ne sont rien, les serpents ne sont que des créatures qui dépendent de Dieu, et Dieu peut faire du serpent un signe de colère comme un signe de guérison. Regarder vers le serpent, c’est accepter de ne plus se regarder soi-même, c’est tourner son regard vers le haut, vers Celui qui, seul, peut sauver son peuple, et de s’en remettre à lui seul.

 

L’évangile de Jean effectuera une relecture de ce texte des Nombres : le serpent de bronze dressé sur un mât dans le désert est la préfiguration du Fils de l’Homme élevé sur la Croix « afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle » (Jn 3,14-15).

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